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numérique

Numérisation : une surcouche de copyright ?

26.12.08      (édito du 1er décembre)      Preuve que les bibliothèques européennes ne sont pas des institutions comme les autres, beaucoup « publient leurs contenus numérisés avec un copyright, même quand le contenu d’origine relève du domaine public ». On dirait du Google ! Et c’est Patrick Danowski, du comité wikimédia allemand, qui s’émeut de cette ineptie dans Culture & Recherche (cf. no 118-119, « Préparez-vous à la réutilisation », p. 38). Le bulletin chapeauté par le ministère Albanel est dévoué cet automne à Europeana — le truc qui a planté 24 heures après son lancement officiel, en novembre — et nous livre quelques spécificités de l’approche franco-européenne en matière de numérisation du patrimoine. On peut comprendre que les conservateurs souhaitent amortir les investissements qu’ils engagent en vue de moderniser leur service, mais quel rapport avec le droit d’auteur ? Sauf à invoquer un monopole secondaire relatif, par exemple, à la constitution d’une base de données (articles L.112-3 et L.122-5 du Code de la propriété intellectuelle), on cherche en vain une explication à cette nouvelle couche de copyright revendiquée par des organismes publics ou privés dont les scanners i2s à 3000 pages horaires sont financés par l’aimable contribuable. Rappelons que le droit d’auteur est incorporel, qu’il est protégeable sous réserve d’un acte de création originale, que sa composante patrimoniale n’est pas infinie dans le temps et qu’enfin, les bibliothèques et agrégateurs qui servent du « contenu » bénéficient pour ce faire du domaine public, d’une exception légale ou de quelque licence expresse arrachée aux auteurs. Bien entendu, cette analyse ne vaudrait pas si le copyright à l’européenne s’alignait sur le copyright à l’américaine, mais en pareille extrémité Europeana serait un sous-Google subventionné, ce qui est exclu par hypothèse, pas vrai ?

http://www.culture.gouv.fr/culture/editions/r-cr.htm

zik

Jazzanova Remix Contest

24.12.08      Le collectif berlinois Jazzanova a lancé en novembre une délicieuse machine virale autour de son dernier titre, « I Can See »(1), en offrant aux internautes la possibilité de le remixer de A à Z. Les 18 pistes du morceau sont en effet téléchargeables séparément au format AIF (640 Mo au total) sur la page-concours Jazzanova Remix Contest (section « Get the sample... »).

(1) Extrait du dernier album de Jazzanova, Of All the Things, pressé chez Verve en octobre.

Jazzanova Remix Contest

En tant que DJ/remixer/producteur, le groupe Jazzanova a signé entre 1997 et 2008 une brochette plus que garnie de morceaux d’anthologie, près d’une quinzaine d’albums (sans compter les contributions aux compils nu-jazz en tous genres) et probablement quelque chose comme 200 remixes si je m’en tiens à leur état civil sur Discogs. Aujourd’hui, l’équipe fait un clin d’œil en direction de ses compétiteurs sur la scène du mix, qui l’a vu naître et grandir. Se donner en pâture à la communauté est une façon d’exprimer, parmi d’autres velléités, celle d’exister en création originale. Quand on a trituré pendant des années du Lenny Kravitz, du Ursula Rucker, du Master At Work, du Fat Freddys Drop, etc., on peut éprouver quelque délectation à inverser le protocole, comme se plaisait à le préciser le communiqué publié conjointement chez les sponsors Ableton et Soundcloud.

Une chose est sûre, l’opération excite une vive émulation. Deux mois après l’ouverture des hostilités, le concours accueille déjà plus de 180 versions remixées amateures de « I Can See », que l’on peut écouter directement sur le site via la section « Listen... ». Clôture le 15 janvier 2009, il n’est donc pas trop tard pour faire briller la french touch : à vos multitracks !

http://www.jazzanova.de/remixcontest/?l=en | voir aussi DJ SonoTown

typographie

« À priori » : la chute de l’empire italique

22.12.08      Faut-il encore italiser et composer sans accent la locution a priori ? Moult dictionnaires et marbres typographiques ont ainsi gravé l’usage, et derrière eux la horde des latin lovers, peut-être pas aussi sauvage que celle des sapeurs SMS, mais le purisme et l’instinct de conservation ont quand même de beaux restes. Ce matin en tout cas, sur la Liste Typo, le débat s’est déroulé loin des corsets. Et l’on doit remercier Jacques André de nous livrer ce lien de salut public vers l’article de Luc Bentz (éditeur du site Langue française) consacré à ce qu’il faut bien appeler une Controverse de valable mobile :

Ou bien l’on considère que l’on a affaire à des expressions latines qu’il y a lieu de mettre en italique... et sans accents (puisqu’on a renoncé à cette manière de transcrire par écrit le latin) ; ou bien l’on considère qu’il s’agit d’expressions devenues bien françaises. On voit bien, quand même, que c’est le cheminement retenu de facto ;-) par les lexicographes et la plupart des auteurs normatifs. Alors, tirons-en les conséquences en revenant à ce qu’était la logique de l’Académie en 1694, et même, sur ce point le Thresor de Jean Nicot (1606) : le a sans accent est réservé au verbe avoir, et l’accent grave intervient pour permettre la distinction entre homophones grammaticaux.

