


Octobre 2009En bref et en vrac au mois d'octobre...
Septembre 2009En bref et en vrac au mois de septembre...
Juin 2009Team9 dégaine sa compil downtempo | Madame Bovary en short| La fonte «1550» | Opera Unite...
Mai 2009InDesign et le spectre «HWNDBased PanelView» | Le CPE se met à table autour du numérique | «Calculs Raynaux» dans InDesign...
Avril 2009Hommage à Michel Champendal | «Ulysses», texteur multi-lames | Marque-page de PDF | «Éditeurs et auteurs associés» : l’édition à compte d’actionnaires? | Comment contourner la censure de Google France...
Février 2009Les droits d'auteur pour les nuls (Eolas) | HistoFace31.03.09 (édito du 1er mars) Le « pré-printemps » — si vous m’autorisez ce bégaiement clonique — est une période extrêmement furtive où, moulus et fourbus, dételant la planche à clous de l’hiver, nous surgissons au soleil par petits soubresauts. C’est le temps des salons agricoles et livricoles. Tel le billettiste de BlogNot !, on fait sa petite apparition éclair et on s’en retourne aussitôt ravaler son terrier. La vraie saison des ombrelles et des mini-jupes est encore loin. Toujours est-il que ce mois de mars nous invite d’une part au salon Dema@in le livre, mouvance futuriste, où l’on prend la température du XML-publishing et des nouvelles technos e-book ; puis sous climat mexicain au Salon du livre de Paris, dont l’édition 2009 se vernit le 12 au soir et se déroule du 13 au 18 mars. Info sans aucun rapport, la récente mise à jour d’InDesign CS4 (version 6.0.1) corrige le bug qui empêchait l’export Digital Editions, et donc la production au format ePub depuis InDesign...
Dema@in le livre (News) | http://www.salondulivreparis.com/28.03.09 La prestation informelle et bon enfant d’Alain Pierrot chez Cap-Digital — 98 minutes de haute voltige consacrée aux « normes et standards de l’édition numérique » — impose sans doute le plus profond respect et la plus extrême humilité. Transfuge du groupe Hachette où il veilla technologiquement pendant 15 ans(1), Alain Pierrot se passionne depuis toujours pour les univers croisés du langage et de l’informatique. Un généalogiste du SGML, un sphinx du XML, qui compte désormais parmi les sorciers historiques de l’édition multimédia. Sa science et sa culture suscitent en général des concerts de fraternité et des récitals de béatitude dans la pépinière des éditeurs et bibliothécaires du futur.
(1) « Chef de projet chez Hachette Informatique — livres et logiciels (1985), chargé de mission pour les dictionnaires bilingues chez Hachette Éducation (1987), Directeur de l’Informatique Éditoriale de la Branche Éducation d’Hachette Livre (1990), Responsable de la Mission Édition Électronique, directement rattaché au PDG d’Hachette Livre (1993), puis Directeur de la Mission Activités en Ligne au sein de la direction du Développement Marketing et Commercial d’Hachette Livre (1997). » (Extrait du communiqué i2s diffusé le 07/03/2007 lors de l’arrivée d’Alain Pierrot comme Business Development Manager pour les grands projets nationaux et internationaux de bibliothèques numériques.)
Cependant, les précautions du même Alain Pierrot au tout début de son intervention, alors qu’il entreprend de nous exposer par un schéma le « mini-modèle » de l’économie numérique du livre, ont comme un relent de déjà-ouï dans les cours de récré du Syndicat de l’édition :
On part d’un éditeur... qui va s’occuper d’acquérir de la propriété intellectuelle... acquérir des droits économiques autour de cette propriété intellectuelle... et vouloir diffuser des produits, dans le respect du droit moral des détenteurs de la propriété intellectuelle, jusqu’à un maximum de lecteurs.
