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NB. — Cet article fait l’impasse, ou du moins ne s’attarde pas, sur la fonction et la signification des guillemets dans un texte. Je m’attache ici à décrire leur identité dactylo-typographique et certaines questions de mise en forme qui peuvent se révéler utiles aux auteurs.

Le guillemet dactylographique : "

Au crépuscule de l’ère mécanographique, le dactylographe que vous fûtes se souviendra de l’époque où le guillemet ouvrant s’identifiait au guillemet fermant ("xxx"). Forme télématique à usage planétaire, logé au rang 34 dans le jeu ASCII (donc U+0022 en Unicode), ce caractère (appelé parfois petit guillemet, guillemet dactylographique ou double quote) a conservé une certaine vigueur dans les tapuscrits. Rien, au demeurant, ne l’interdit, sinon l’intégrisme typographique.

La traduction française de la spécification Unicode préconise à son sujet l’appellation guillemet anglais, mais pour ma part je garderai guillemet dactylographique (abrégé en guille dactylo) qui me semble moins équivoque, compte tenu du fait que l’ASCII, tuteur de ce signe, recherchait expressément un compromis international et que l’expression guillemets anglais a un autre sens vu de France (v. plus bas).

À l’instar de son petit-frère l’apostrophe dactylographique (dont il n’est qu’un duplicata dédoublé), le guille dactylo se produit directement au clavier dans toutes les applications de type « texte pur », notamment la messagerie électronique. On y accède généralement par la touche [3] d’un clavier standard, à moins que le logiciel opère un traitement contextuel du rendu typographique (comme c’est le cas de la plupart des traitements de texte francophones).

Indépendamment du débat esthétique qui peut s’engager à propos du guille dactylo — qu’on juge volontiers impropre à notre culture graphique — force est de reconnaître qu’il complique la vie de l’éditeur auquel vous remettez votre ouvrage pour la composition finale. L’indistinction des formes ouvrante et fermante rend en effet difficile la conversion automatique du caractère en sa forme homologuée française.

En tout état de cause, si vous employez ce guillemet-là, veillez à l’accoler sans espace intercalaire de part et d’autre de l’expression visée : comme "ceci". Pourquoi ? Parce qu’en présence de la forme comme " ceci " ..., fort délicate est la tâche de déterminer logiciellement quel guille est ouvrant ou fermant. L’atelier de compo rechignera à l’ouvrage et vous risquez de récolter une mise en page accidentée.

Les utilisateurs de Word pourront faire l’expérience instructive de soumettre au logiciel un vieux texte à guillemets dactylographiques en lui réclamant sur-le-champ une « composition automatique » avec l’option « guillemets typographiques » activée (laquelle, rappelons-le, transforme aussi l’apostrophe dactylographique). Si les guilles dactylo sont collés aux termes encadrés, la conversion bâtons › chevrons sera correcte à quelques écarts près ; sinon c’est la pagaille assurée.

Cependant, dans la mesure où les guillemets, quels qu’ils soient, vivent en couple, il serait loisible de programmer une conversion systématique selon l’algorithme : un ouvrant, un fermant — pourvu que vous ne pratiquassiez jamais de "guillemets "enchâssés"", qui conduiraient à des choses du genre « guillemets »enchâssés« ».

Les webmestres n’étant pas forcément typographes, les guillemets dactylographiques ont encore de beaux jours sur le Net. Le codage HTML des guillemets typographiques (tels que les chevrons français) est bien sûr possible mais il nécessite au moins six caractères au lieu d’un seul en mode dactylo : « encode les chevrons ouvrants («), » encode les chevrons fermants (»). Bien que dispendieuse en octets, cette amélioration ne sera pas du luxe si votre site s’adresse à un lectorat disons exigeant. De surcroît, sachez que l’HTML prévoit et recourt le cas échéant à un code spécial (") pour marquer le guille dactylo, en raison d’ambiguïtés avec certains attributs de balisage. Ainsi, de nombreux éditeurs HTML emploient d’autorité ce codage (à six caractères lui aussi), alors autant passer aux guillemets typographiques puisque le coût Internet est le même.