(Luc BENTZ, « À priori, à postériori — Un choix motivé de francisation pour des locutions plus variables qu’on veut le croire parfois », in Langue française [.net], non daté)

Avouez que face au folklore archéographique, les objections de Luc Bentz sont plus que convaincantes. L’auteur démontre notamment que la résistance à la forme dite francisée (à priori) relève moins du vœu de chasteté que d’un apostériorisme mal placé. Les typographes et maquettistes de livres sont-ils prêts à faire la révolution avec lui ? Pas si simple, car il est sans doute aussi difficile de s’affronter au consensus savant qu’à la vindicte populaire.

http://langue-fr.net/index/A/a-priori.htm | voir aussi Typo & tapuscrit

vidéo

Cosmic Besancenot

21.12.08      Allez, un petit Mozinor pour les fêtes : Besancenot à l’aube et au volant sur fond de « Cosmic Girl » (Jamiroquai). Ça vaut le coup d’œil :

http://www.dailymotion.com/video/x7jw95_besancenot-limit_fun | http://www.mozinor.com/

zik

Ella pour Christmas (Verve Remixed)

13.12.08      Pourquoi se priver, puisque Fluxblog nous offre, pris dans la meilleure parcelle, un tronçon du Verve Remixed Christmas sorti en septembre ? C’est « What Are You Doing New Years Eve ? » d’Ella Fitzgerald (remixé par Mangini/Pallin) que choisit Matthew Perpetua, non sans annoter son geste : « This remix doesn’t change the mood and tone of Fitzgerald’s original recording so much as enhance it to the point that its glossy, over the top artifice becomes a bit surreal, and charming in and of itself. » Ce qui résume bien la griffe de la série « Verve Remixed » depuis son origine.

Une sucrerie du week-end à envisager en mode moufles et chocolat chaud. Convient aussi comme interlude, le cas échéant, entre deux plongées sans palier A Cross The Universe, le dernier séminaire de Justice.

http://www.fluxblog.org/2008/12/a-couple-of-rollercoaster-rides | http://clement.blogs.com/(...)/justice-les-nouveaux-guns-nroses-.html
Voir aussi DJ SonoTown

médias

Le SNJ défend la diffamation pénale

13.12.08      « Dépénalisation de la diffamation : attention, danger ! » Titre inattendu d’un communiqué du SNJ diffusé début décembre, alors que les belles idées inspirées à Sarkozy par le rapport Guinchard faisaient la une des volières. La liberté de la presse n’est plus très brillante en France, restaurons-la en assouplissant la loi ! C’est le côté Cajoline de Nicolas Ier. On pourra dire que s’il menait tambour battant des procédures sans précédent contre de vagues parodistes, s’il avait à sa botte toutes les puissances médiatiques, eh bien, au moins, il voulait dépénaliser la diffamation.

Or, le Syndicat national des journalistes propose un tout autre décryptage de la bienveillance présidentielle. Il estime que « “dépénaliser” la diffamation reviendrait à ramener le droit de la presse à un simple conflit entre particuliers », minimisant ainsi « la question des libertés publiques » et celle, à vif, de l’indépendance des médias. Pour le SNJ, le rapport Guinchard est en fait un cheval de Troie qui, sous des dehors bienfaisants et modérateurs, vise à liquider certains dispositifs gênants de la loi de 1881 :

D’après le rapport Guinchard, le droit de la presse serait trop compliqué, il faudrait le simplifier. Ce type de motif est trop souvent avancé pour faire disparaître une loi et/ou un dispositif qui gêne, pour nous faire tomber dans le panneau.

Pourquoi faire passer le contentieux de la diffamation, par exemple, au juge civil ? La réponse est simple : parce que le juge civil condamnera là où le juge pénal aurait relaxé. C’est le mécanisme propre au droit qui est en cause. Le juge civil constate l’existence d’un préjudice et le répare (financièrement). Le juge pénal applique la loi pénale, qui est d’interprétation stricte et est extrêmement balisée pour respecter les libertés publiques. En droit pénal, tout ce qui n’est pas interdit par la loi est autorisé. En droit civil, tout ce qui cause préjudice est condamnable, sans avoir besoin de texte ayant précisément envisagé le cas.