Le circuit usuel du livre, c’est qu’il y a entre la propriété intellectuelle... enfin... vous noterez que je n’ai pas mis les auteurs, hein... — ça les fâche beaucoup (on en parlait à la SGDL l’autre jour)... mais il se trouve qu’on m’avait demandé récemment une étude où, quand j’avais fait mentionner les auteurs, on m’avait dit : “Non ! c’est trop large. Retirez les auteurs !”... Euh. Voilà. Donc, on va se les considérer à l’intérieur du bloc éditeur...
Appréciez la mécanique du déni. Dans la première moitié de l’extrait cité, Alain Pierrot ne dit pas : « dans le respect du droit moral des AUTEURS », mais plus confusément : « dans le respect du droit moral des détenteurs de la propriété intellectuelle ». Peut-être conditionné par ses années de légation chez Lagardère, il se contraint à mentionner expéditivement le droit moral, formule presque récitée toute cuite, mais déjà à cet instant-là, il a renoncé à nommer les véritables porteurs de cet attribut (les AUTEURS), car il se prépare à nous expliquer leur éviction du schéma. Il censure donc le mot sous une périphrase, « détenteurs de la propriété intellectuelle ». L’auditeur mal averti peut ignorer que le droit moral est intransmissible à l’éditeur et placer ce dernier derrière la circonlocution. Après tout, l’éditeur n’a-t-il pas été brossé par Alain Pierrot comme celui qui s’occupe « d’acquérir de la propriété intellectuelle » ?
Quant à la suite de la retranscription, il me semble que tout se perçoit nettement dans l’usage proleptique de l’aparté — encore qu’il vous manque l’intonation du « vous noterez que je n’ai pas mis les auteurs, hein... ». Remarquez déjà le pluriel : les auteurs. Si dans le schéma (v. ci-dessous) chaque agent est singulier, ce qui est occulté n’est en revanche qu’une minéralité collective. Observez alors le procédé consistant à rejeter sur d’autres commanditaires la responsabilité morale d’avoir effacé ce composant négligeable, réintégrable plus tard, qu’on peut retirer pour simplifier (« “Retirez les auteurs !” »). Savourez enfin le léger lapsus : « on va SE les considérer à l’intérieur du bloc éditeur »... On va même se tamponner de leur fonction éventuelle dans le circuit et considérer comme acquis le transfert des droits à l’éditeur. Qu’un auteur puisse ne pas céder le droit d’exploiter son œuvre sous forme numérique tandis qu’elle est exploitée sous forme imprimée, ou qu’il se réserve d’exercer lui-même ce droit, ou qu’il décide d’intéresser à titre non exclusif un tiers qui serait distinct de l’éditeur primaire, ou qu’il projette de se joindre à un coauteur pour dériver une œuvre hypermédia de la première qu’ils confieraient ensemble à un éditeur spécialisé, etc., aucune de ces hypothèses n’a de sens dans la projection d’Alain Pierrot, parce qu’elle est tronquée à la base. Dans un souci de simplification.
On dira que j’ergote, que je chicane, et même que je ratiocine.
Mais le constat qui « fâche » la SGDL et quelques autres depuis l’aube de cette pseudo-révolution digitale annoncée, c’est en effet que l’auteur (celui qui origine l’œuvre) — est toujours absent du schéma. Absent de celui d’Alain Pierrot (i2s) expliquant les métadonnées comme de celui de Serge Eyrolles (SNE) expliquant sa conception de l’ebook. Absent hier du schéma de Denis Zwirn (Numilog) expertisant Europeana/Gallica comme de celui de ce malheureux Denis Olivennes, avant-hier, dessinant Hadopi et la « protection des œuvres en ligne ». Absent du schéma de Google, des intégrateurs, des numériseurs...

L’auteur est tellement absent de tous vos schémas, messieurs les industriels des flux de propriété intellectuelle, que c’en devient comique. Il va finir par construire le sien, de schéma. Sans vous, pour rigoler. Il va finir par croire à la fable de l’édition sans éditeur. Ce qui sera une mauvaise opération pour tout le monde. Car on a besoin d’éditeurs pour défendre et promouvoir des œuvres originales autant qu’on a besoin d’auteurs pour les créer et les alimenter. Pas plus, pas moins.