Pour conclure ce chapitre, indiquons que le guillemet dactylographique peut se substituer, faute d’un meilleur candidat, au double prime (U+2033 : ) utilisé dans l’écriture scientifique ou pour marquer les secondes d’angle. Dans ce contexte, les formes typographiques dérivées de l’apostrophe (en l’occurrence le guillemet anglais fermant : ) seraient déconseillées. Si vous êtes scrupuleux, vous pouvez tenter d’incliner le guille dactylo (" ), tout en sachant que l’italique ne donne pas un résultat satisfaisant dans toutes les polices.

Si le caractère U+2033 (double prime) ne s’affiche pas dans votre navigateur, imaginez-le comme un double accent aigu resserré.

Les guillemets français : « »

Comme l’observe Jean Méron dans un essai extrêmement fouillé sur la typographie des guillemets (En question : la grammaire typographique, « Les guillemets », juin 1999), il est faux de penser que les guillemets français (« ») soient historiquement définis par leur dessin en forme de doubles chevrons pointant à gauche ou à droite. Bien que cette forme domine aujourd’hui dans les polices courantes, le trait le plus caractéristique des guillemets français semble être leur position sur la ligne de base, à hauteur des minuscules d’imprimerie, alors que les guillemets anglais, allemands ou suédois (liste non exhaustive) sont positionnés à hauteur de l’apostrophe et/ou de la virgule (dont ils dérivent).

Ainsi, en observant les fontes les plus prestigieuses développées ces cinq derniers siècles par l’Imprimerie nationale (Garamont, Jaugeon, Grandjean, Luce...), on s’aperçoit que les guillemets courbes, tels de petites parenthèses dédoublées, ont longtemps résisté aux chevrons anguleux qui tendent à s’imposer aujourd’hui. L’exemple le plus frappant exhumé par Jean Méron est celui du caractère baptisé « Didot millimétrique », dont les guillemets ressemblent à s’y méprendre à des guillemets anglais qu’on aurait descendus à hauteur de minuscules.

Figure 1 - Les guillemets gravés par Firmin Didot

Les formes ouvrante et fermante du guillemet à la française n’ont pas de code ASCII au sens strict, mais on les trouve aux rangs 171 («) et 187 (») du jeu de caractères Latin9 (aussi référencé ISO-8859-15) et aux mêmes positions du jeu ANSI Windows. Cela signifie que, même si votre logiciel de saisie ne les produit pas automatiquement, vous pouvez les obtenir sur PC par appui simultané de la touche ALT et des digicodes 0171 ou 0187 sur le pavé numérique. Dans le jeu de caractères du Macintosh, les guillemets français sont casés respectivement aux rangs 199 («) et 200 (»). Moralité, seule la spécification Unicode vous garantit un codage portable, à savoir U+00AB («) et U+00BB (»), ce qui explique les entités HTML données plus haut.

Dans la version allégée de cet article publiée en 2002, je donnais par erreur les codes HTML « et » dont il apparaît qu’il sont valables seulement si le navigateur déchiffre expressément du Latin9.

Pour Unicode, le guillemet français ouvrant s’appelle officiellement GUILLEMET GAUCHE (pointant à gauche), et le fermant GUILLEMET DROIT (pointant à droite), car d’une part l’ouverture et la fermeture possèdent une sémantique instable dans un contexte autorisant les écritures bidirectionnelles, d’autre part certaines langues écrites (dont l’allemand) tendent à employer notre guillemet gauche ouvrant en guise de fermant et vice versa (tel serait le »style de guillemettage« en allemand). Toutefois, je m’en tiendrai ici aux expressions ouvrant/fermant qui sont généralement adoptées sans ambiguïté sous nos latitudes quand on les applique au guillemet français.