Si la procédure civile est difficile à mettre en œuvre (notamment en matière de preuve), cette difficulté n’est pas vraie pour tout le monde. La procédure civile est le meilleur qui s’offre à vous si vous êtes puissant (financièrement ou politiquement — capacité d’investigation).

(Syndicat national des journalistes, communiqué du 03.12.08)

Voilà pourquoi, contre toute attente, il n’est peut-être pas si urgent de jeter aux orties la sanction pénale de la diffamation.

http://www.snj.fr/article.php3?id_article=766 | Synthèse des 65 propositions de la Commission Guinchard (PDF)

droit d’auteur

Publie.net et son mystérieux contrat propriétaire

12.12.08      Dans un billet qui devait se vouloir pédagogique — « publie.net révolutions douces : le contrat auteur d’édition numérique » —, François Bon découvre quelques indices curieux quant à cet « objet de recherche et d’invention » (le contrat Publie.net) élaboré par le cabinet d’Olivier Cazeneuve et autour duquel on réclame la plus grande discrétion. Suspense bouillant dans le tube à essai, mais gardons notre sang-froid. Ce contrat d’édition numérique brandi dans l’obscurité des honoraires d’avocat n’en est visiblement pas un. En effet, « compte tenu de la nature non livre de l’objet diffusé, [les droits objets de la convention] ne sont pas des droits d’auteurs, mais de simples bénéfices commerciaux ». Sous cette formulation, ne sentez-vous pas le troublant effluve de l’article L. 132-3 du CPI ? Risquons-nous à quelques conjectures.

Si François Bon — après beaucoup d’autres — s’interroge fort à propos sur les impacts juridiques et contractuels de la disparition du stock (mise à mal du droit de reproduction, etc.) ou de la révisabilité continue de l’œuvre plurimédia(1), la peinture impressionniste qu’il livre de son « contrat-cadre » nous rapproche bizarrement du régime des sociétés en participation, type contrat de compte à demi (art. L. 132-3) dans lequel l’auteur apporte son manuscrit et l’éditeur son industrie, les parties convenant de partager les bénéfices.

(1) Synonyme branché de multimédia, adjectif qui fleurait trop le CD-Rom encyclopédique des années 90...

Pourquoi pas ? Loin de moi d’obstruer la piste du compte à demi(2) ou des formules approchantes en matière de publication numérique — mais de là à parler d’une révolution du contrat d’édition... Il y a déjà, au moins, vice de qualification.

(2) Nos lecteurs se souviennent peut-être que la société AlterEdit avait essayé ça dans les années 2000, cf. Ecrire&Editer no 32, « L’Audace du Web » (enquête sur les éditeurs Internet) : « Imprimeur numérique depuis 1976, la société G. de Rotrou propose via AlterEdit SA une édition “de compte à demi”, càd une société en participation (SEP) avec l’auteur. [...] Points positifs : refus motivé, pas de “cession” abusive, pas de pacte de préférence, dépôt légal, éditeur dynamique, contrat nickel. Points négatifs : forfait initial, pas de suivi des ventes en ligne pour l’auteur, complexité du régime du compte à demi... ».

François Bon écrit d’ailleurs des choses insolites sur le contrat d’édition en soi :

On sait d’autre part que la France est un cas exceptionnel : le contrat traditionnel d’édition transfère à l’éditeur les droits exclusifs d’exploitation de l’ouvrage jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur, l’éditeur exerçant alors en nom de l’auteur les droits de propriété artistique. Dans les autres pays européens, la propriété artistique et morale reste exercée par l’auteur, et le contrat d’édition vaut pour l’exploitation commerciale de l’ouvrage, avec durée de 10 ans maximum.

(François BON, « publie.net révolutions douces : le contrat auteur d’édition numérique », in Le Tiers Livre, décembre 2008)

Cette prétendue opposition entre le contrat d’édition à la française et le contrat d’édition dans les autres pays d’Europe est tirée par les cheveux. Concernant la pratique de conventions « longue durée » (i. e. jusqu’à la chute dans le domaine public), rappelons d’abord qu’elle n’est pas codifiée par le législateur français. La durée de cession pour toute la propriété littéraire n’est pas une disposition de jure du contrat d’édition. Usage encore trop répandu, sans doute. Tare spécifiquement française, ça reste à prouver. En France ou ailleurs, les sociétés et fédérations d’auteurs combattent peu ou prou les mêmes instincts de spoliation dans le temps et dans l’espace. Au demeurant, la petite et moyenne édition hexagonale commence à donner des signes encourageants d’émancipation contre les atavismes du XXe siècle (et du SNE). Des contrats d’édition à cession limitée, à durée réaliste, commencent à circuler dans la nature.