Dans le « rapport Cordier(2) » sur le livre numérique remis au ministère de la Culture en mai 1999, Alain Pierrot alors directeur de la mission « activités en ligne » chez Hachette Livre estimait que « les nouvelles techniques d’information et de communication ne remettent pas radicalement en cause la fonction de l’éditeur. Il s’agit toujours de découvrir, de mettre en forme et de valoriser des fonds et des talents méritant d’être “publiés”. » (synthèse de l’audition, p. 175.) Et il ajoutait : « ce qui compte, c’est le marché, ce n’est pas la technologie ». C’était il y a dix ans. D’ores et déjà, Alain Pierrot avait raison sur l’essentiel, et tort sur l’accessoire.
(2) « Rapport de la Commission de réflexion sur le livre numérique », sous la dir. d’Alain Cordier, 229 pp., mai 1999 — PDF, 658 Ko http://thinkdigital.capdigital.com/Video-de-la-reunion-du-9-mars-200927.03.09 En 2003, sous la houlette de Claude Scasso, le trimestriel La Gazette des scénaristes approchait déjà son 20e numéro et introduisait une nouvelle formule en format carré 23×23 cm. Début mars, l’équipe de Frédéric Krivine (directeur de publication) a remis les compteurs à zéro et relancé un grand format digne de la toute première saison (bon, un peu moins grand, mais très digne quand même). Toujours aussi insolemment luxueux, le magazine créé par Carlo de Boutiny en 1999 au sein de l’Union Guilde des scénaristes devient bimestriel, baisse son prix et se rebaptise Scénaristes. Laurent Mersier reste en poste à la rédaction en chef.
Pour ceux de nos lecteurs qui ne connaîtraient pas ce titre(1), la politique est fort bien résumée dans le faire-part diffusé en début de mois : « Scénaristes est l’unique magazine bimestriel français consacré au scénario et aux scénaristes. Soutenu par l’UGS et la SACD, entièrement rédigé par des scénaristes, il se destine à un large public tout en offrant un point de vue original sur l’écriture et la dramaturgie. »
(1) Bon plan à noter : les anciens numéros de La Gazette des scénaristes sont actuellement déstockés à 4,50 € (jusqu’au 30 avril). Voir détails sur le site http://www.ugs-online.org/.Espérons seulement que cette ouverture plus échancrée vers le grand-public ne conduira pas Scénaristes au bling-bling — syndrome qui avait tué la revue Synopsis, dans le même secteur, il y a quelques années. Rappelons enfin que l’UGS, éditeur du bimestriel, est le syndicat indépendant des scénaristes professionnels.
Scénaristes : 54 pp. A4, 4,50€, bim. — Réd’chef : Laurent Mersier26.03.09 Jolie moisson de mashups mélodiques à découvrir chez le bootlegger français Fissunix. La technique semble de prime abord académique (beats + acapellas bien huilés), mais je ne doute pas que vous serez sonnés par l’audace des acoquinages, par exemple dans Yael Naim vs Charles Ingalls (« New Soul on the Prairie ») ou encore (mon préféré) « My Zumps », où Black Eyed Peas rencontre... Daniel Faure et Jean Musy, auteurs du générique des Animaux du monde :
http://bootleg.fissunix.com | voir aussi DJ SonoTown19.03.09 Écoutons deux énigmes prononcées successivement par Serge Eyrolles, patron du Syndicat national de l’édition, au micro de Livres hebdo : « Quel que soit le support — numérique ou papier —, le livre a toujours le même contenu et doit être vendu, hors TVA, au même prix. S’il y a des liens hypertextes, des vidéos, c’est un contenu différent(1). »
(1) C’est moi qui souligne. Cf. « Le SNE planche sur le numérique », in Livres hebdo.fr, 17-03-2009. Article consacré aux Assises du numérique organisées par le SNE au Salon du livre de Paris, assises dont la synthèse est diffusée sur le site du syndicat : http://www.sne.fr/pages/informations/livre-electronique-03-09.htmlSans prétendre percer les obscures syllogismes du père Serge, allez, je vais me risquer à un décryptage du message sous-jacent : Amis éditeurs, ne pensons pas le livre numérique comme une adaptation créative du livre imprimé, restons soudés autour de l’invariance du contenu et fuyons comme la peste audiovisuelle les questions d’interface (telle les liens hypertexte) qui pourraient bien faire imploser le Fort Boyard, si vétuste mais si confortable, que Gutenberg nous a légué !