Premier point : en dactylographie — ou bien en saisie bridée par l’ASCII — l’auteur peut adopter pour convention l’emploi des signes < (inférieur à) et > (supérieur à) pour matérialiser les guillemets ouvrant et fermant, ce qui est techniquement préférable au guille dactylo. Pour rendre cette convention univoque, le redoublement desdits caractères (<< et >>) est une solution optimale et courante en messagerie électronique.

Ensuite, côté traitement de texte, sachez que la composition automatique opérée par la plupart des logiciels dispense de saisies acrobatiques. Souvent, le guille dactylo (") frappé au clavier se métamorphose en guillemet ouvrant ou fermant selon la position du point d’insertion (début ou fin de mot). Word et ses clones poussent leur vertu jusqu’à insérer eux-mêmes entre le guillemet et l’expression visée l’espace insécable requise en typographie.

La nature exacte de cette espace insécable est controversée : demi-fine, espace-mot justifiante, fixée au tiers ou au quart de cadratin ? À vous de choisir selon ce qui vous convient visuellement et ce que vous pouvez faire techniquement. Word impose habituellement une insécable fixe qui mesure approximativement le quart de cadratin. Pour le vérifier avec votre logiciel, remplacez l’espace insécable par un tiret cadratin (—) et réduisez son corps au quart de la police courante. Si la chasse résultante est identique, l’espace insécable est calée sur le quart de cadratin.

Figure 2 - Une insécable réglée sur le quart de cadratin

Si votre logiciel ne traite pas automatiquement les guillemets typographiques, vérifiez d’abord dans ses options ou préférences générales que l’attribut guillemets typographiques est activé. Sous OpenOffice, vous trouverez ces réglages dans le menu Outils › Autocorrection/Autoformat... (pour la langue française, les paramètres par défaut sont satisfaisants). Sous InDesign, rendez-vous dans le menu Edition › Préférences › Texte... et visez l’option intitulée « Utiliser les guillemets typographiques ». Notez enfin que l’expression « guillemets typographiques » peut dépendre — et même : devrait dépendre — de la langue sélectionnée. Si une partie de votre texte est spécifiée comme appartenant à la langue allemande, par exemple, la mise en forme automatique des guillemets typo devrait théoriquement adopter le format „texte en allemand“ (utilisant les caractères Unicode U+201E et U+201C).

Si votre navigateur n’affiche pas les guillemets correspondants, représentez vous U+201E comme une double virgule (,,) très resserrée ou bien un 99 en indice, et U+201C comme un guillemet anglais ouvrant, c’est-à-dire une « apostrophe double culbutée » (jargon Unicode) prenant la forme d’un 66 en exposant.

En dernier recours, si votre texteur refuse obstinément de composer autre chose que le vieux guille dactylo, songez à créer une procédure de remplacement automatique. Par exemple, faites remplacer la saisie << par «  et >> par  ». Bien entendu, cela suppose que vous sachiez produire les guillemets en question, soit par un digicode PC, soit par le clavier magique Mac, soit par un vulgaire copier-coller depuis, par exemple, cette page ! Chemin faisant, vous lancez votre application — mettons OpenOffice pour varier un peu (v. fig. 3) — et vous sélectionnez le menu Outils › AutoCorrection/Autoformat..., onglet Remplacements. Dans la zone Remplacer, vous saisissez <<, dans la zone Par: vous collez « . Un clic sur Ajouter et l’affaire est dans le sac (vous ferez de même avec la forme fermante).

Figure 3 - Dialogue AutoCorrection sous OpenOffice

Notez que dans le cas d’OpenOffice, le mécanisme de remplacement programmé suppose la saisie d’un blanc à la suite de la chaîne-clé, alors que sous Word (Outils › Correction automatique...) le remplacement est immédiat.