Mais sur le fond, où se situe l’exception française décriée par François Bon ? Je sèche. L’auteur-éditeur-prophète mixe confusément les concepts de « droits exclusifs d’exploitation », de « droits de propriété artistique » puis de « propriété artistique et morale », pour dégager une disparité improbable entre le schéma français et celui des autres pays européens. Selon lui, le contrat d’édition gaulois ferait exception par sa voracité, s’arrogeant au-delà de l’exploitation commerciale des ouvrages la propriété artistique et morale des auteurs. Or, on a exactement l’inverse. Avec la plupart des états européens — et parfois à grands coups de directives d’harmonisation ! —, le droit d’auteur français s’inscrit dans une conception encore bien établie et largement professée qui distingue explicitement droits patrimoniaux et droits moraux. Le législateur français a été parmi les premiers à formaliser et à promouvoir ce « droit moral inaliénable », doctrine formant encore aujourd’hui un repère solide sinon un socle commun, en Europe, face au régime du copyright anglo-saxon (qui ne reconnaît pas le droit moral). En droit français, le contrat d’édition est régi par l’article L. 132-1 du Code de la propriété intellectuelle. Il vise expressément le droit de reproduction à titre principal, lequel figure parmi les droits patrimoniaux (dits aussi droits d’exploitation). Le mécanisme est que l’auteur cède à l’éditeur le droit d’exploiter l’œuvre en échange d’une rémunération proportionnelle aux ventes. Aucun des droits moraux de l’auteur n’est touché (une telle clause serait nulle et de nul effet).

Peut-être alors François Bon voulait-il dénoncer, en fait, le principe d’une clause de cession patrimoniale (qui organise en effet un transfert de monopole), par opposition à des clauses de concession ou de licence (autorisation d’utiliser, sans transfert de monopole). Pour ce qui touche aux contrats d’édition réels, cette question reste terminologique et faussement importante car la charge d’un éditeur réel reste de toute façon d’exploiter des droits et d’en rendre compte à l’auteur. En gros, il y a dans l’édition une transaction technique et un enjeu économique qui demeurent indifférents au discours que l’on tient sur la part immatérielle du transfert (discours qui va s’articuler selon l’acception métaphysique ou culturelle que l’on a du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle). L’invariant, c’est que l’éditeur réel prend le risque d’éditer. Il découvre, il choisit, il défend et il diffuse une œuvre qu’il aura transformé, ce faisant, en objet éditorial (les moines disent l’ouvrage, les contrôleurs de gestion disent le produit).

Pourrait-on considérer que cet éditeur-là fournit à l’auteur une prestation de service ou quelque chose de cet ordre ? Sérieusement, non. Les éditeurs qui rendent service aux auteurs sont super-sympas, merci, c’est vraiment cool et tout, mais non. La littérature de service ne peut pas être une littérature du risque éditorial. L’une et l’autre existent et ne peuvent qu’exister sur des ressorts différents. Dans une relation de service, il est parfaitement évident (et même obligatoire, en droit français) que l’auteur conserve ses droits, et patrimoniaux, et moraux. On introduit alors, quoique le vocabulaire soit instable d’un pays à l’autre, des concepts comme la concession ou la licence qui permettent au partenaire de l’auteur d’utiliser transitoirement les droits concernés ou de mettre en marche leur industrie vers et autour de l’ouvrage. En général, la relation est non exclusive (en tout cas c’est ce que l’on recommande) et la qualification de contrat d’édition est au mieux une aimable imposture, au pire une escroquerie.

Bien sûr, on peut demander si la vision capitaliste du contrat d’édition envisagé comme une cession n’est pas au fond une ornière du 6e arrondissement parisien ? Là encore, François Bon ne documente pas son soulèvement contre l’exception française. S’il existe en Europe d’importants régimes contractuels basés sur la concession de droits (notamment en Allemagne) ou d’autres sur la distinction entre confier l’exploitation et autoriser l’usage (contrat vs licence dans la terminologie employée en Grèce), l’encadrement du contrat d’édition en Europe, quand il est codifié par la loi, paraphrase de façon fort monotone le « cas exceptionnel » que représente notre CPI aux yeux de François Bon. Exemples :

ESPAGNE : Droit d’auteur, Loi (codification du 12 avril 1987)

Art. 58. — Par le contrat d’édition, l’auteur ou ses ayants droit cèdent à l’éditeur, moyennant une compensation pécuniaire, le droit de reproduire l’œuvre et de la distribuer. L’éditeur s’engage à réaliser ces opérations à ses risques et périls dans les conditions convenues et conformément aux dispositions de la présente loi.

SUÈDE : Loi relative au droit d’auteur sur les oeuvres littéraires et artistiques 30 décembre 1960

Art. 31. — Par le contrat d’édition, l’auteur cède à l’éditeur le droit de reproduire une œuvre littéraire ou artistique par impression ou tout autre procédé analogue et le droit de la publier.