Pourquoi Eyrolles et ses amis sont-ils sourds à l’évidence que le livre numérique va s’imposer comme une œuvre d’adaptation multimédia dans de nombreux secteurs (bande dessinée, ludo-éducatif, encyclopédique, didactique, scientifique...) ? Pourquoi sont-ils aveugles à l’avènement irrésistible d’ouvrages comportant des hyperliens naturels, des moteurs de recherche intégrés, des barres de navigation, des transitions dynamiques, des fonctions de zoom, des annotations audiovisuelles, des calques multiples, des commutateurs de langue, des bulles explicatives surgissantes, des séquences animées, des fonctionnalités de mise à jour automatique et bien d’autres choses ?
Parce que le livre c’est l’invariance du contenu et pis c’est tout ! semble répondre le maître-nageur du SNE. Cécité corporatiste, probablement. En insinuant au passage son principe du prix unique papier/numérique « hors TVA », Eyrolles ne fait pas seulement un clin d’œil à Jack Lang. Il sous-entend également que le livre numérique devrait bénéficier de la TVA à 5,5 % en tant que produit à contenu identique(2) (et non pas en tant que produit culturel en soi). Voilà une façon bien paroissiale de défendre son bout de gras. Il est vrai que la profession a beaucoup plus de chances d’obtenir la dérogation du 5,5 % pour le livre numérique si elle situe sa requête sur le terrain de l’exception très localisée, sans préjudice sur la fiscalité des produits multimédias.
(2) La doctrine de l’invariance du contenu et de l’indifférence du support présente pour la profession d’autres avantages stratégiques, notamment celui de légitimer, aux yeux du profane, la mainmise de l’éditeur traditionnel sur les droits d’exploitation numérique. Relire à ce sujet : « La lessive des droits numériques ».Dommage qu’à la tête de l’édition syndiquée, on ne sache pas avancer autrement qu’à pions feutrés. Et vu les cadors que nous avons depuis quelques années au Sénat et à l’Assemblée en matière de législation conjoncturelle qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez (DADVSI, Hadopi, tutti quanti), on ne serait pas étonné de voir émerger bientôt une réforme du régime fiscal des produits de l’édition dans laquelle les livres numériques jouiraient enfin du taux de TVA réduit sous réserve de ne comporter aucun élément fonctionnel, d’ergonomie ou d’interactivité, pouvant s’analyser comme un composant logiciel ou multimédia. En gros, dès qu’on injecterait des hyperliens ou une animation Flash dans un PDF, ce serait la fin des haricots et on se retrouverait à la case 19,6 %.
Fiction réaliste ? Dans le monde muré de Serge Eyrolles — qui est aussi, rappelons-le, celui de Christine Albanel, de Denis Olivennes, de Frédéric Lefebvre... —, soyez assurés qu’un livre numérique à deux vitesses trouverait parfaitement sa place.