Polyphonie multilingue

Comme nous l’avons souligné plus haut, les choses se corsent dans le cas des citations enchâssées. Bien que certains codes typographiques préconisent l’utilisation d’une seule espèce de guillemets quitte à obtenir des formes saturées du genre « voici un « exemple » », la tendance actuelle serait d’utiliser les guillemets typographiques anglais pour marquer les citations de second degré (« voici un “exemple” »), ce qui paraît plus déchiffrable.

Tracés à partir du modèle de la virgule ou de l’apostrophe typographique (redoublée puis, le cas échéant, culbutée), ces guillemets anglais ont pour code ANSI Windows respectivement 147 (“) et 148 (”), ce qui permet de les obtenir selon le procédé habituel par ALT + 0147 et ALT + 0148. Dans le jeu Mac, ils sont rangés en 210 et 211, cependant que l’alphabet Latin9 ne les définit pas !

Là encore, Unicode est donc la seule solution viable pour une lisibilité internationale : U+201C (“) et U+201D (”), d’où les codes HTML &#x201c; et &#x201d;. On notera que dans la spécification, ces caractères portent respectivement les noms de GUILLEMET-APOSTROPHE DOUBLE CULBUTÉ (ouvrant) et GUILLEMET-APOSTROPHE DOUBLE (fermant), ce qui institutionnalise un procédé de construction géométrique fondé sur l’apostrophe typographique (i.e. le GUILLEMET-APOSTROPHE).

Figure 4 - Construction des guillemets anglais

En réalité, dans la typographie au plomb, c’est plutôt la virgule qui servait d’étalon au guillemet anglais ouvrant. Comme le montre la figure 4, la virgule (dont le dessin est similaire voire identique à celui de l’apostrophe) présente l’avantage de figurer en position inférieure, de telle sorte qu’en retournant le caractère imprimant (pivot de 180°) elle donne immédiatement le glyphe « culbuté » en position supérieure.


Note terminologique. — Dans la traduction française d’Unicode (normalisée par l’ISO/CEI 10-646), le terme culbuté est employé de façon ambiguë pour traduire tantôt le mot turned, tantôt le mot reversed de la spécification anglo-saxonne. Or, visiblement, le texte d’origine applique turned à la symétrie centrale (retournement complet du caractère, équivalent à un pivot de 180°), tandis que reversed caractérise une symétrie axiale (forme réfléchie dans un miroir).

Ainsi a-t-on les définitions suivantes (en abrégeant QUOTATION MARK par QM) :

U+2018 = forme 6 supérieur) = LEFT SINGLE QM = SINGLE TURNED COMMA QM ; traduit par GUILLEMET-APOSTROPHE CULBUTÉ (on pourrait préférer ici virgule culbutée, si l’on applique la symétrie centrale au caractère imprimant) ;

U+2019 = forme 9 supérieur) = RIGHT SINGLE QM = SINGLE COMMA QM ; traduit par GUILLEMET-APOSTROPHE ;

U+201A = forme 9 inférieur) = SINGLE LOW-9 QM = LOW SINGLE COMMA QM ; traduit par GUILLEMET-VIRGULE INFÉRIEUR (guillemet-virgule suffirait) ;

U+201B = forme 9-réfléchi supérieur) = SINGLE HIGH-REVERSED-9 QM = SINGLE REVERSED COMMA QM (!) ; traduit par GUILLEMET-VIRGULE SUPÉRIEUR CULBUTÉ !

Il y a, semble-t-il, une incohérence entre U+2018 et U+201B : l’apostrophe et la virgule s’obtenant mutuellement par translation, l’apostrophe culbutée U+2018 () et la virgule dite culbutée U+201B () devraient elles aussi être superposables (à une translation près). Ce n’est visiblement pas le cas. Les traducteurs ont probablement hésité entre approche sémantique et approche graphique de ces caractères.