SUISSE : Loi fédérale complétant le Code civil suisse (Livre cinquième : Droit des obligations) du 30 mars 1911

Art. 380. — Le contrat d’édition est un contrat par lequel l’auteur d’une oeuvre littéraire ou artistique ou ses ayants cause s’engagent à la céder à un éditeur, qui s’oblige à la reproduire en un nombre plus ou moins considérable d’exemplaires et à la répandre dans le public.

ITALIE : Loi du 22 avril 1941 — Protection du droit d’auteur et des droits connexes à son exercice

118. — Le contrat par lequel l’auteur cède à un éditeur l’exercice du droit de publier, pour le compte et aux frais de l’éditeur, une œuvre de l’esprit est régi par les dispositions contenues dans les codes ainsi que par les dispositions générales du présent chapitre et les dispositions spéciales qui suivent.

119. — Le contrat peut avoir pour objet tout ou partie des droits d’exploitation dont jouit l’auteur en cas de publication, leur étendue et leur durée étant déterminées par les lois en vigueur au moment de la conclusion du contrat.

Aussi ingénieux et novateur soit-il — personne ici n’ose en douter — le « contrat d’édition numérique » de Publie.net n’est pas un contrat d’édition au(x) sens que nous venons d’exposer et de rassembler. Il est, je cite, « d’abord une licence d’accès, une prestation relevant d’abord du service, l’objet diffusé n’ayant pas d’autre nature que virtuelle : accès à un dépôt sur bibliothèque lecteur, mis à jour en permanence, annotable et personnalisable (ex-libris à fonction de tatouage). Service qui inclut processus de validation, correction et mise au point du texte [...] ». Intéressant, la liaison qui est faite ici entre virtualité et service. Que l’objet soit virtuel a pour conséquence un contrat de service. Pourquoi ? Une œuvre est toujours un objet incorporel. On peut discuter ensuite de la matérialité du support, de l’ouvrage. Il est numérique, et alors ? Ne faut-il pas de toute façon l’agencer, le mettre en forme, le corriger, le promouvoir, le diffuser... ? En dehors de la fabrication d’exemplaires physiques, quels sont les gestes techniques et commerciaux qu’un éditeur traditionnel ne reconnaîtrait pas ici. Ou ne pourrait pas adapter.

Le projet de François Bon et de sa coopérative d’édition est plein de promesses et d’énergie positive. Il anticipe et interroge des dispositifs et à ce titre, l’expérience mérite d’être suivie de près. Par contre, comment peut-on écrire sérieusement, en décembre 2008 : « nous avons vite découvert l’absence totale de repères juridiques pour ce que nous proposions » ? Non, sans blague ? Avec Olivier Cazeneuve à la vigie, nos conquistadors n’ont donc pas trouvé un seul repère susceptible d’évoquer même de loin un contrat d’édition visant l’exploitation numérique d’une œuvre à titre principal ?

Eh bien, prenons simplement Ecrire&Editer n°34, octobre 2001, pages 32 et suivantes : CONTRAT D’ÉDITION EN LIGNE D’UNE ŒUVRE DE LITTÉRATURE. Le document élaboré en 2001 par Stéphane Bellina et Pauline Morfouace au sein du Calcre propose ni plus ni moins qu’un modèle de contrat d’édition numérique, plausible, conforme et encore très acceptable à sept ans d’intervalle, au moins comme structure de départ. Il intègre des variantes telles que la diffusion par paiement à l’acte (droits d’auteur proportionnels aux ventes par téléchargements ou consultations), la diffusion par abonnement (assiette des recettes HT) et même la possibilité d’un système à accès gratuit financé par la vente d’espaces publicitaires. C’est un travail parmi beaucoup d’autres sur le même sujet. Il est difficile de croire qu’entre 1995 (date de création d’Editel) et aujourd’hui, aucun repère, aucun élément de référence, aucune esquisse, cadre, modèle ou contre-modèle ne puissent s’accrocher au tamis d’une investigation minutieuse sur l’édition numérique. Incroyable et déconcertant de penser que les niveaux d’abstraction et d’innovation explorés par Publie.net soient à ce point inouïs qu’ils échappent à tout ce qui a pu être envisagé sur le sujet.