La vision d’avenir du SNE pour le livre électronique:18.03.09 Un message alarmant occupe la façade du site des EMC suite à la disparition inexplicable de Michel Champendal. L’ex-président de la maison d’édition éponyme ne donne plus signe de vie depuis près de deux semaines. Selon les témoignages concordants de son épouse et de ses plus proches amis, Michel s’était retiré le mois dernier dans la petite commune d’Ambilly en banlieue d’Annemasse (Haute-Savoie), à un jet de pierre de la frontière suisse, en prévision d’un séjour familial à Genève. « Le 6 mars 2009 au soir, précise le communiqué des EMC, Michel a quitté son domicile en disant qu’il allait voir de la famille à Genève, et nul ne l’a revu depuis. Nous craignons le pire concernant son état de santé. Michel est parti avec juste ses affaires sur le dos, peu d’argent et n’a même pas pris son traitement pour le diabète (il est insulinodépendant et doit faire quatre piqûres par jour).(1) »
(1) Avis de recherche — site des éditions Michel Champendal, mars 2009Tout porte à craindre qu’il s’agisse d’une affaire sérieuse et de la plus extrême urgence. Si vous avez croisé Michel depuis lors, ou si vous disposez de quelque indice que ce soit de nature à aiguiller les recherches ou à rassurer les proches, merci d’en aviser Alban qui centralise les informations à l’adresse : webemc@free.fr.
Tous les détails pratiques ici :09.03.09 Sur son site éminemment hofstadterien cetteadressecomportecinquantesignes, Éric Angelini vient d’administrer une réponse cuisante au plus vieux marronnier de la joute typographique : faut-il accentuer les majuscules ?
http://www.cetteadressecomportecinquantesignes.com/ChambreLux.htm | voir aussi « Majuscules ou capitales ? »09.03.09 Le salon Dem@in Le Livre organisé les 4 et 5 mars à la Maison de la chimie (Paris 7e) a donné lieu à une brochette de conférences branchées et prospectives autour de l’avenir du livre, ses formats, ses technologies, ses politiques patrimoniales... Difficile de dire, cependant, si les révolutions entrevues durant ces deux jours bousculeront autant les pratiques de lecture qu’elles ne bousculent déjà les pratiques de l’édition. BlogNot ! s’est procuré un lumineux résumé de séance dressé par Pierre Douillard(1) :
Organisée par Élisabeth Chainet une exposition-conférence avec la plupart des imprimeurs de livres en numérique, les fournisseurs... suivie de la Nuit du Livre primant les meilleures réalisations.
Le public est très nombreux et attentif : étudiants de l’École Estienne et de l’École de l’image des Gobelins, la plupart des responsables techniques des éditeurs (Gallimard, Albin Michel, J’ai Lu, Éditis, Calmann-Lévy, Odile Jacob, etc.), des diffuseurs (DDL pour le groupe Media Participations).
On peut croire que ce qu’il s’est dit aura été entendu par la profession qui vit une mutation accélérée cette année.
LES TECHNIQUES DU NUMÉRIQUE
Des imprimeurs classiques (CPI, Corlet, Laballery) présentent leur département numérique qui veut « répondre aux nouveaux besoins des éditeurs », c’est-à-dire tirages courts inférieurs à 1000, ou très courts inférieurs à 300 ex. D’autres imprimeurs (Dupli-Print, MDI, Color-Print) tentent de prouver que l’impression couleur numérique est une alternative à la technique offset en terme de qualité. Chez ces derniers, faute d’un chiffre d’affaires suffisant chez les éditeurs classiques, on se diversifie vers l’autoédition. Véritable vache à lait (80 commande / mois chez Dupli-Print, 2400 commandes en 8 mois chez Atelier 2000 et TheBookEdition), la vente repose sur la confusion entretenue sur les termes :
— DE L’OBJET : le livre (déprécié dans certaines de ces officines par le niveau technique) ;
— DE LA FINALITÉ : l’édition (aucune véritable diffusion n’est prévue).
Ces pratiques plus ou moins déontologiques ne sont possibles que parce que la demande est forte : le traitement de texte permet à de nombreux « écrivants » de se prendre pour des écrivains.
Bien que la technique du Print On Demand ait été écartée par les organisateurs de ces débats, tous vont y faire référence comme « nouveau modèle économique » (y compris Hélène Clément du syndicat national des libraires). On propose l’installation d’un « terminal d’impression » (à l’image du terminal de cuisson des boulangeries) dans les points d’approvisionnement — librairies, bibliothèques. De toute farine on ferait son pain...