Pour un francophone, le mot virgule désigne sans équivoque un caractère inférieur et le mot apostrophe un caractère supérieur, l’un et l’autre ayant la forme d’un 9. Le 6 résulte d’une symétrie centrale et l’on peut décider de rendre cette opération par le mot culbuté (induisant le cas échéant un pivot haut/bas). Dans ces conditions, U+2018 serait un guillemet-virgule culbuté, U+2019 un guillemet-apostrophe, U+201A un guillemet-virgule et... U+201B un caractère radicalement nouveau : une apostrophe réfléchie par symétrie axiale (ou bien une virgule culbutée réfléchie si vous aimez la complication).

Vous observerez au passage qu’Unicode ne définit pas de guillemet-apostrophe culbuté, lequel prendrait la forme d’un 6 inférieur.

Tout ce qui vient d’être dit s’applique de la même façon aux formes « doubles » (caractères U+201C à U+201F), où l’on retrouve la même incohérence terminologique.


Les guillemets anglais et ont en commun avec les guilles dactylo (") de ne pas réclamer d’espaces intercalaires. À la rigueur, on peut les agrémenter d’espaces fines insécables comme savent en composer les logiciels de PAO tels que XPress ou InDesign. En général, nul ne s’offusquera que vous en fassiez l’économie.

Si vous composez un texte en langue anglaise — mais aussi en italien, portugais, turc ou néerlandais —, les chevrons français (« ») sont dépréciés et plutôt malvenus. Il est alors préférable de vous en tenir aux formes dérivées de l’apostrophe typographique, donc les guillemets anglais complets (“ ”) que nous venons d’examiner, mais aussi le cas échéant les guillemets anglais simples (‘ ’) qui correspondent à notre apostrophe (guillemet fermant) et à sa forme culbutée (guillemet ouvrant). Comme nous l’avons vu en note, leurs rangs Unicode sont U+2018 () et U+2019 ( = apostrophe typo).

Ni l’un ni l’autre ne sont définis en Latin-9, ce qui explique l’usage « déviant » sur certains sites des caractères ASCII 96 (` = accent grave avec chasse) et 39 (' = apostrophe dactylo = simple quote) avec des affichages de la forme `exemple'. Vous pourriez vous étonner qu’un accent aigu ne donne pas la réplique à l’accent grave, au moins pour rendre cela plus symétrique, mais le fait est que l’accent aigu avec chasse n’est disponible ni en ASCII, ni en Latin-9.

Plus fortunés, les possesseurs de Windows disposent en ANSI des guillemets anglais simples aux rangs 145 () et 146 (), et c’est d’ailleurs très souvent le fameux ALT + 0146 qui tient lieu d’apostrophe typographique, quoique nombre de logiciels opèrent automatiquement la conversion dactylo › typo — il suffit alors de taper l’apostrophe dactylo, touche [4]. Sur Macintosh, ces quoteleft et quoteright sont codés aux positions 212 et 213, donc juste après les formes doubles.

Les usagers de traitements de texte ne manqueront pas d’expérimenter un petit effet collatéral lorsqu’ils frappent la touche [4] dans un contexte où le caractère courant est précédé d’un blanc ou démarre le paragraphe. Au lieu d’être converti en apostrophe typographique (), le quote (') mute alors en sa forme ouvrante (). Cela traduit le fait que le logiciel traite l’apostrophe dactylo exactement comme le guille dactylo : forme ouvrante ou fermante d’un guillemet selon la situation (début ou fin de mot).

Mais au fait, à quoi « servent » donc ces guillemets anglais simples ? En général, de guillemets de second rang pour les langues mentionnées (“that’s a ‘quote’”), bien que l’usage inverse existe (‘that’s a “quote”’). La tierce qui apparaît ci-devant compte parmi les petites faiblesses que les typographes français, toujours très taquins, imputent à leurs homologues anglo-saxons. L’emploi d’espaces fines ou légères permet de lever cette infamie.