Fidèle à sa mauvaise réputation, BlogNot ! vous en dira plus sur le contrat de service top secret de Publie.net quand il aura pu y accéder. En attendant, soyons magnanimes avec les archivistes et sortons des oubliettes le « contrat type de l’édition en ligne » de septembre 2001. Je suis sûr que Stéphane, Pauline et l’esprit du Calcre me pardonneront cette exhumation par-delà le copyright :

Contrat d’édition en ligne (Calcre)

http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1540 | voir aussi 150 questions sur l’édition
À télécharger : Contrat-Edition-Internet-10-09-2001.pdf (52 Ko, 9 pages, spécimen distillé à partir de l’archive RTF du document source établi par Stéphane Bellina et Pauline Morfouace, 10 septembre 2001) — Publication imprimée dans Ecrire&Editer n°34, octobre 2001, Calcre, Vitry-sur-Seine.

écriture

Enrichir son style et décrasser sa plume

11.12.08      À destination des pigistes et des rédacteurs free lance, le club de la presse du Val-de-Loire à Tours programme les 12 et 13 février prochains un stage « Enrichir son style » animé par Pascal Perrat. Si l’on s’écoutait, on prescrirait dans la foulée ces séances d’écripuncture à quelques blogueurs rouillés qui ne semblent pas survivre tout entiers aux cadences soviétiques de nos industries communicantes. « Faire des miracles avec un sujet, un verbe, un complément », voilà un sous-titre bien optimiste. Soyons clair, un tâcheron du téléscripteur ne deviendra pas une diva après deux jours de training métaphorique et d’épouillage de truismes. Mais on connaît assez le tempérament maïeutique de Pascal Perrat(1) pour augurer au moins d’un progrès du côté des neurones effecteurs du scribouillard. L’écriture est un art de partager sa conscience entre le signifiant et le signifié, c’est-à-dire entre le style et l’idée. Le travail du formateur consiste à muscler les mollets qui font le va-et-vient, non sans brûler les graisses retenant l’artisan dans une combinaison éculée de lieux dits et d’idées trop faites.

(1) Formateur, homme-orchestre de L’Éveilleur d’idées, auteur de guides d’écriture créative et anti-clichés (éd. CFPJ).

Extrait du programme :

Quel est le but de cette formation ? — S’entraîner à sortir du cadre restreint du prêt-à-écrire. Rédiger avec son propre style et non pas en imitant tel modèle ou telle forme. Dépoussiérer son écriture de tout ce qui l’alourdit, l’alambique et l’affaiblit.

Quelle est la dominante pédagogique ? — Un minimum de théorie et un maximum d’exercices pratiques et utiles.

Comment se déroule ce stage ? — Le premier jour, vous enrichissez votre style en expérimentant intensivement : analogies, comparaisons et métaphores applicables à l’écriture journalistique.

Le deuxième jour, guidé par Pascal Perrat vous faites le point sur votre style en portant un regard critique sur vos documents et ceux apportés par les participants. Il s’agit de débarrasser chaque phrase de sa crasse : tics accumulés, contorsions de plumes, adjectifs automatiques, mots impropres, formules béotiennes, etc.

[...]

Quels seront vos bénéfices après ces deux jours ? Vous trouverez facilement des idées pour traiter vos sujets. Votre style sera plus riche, plus fluide, concis et clair. Vous ne connaîtrez plus jamais l’angoisse de la page blanche. Vous serez plus exigeant vis-à-vis de vos écrits. Endurci.

Et derrière le mot endurci il y a un renvoi astérisque dont les futurs journalistes apprécieront la teneur :

Au cours de ces deux jours, vos textes sont passés au crible. Il n’est jamais agréable de recevoir des critiques ni de les accepter. Mais tout rédacteur doit s’endurcir, car, à un moment ou un autre, ses écrits seront remis en questions au cours de sa carrière. Lecteurs, SR, Rédac chef, critiques littéraires, ne le ménageront pas.

Le coût du stage est de 500 €. Selon Juliette Talpin, administratrice du club de la presse, il reste quelques places à prendre :

« Enrichir son style », avec Pascal Perrat, 12 et 13 février 2009, Club de la presse du Val-de-Loire — Rens. : juliette.talpin@wanadoo.fr, 06 82 91 71 73
Voir aussi dans BlogNot ! : Pascal Perrat, interview | Chronique de l’écriture

web

Comment customiser le Speed Dial (Opera)

08.12.08      Rampe de lancement rapide inventée en 2007 pour Opera 9.2, le « Speed Dial » compte par défaut neuf cases. Ce système permet d’enregistrer, sous forme de vignettes clicables, au sein d’une grille, les neuf sites que vous consultez le plus assidûment. Simple, ergonomique, exploitant judicieusement l’espace inemployé des pages vierges, le dispositif a produit aussitôt sa réplique en additif pour Firefox, et c’est ainsi que les cowboys du Web ont pu adopter à leur tour cette chose merveilleuse. Cependant, on aura vite fait de déplorer la maigre contenance du Speed Dial. Avec neuf liens, on ne va pas zapper loin ! Heureusement, il existe dans votre dossier de profil(1) un fichier speeddial.ini dont on devinera sans mal les commodités.