La technique ancienne (moteur Xeikon + tonner pour Xerox et Océ, Delfax, etc.) s’est beaucoup améliorée(2). C’est pourtant la technique plus récente de l’encre liquide, promue par HP, qui va s’imposer : pas de problème de cuisson / fixation des poudres (on peut même annoncer un désencrage écolo), absence de contact avec les têtes d’impression autorisant une vitesse accrue. C’est la productivité demandée par les imprimeurs. (CPI montrera comment une vitesse de 200 m / minute va traiter les commandes actuelles et futures des éditeurs de 50 à 3000 exemplaires.)
Dans tous les cas, on note l’importance de l’intégration en amont : une bonne maîtrise du prépresse pour la qualité des éléments (variétés des sources iconographiques, colorimétrie) permet de vendre ces petites quantités (les étudiants graphistes sont très concernés). De même, la « gestion automatisée des commandes » — workflow qui s’élève à 500 commandes / jour pour le seul Dupli-Print ! — améliore le traitement des demandes. Un des freins au développement de cette technique chez les gros producteurs, Hachette par exemple, est la nécessité fiscale de factures papier ! CPI propose alors un portail Internet permettant au client de mettre en forme sa commande, du BAT au planning et à l’édition de la facture. La technique promet le livre à 1 seul exemplaire (moins de 10 € / ex. comme pour les albums photo de PhotoBox imprimés reliés sur Indigo HP) et souligne le paradoxe de l’impression numérique : un livre qui peut n’avoir qu’un seul lecteur, tel un téléphone sans réseau ou un harangueur dans le désert. Jusqu’à quel nombre la métaphore reste-t-elle valable ? Réponse dans quelques temps puisque le portail CPI permet d’intégrer directement les fichiers ainsi constitués dans la base Google. Nous sommes au point de partage des eaux (sauvegarde / diffusion valorisation) avec « l’autre numérique » (v. ci-dessous).
Des photocompositeurs classiques (Nord Compo, IGS) présentent leur projet d’extension du domaine de l’édition. Ce point est plus important qu’on ne le soupçonnait. Précisons que ces deux fournisseurs couvrent une part significative de la mise en page pour la France (30% des productions des éditeurs représentés ces deux jours) et que la technique de structuration des contenus (traduisez « œuvres » si vous le pouvez encore) est beaucoup plus puissante que l’imagination des éditeurs. En effet le balisage XML (qui reste utilisé sans standardisation des DTD, règles de définition-description des documents) est relayé par le développement des formats de publication (PDF, ePUB). Ainsi, IGS propose sa « MediaCase », une base de données multimédia, comparable à une banque d’images, enrichie d’extensions logicielles très créatives. Les livres, images, liens ou vidéos sont décomposés en constituants élémentaires (plus ou moins finement selon les DTD) et ces derniers sont stockés, donc accessibles et publiables sous diverses formes : textes seuls (tout ou parties), textes et vidéos attachées, images seules regroupées, indexées sous forme de vignettes attachées à des résumés de l’œuvre et utilisables sur des pages internet, zoomées, etc.
Seul Gallimard apparaît un peu en avance sur cette numérisation intelligente(3) du patrimoine et a missionné des éditeurs pour le valoriser. Les autres sont vaguement amateurs d’un balisage XML pour le catalogage ou sont en recherche de projet (Numilog pour Hachette). Quant aux bibliothèques, certaines à l’image de la bibliothèque municipale de Lyon s’embarquent avec Google, lequel — c’est le moins qu’on puisse dire ! — ne leur demande pas leur avis, et encore moins aux détenteurs de doits concernés...
Pour conclure ce volet technique, une présentation des e-books, de l’e-ink et de l’e-paper nouvelle récolte, annonce sans surprise l’ivresse des amateurs de beau-joli-nouveau... qui se remettent à peine de leurs derniers abus de MP3.
NOUVELLES IMPRESSIONS D’AFRIQUE ?