La partie informative de la spécification Unicode apporte de nombreux éclairages sur l’emploi des guillemets dans d’autres pays :

L’allemand, le slovaque et le tchèque utilisent les guillemets-virgules inférieurs [U+201E : ] comme guillemets ouvrants et utilisent les guillemets-virgules [culbutés ?] supérieurs [U+201C : ] comme guillemets fermants. Dans les livres allemands, lorsqu’on utilise les chevrons, ceux-ci pointent vers le texte cité. Cet usage est inverse à celui du français. [NDLR : Ce n’est pas toujours le cas. En Suisse alémanique, par exemple, les chevrons sont souvent utilisés « à la française ».]

Le danois, le finnois, le norvégien et le suédois emploient des guillemets arrondis droits [i.e. des guillemets anglais fermants] à la fois comme guillemets ouvrant et fermant. Ceci s’applique aussi bien en bureautique que dans l’édition d’ouvrages imprimés. Certains livres, toutefois, utilisent le chevron vers la droite (U+00BB GUILLEMET DROIT) à la fois pour ouvrir et fermer une citation.

Le hongrois et le polonais suivent les conventions scandinaves, sauf qu’ils utilisent des apostrophes arrondies inférieures au début des citations. Ces langues s’abstiennent apparemment d’utiliser les guillemets-apostrophes simples afin d’éviter qu’on ne les confonde avec des virgules.

(Hapax, Unicode 3.1 annoté, p. 189)

Il n’est pas fait mention des chevrons simples (‹ ›), appelés GUILLEMET SIMPLE VERS LA GAUCHE (U+2039) et GUILLEMET SIMPLE VERS LA DROITE (U+203A) dont Jean Méron (cité plus haut) déplore la désuétude, alors que leur emploi comme guillemets français de second rang serait assez naturel (en concurrence avec les guillemets anglais) : « ceci est une ‹ citation incluse › ». Ces espèces de demi-guillemets français sont disponibles en ANSI-Windows aux positions 139 () et 155 (), mais le chiffrage Unicode est à préférer absolument sur le Web — cf. OpenWeb : Codage des caractères illégaux.

Pour notre part, nous dévoyons quelque peu le guillemet simple fermant (), qui figure très joliment une petite flèche indicatrice de note ou de lien. Il nous apparaît en effet que le caractère > (supérieur à) serait trop « encombrant ».

Note succincte sur la ponctuation interne

Les guillemets, toutes espèces confondues, ont pour vocation d’encadrer non seulement des mots mais aussi leur ponctuation (« Quelle heure est-il ? », « Fichtre ! »), avec parfois des risques de téléscopage : Pourquoi s’est-il exclamé « fichtre ! » ? Dans cet exemple, l’exclamation appartient au champ cité mais l’interrogation lui est extérieure. Les deux signes n’étant pas redondants, ils sont nécessaires.

On s’appliquera dans les autres cas à ne pas doubler les ponctuateurs. Pour décider de l’emplacement du point final, par exemple, on distinguera deux sortes de citations : la citation indépendante introduite par un deux-points et amorcée par une majuscule (Il a dit : « Rien ne sert de courir. ») et la citation dépendante, dont la ponctuation finale s’efface devant celle du bloc citant (Il prétend que « rien ne sert de courir ».)

Exceptions à cette règle : des points de suspension marquant une citation incomplète, ou bien un appel de note destiné à sourcer une citation, sont composés à l’intérieur des guillemets : Il a dit que « rien ne sert de courir...(1) ». Une convention fort singulière, qui permet de faire le tri, en littérature universitaire, entre les amateurs et les paroissiens...

Cet article a fait l’objet d’une première parution allégée dans Ecrire&Editer n°36 et n°37 (fév. & avril 2002). La présente mise à jour l’illustre et le refond dans son intégralité. Infographies réalisées par A. Cutter.

BlogNot! est une émission produite par Marc Autret depuis 2004, à consommer de préférence en cuves acclimatées aux spécifications XHTML et CSS.
Pour harceler la rédaction : marcautret(at)free(point)fr