(1) Pour localiser ce dossier, appelez le menu Aide / À propos d’Opera, rubrique « Chemins ».

Ainsi, pour transformer la grille 3×3 par défaut en un panneau de 48 vignettes (6×8), il suffira d’ajouter les lignes suivantes dans speeddial.ini :

[Size]
Rows=6
Columns=8

Le résultat s’observe dès la relance de l’application :

Personnaliser le Speed Dial d’Opera...


théâtre

Les rois de l’impro en vidéo

03.12.08      Déjà ovationnés dans BlogNot !, Les Bonimenteurs se produisaient les 1er et 2 décembre au Casino de Paris et ont une fois encore estourbi la salle par leur énergie et leur virtuosité. Hier soir par exemple, un public carrément sadique les a mis au défi d’improviser une saynète sur le thème de l’orgasme en utilisant les mots avunculaire, culotte, décollage, misologie, procrastination et quark. Bon courage ! Emportés par leur étonnante complicité créative, Jean-Marc Michelangeli et Didier Landucci ont signé sur cet improbable logo-rallye un sketch non seulement cohérent, mais époustouflant de dramaturgie. Deux immenses comédiens, un humour trépidant et des univers gargantuesques. On ne m’en voudra pas d’en remettre une couche : c’est à voir toutes affaires cessantes, sur scène de préférence (chaque fois un nouveau spectacle) ou à défaut en DVD chez Wild Side.

Les Bonimenteurs, le nouveau DVD !

http://www.lesbonimenteurs.com/
À relire sur ce fil : « Bonimenteurs de génie »

typographie

Et si InDesign devenait bidi ?

02.12.08      C’est un scoop qui engouera deux ou trois milliardièmes de l’humanité mais, considérant que cette population peut s’intéresser à Unicode, ça vaudra toujours son pesant de dirhams et de shekels de vous livrer cette info. Alors voilà : les prochaines versions d’InDesign pourraient intégrer la directionnalité du texte parmi leurs fonctionnalités standard. Bien que personne chez Adobe ne nous confirme officiellement cette évolution, elle se devine sous des indicateurs dignes de foi.

Premièrement — et ce n’est un scoop pour personne — les propriétés directionnelles sont déjà implémentées dans les versions moyen-orientales d’Indesign (InDesign ME), lesquelles assurent le support des écritures arabe, persane, hébraïque... Ces écritures réclament par nature plusieurs des fonctionnalités internationales élaborées autour d’Unicode, notamment l’algorithme bidi ou tout au moins le balisage bidi (1). InDesign ME permet de spécifier des écritures droite-à-gauche (RTL) ou gauche-à-droite (LTR) à l’échelle d’un article (Story), d’un paragraphe (Paragraph), d’une table (Table), d’un mot (Word) ou d’un caractère (Character). Ces attributs directionnels peuvent et doivent parfois se combiner au sein d’un même bloc, par exemple s’il comporte une citation en langue étrangère, s’il introduit des chiffres ou une ponctuation hybride. Ainsi, la version « Middle Eastern » d’InDesign dispose d’une interface-utilisateur enrichie en outils méconnus sous nos latitudes : chiffres spéciaux (arabic, farsi, hindi) ; diacritiques, marqueurs et espacements nécessaires en arabe et en hébreu (kashida, geresh, gershayim, magaf...) ; modes complémentaires de justification du texte.

(1) Le W3C en propose une excellente synthèse en français : http://www.w3.org/International/articles/inline-bidi-markup/Overview.fr.php. Voir aussi, en anglais, ce didacticiel de référence pour XHTML : http://www.w3.org/International/tutorials/bidi-xhtml/.

Deuxièmement, ce qui est implémenté dans InDesign ME est déjà, avec la version CS4, perceptible sous le capot de l’application. Là réside notre scoop. Ce que l’utilisateur ne voit pas (encore) dans l’interface se révèle très légèrement via la boîte à outils des développeurs (SDK) et via la couche Javascript d’InDesign. Nous avons découvert, entre autres, que la version CS4 introduit dans la classe SpecialCharacters sept signes arabes et hébraïques non référencés jusqu’alors : arabicComma (0x53417263), arabicKashida (0x5341726B), arabicQuestionMark (0x5341716D), arabicSemicolon (0x53417363), hebrewGeresh (0x53486765), hebrewGershayim (0x53486773) et hebrewMaqaf (0x5348626D). Plus probant encore, cet ensemble s’enrichit de deux marqueurs « bidi » : leftToRightMark (0x536C726D = LEFT-TO-RIGHT MARK U+200E) et son symétrique rightToLeftMark (0x53726C6D = RIGHT-TO-LEFT MARK U+200F). Bien qu’aucun de ces marqueurs n’agisse effectivement quand on le produit « de force » avec un script comme InDiCode, on observe à l’écran que des signes de contrôle ont déjà été prévus pour les représenter à l’utilisateur :