Ce volet souligne l’ambiguïté du terme « numérique » au cours de ces conférences. Si on veut, pour ces journées, c’est l’impression d’un livre en numérique. Le livre est numérique dans sa forme, reproductible en feuilles brochées, par exemplaires, ou bien dans sa forme toujours mais en beaucoup plus sophistiqué. Le livre devient alors plutôt un « serveur » parmi d’autres œuvres qui vont constituer un fonds de données, utilisables en contenus, pages Internet, podcasts littéraires... Il y a démembrement de l’œuvre et, parions-le, de sa propriété.
Quelques chiffres glanés :
1,3 € par mille de signes : prix de la composition et du balisage XML, un bon indicateur des coûts de la numérisation des fonds (c’est moins qu’annoncé par les éditeurs interrogés dans une précédente enquête du Conseil permanent des écrivains).
800 commandes pour 450 0000 exemplaires en 2008 pour Hachette chez Dupli-Print, dont 40 % en nouveauté. Cela leur permet-il de se défendre de l’accusation « vous faites 20 exemplaire de chaque titre dont vous voulez garder les droits » ?
80 % des nouveautés Fayard sont imprimées en numérique... donc à moins de 800 exemplaires ?
Plus largement, 80 % des titres de 2008 ne justifieraient pas l’offset, selon Océ et d’autres observateurs. Contrepoint : 80 % des titres imprimés par CPI restent du tirage moyen (entre 2 et 6000 ex.). Précisons que CPI travaille sur des rotatives qui ne devraient être calées qu’à partir de 3000 ex., mais que depuis 10 ans la société a abaissé le seuil de chargement à moins de 2000 exemplaires.
200 000 e-readers vendus par Amazon cette année.
50 % du bénéfice d’Amazon porte sur 330 000 références hors les 80 « top ventes ».
1 million d’exemplaires commandés en 2008 par Lulu.com à CPI Rowes UK (Print On Demand), pour une moyenne de 1,4 exemplaire par titre. NB. — Depuis le 10 octobre 2004, les réimpressions ne sont plus soumises à l’obligation de dépôt légal.
Quelques paroles retenues [ou symptomatiques] :
L’impression numérique répond à un nouveau besoin des éditeurs : le livre papier peut maintenant commencer sa vie à 350 exemplaires en numérique puis passer sur Cameron (plus de 1500 ex. en réimpression). Qui se souvient qu’il y a dix ans, ce nombre d’exemplaires correspondait à la quantité préimprimée par Laffont pour les seuls services de presse ?...
Chez Calmann-Lévy (et ce serait une excellente nouvelle) les anciens contrats sont tous modifiés par des avenants pour le numérique. Pour les nouveautés, il s’agit toujours d’un contrat séparé. (Cf. « La lessive des droits numériques », dans BlogNot !)
« Comment va-t-on se rémunérer ? » demande la directrice IGS pour l’intégration/adaptation des œuvres en contenus.
La vie de Mme Machin ou les recettes de cuisine de M. Truc, ça n’intéresse personne (dixit Faby, Dupli-Print), mais on serait trop contents s’ils trouvaient un éditeur en ayant leur exemplaire déjà en forme...
« Oui, les expériences de Cytale on été bloquées par le problème des droits d’auteur mais aujourd’hui c’est réglé avec Google » (Le Ray, organisateur du prochain colloque au Cnam)
« On nous a contactés pour étudier, comme en Angleterre, l’installation de machine à imprimer à la demande. Des Espresso pour des livres épuisés, du domaine public voire encore sous droit... » (Hélène Clément, SLF).
EN CONCLUSION
Des journées décisives parce que :
— les exploits techniques des intégrateurs et des imprimeurs permettent aux éditeurs dès aujourd’hui d’exercer leur métier « papier » comme ils le feront demain « en ligne » ;
— l’inflation du nombre de contenus, leur atomisation, multiplié par l’explosion des sources de diffusion va remplacer la « chaîne du livre » et dissoudre certains maillons par une « bulle » éditoriale très réjouissante, au moins au début ;
— toute cette économie ne sera garantie que par la valeur créative des œuvres, c’est-à-dire par la crédibilité des auteurs — grands absents aujourd’hui !
Le lien du salon :
Dem@in Le Livre