Caractères bidi dans InDesign CS4

En poussant un peu plus loin l’investigation, on s’aperçoit que tous les composants textuels possèdent désormais, au niveau des langages de script, de nombreux attributs inédits et sans équivoque quant à leur usage futur. En voici quelques-uns :

characterDirection (CharacterDirectionOptions) : the direction of the character.

diacriticPosition (DiacriticPositionOptions) : position of diacriticical characters.

digitsType (DigitsTypeOptions) : the digits type.

kashidas (KashidasOptions) : use of Kashidas for justification.

keyboardDirection (CharacterDirectionOptions) : the keyboard direction of the character.

paragraphDirection (ParagraphDirectionOptions) : paragraph direction.

paragraphJustification (ParagraphJustificationOptions) : paragraph justification.

xOffsetDiacritic (double) : the x (horizontal) offset for diacritic adjustment.

yOffsetDiacritic (double) : the y (vertical) offset for diacritic adjustment.

Toutes ces propriétés sont nouvellement disponibles en scripting InDesign CS4, et pourtant l’utilisateur ne peut pas les actionner. Les polices OpenType intégrant des caractères arabes ou hébraïques permettront-elles d’invoquer ces fonctions cachées ? Je l’ignore. Interrogé sur ces mystères, le gourou d’InDesignSecrets David Blatner me confie : « Il semblerait en effet que la CS4 possède des fonctionnalités bidi plus ou moins cachées mais accessibles aux développeurs, et peut-être aux scripteurs. Je connais un développeur qui travaille actuellement sur un plug-in dans ce sens-là... C’est très prometteur. »

De son côté, Thomas Phinney, responsable du pôle « typographie » chez Adobe, joue la sécurité et le secret industriel. S’il me confirme que ces nouveaux caractères spéciaux sont pour l’instant exposés aux scripteurs et masqués aux utilisateurs, ses explications me laissent sur ma faim : « La plupart [des nouveaux caractères spéciaux mentionnés ci-dessus] sont réservés aux textes arabes ou hébraïques, or l’interface des éditions occidentales d’InDesign ne supporte pas ces langues. Cependant, on pourra désormais ouvrir des documents arabes ou hébraïques dans les versions ID CS4 occidentales, ce qui est une nouveauté. » (C’est moi qui souligne.) Mais alors, si l’application se borne au « visionnage » de textes bidi, pourquoi introduire en Javascript des propriétés telles que Character.characterDirection, qui n’est pas en lecture seule ?

« Je ne peux vous révéler nos plans pour les futures versions, répond Thomas Phinney. Ce que je peux vous dire en revanche, c’est qu’améliorer le support linguistique international s’inscrit pour nous dans un mouvement plus large et plus général, s’appliquant aussi bien à InDesign qu’à d’autres applications Adobe. »(2)

(2) Ce point est confirmé dans ce billet d’offre d’emploi paru en février 2007 sur le Phinney-us Blog. On y lit notamment, parmi les compétences recherchées chez le postulant : « — Familiarity with the Unicode standard, BIDI algorithm, complex script shaping rules, OpenType font specification ; — Fluency and knowledge in at least one “complex” writing script such as Arabic, Thai or Indic is a major plus... » (c’est moi qui souligne).

Évidemment, on imagine que si les développeurs d’InDesign prévoient d’introduire en standard des fonctionnalités aussi trapues que la bidirectionnalité, la justification kashida et les diacritiques arabes, cela accroîtrait stratégiquement la conformité Unicode de l’application. Pour autant, les enjeux sont lourds en termes d’ergonomie. À suivre.

http://www.w3.org/International/articles/inline-bidi-markup/Overview.fr.php | http://blogs.adobe.com/typblography/ | Voir aussi « InDiCode »

imagerie

Photographie réflexive

Sydney in una pozzanghera 02.12.08      Dans « 50 Stunning Examples Of Reflective Photography », les transistors collecteurs de Smashing Magazine nous offrent ces jours-ci un pot-pourri à la gloire de la « photo réflexive ». Cékoidonc ? Un art consistant à exploiter judicieusement en prise de vue les reflets et miroitements naturels. Trottoirs mouillés, caustiques imprenables et irisations nocturnes sous les ponts de Newcastle, un pur bonheur !

http://www.smashingmagazine.com/2008/11/30/50-beautiful-examples-of-reflections-photography/ | Voir aussi Iconosphère

BlogNot! est une émission produite par Marc Autret depuis 2004, à consommer de préférence en cuves acclimatées aux spécifications XHTML et CSS.
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