


Décembre 2008Numérisation, copyright et bibliothèques | Jazzanova Remix Contest | «À priori» contre «a priori» | Cosmic Besancenot (Mozinor) | Ella pour Christmas (Verve Remixed) | Le SNJ défend la diffamation pénale | Publie.net et son mystérieux contrat propriétaire | Enrichir son style et décrasser sa plume (Pascal Perrat) | Customiser le Speed Dial d'Opera | Les Bonimenteurs en vidéo | InDesign et la bidirectionnalité | Photographie réflexive
Octobre 2008Le paradoxe de la cavalerie | Philippe Val s'excite sur Bakchich | Apple iPhone contre Sony Reader | «Birra Stout» (Darden Studio) | Denis Robert | Les dégradés dans InDesign | De l’édition à compte d’auteur à l’édition spéculative | Iconisme financier | Le CSS via l’ePub | BlogInsure...
Septembre 2008Tatoueur-traducteur | «Behind the leaves» (Jean-Christophe Courte) | Titrisation (géante) | InDesign CS4 | Molette 3D (Steven Hugues) | Cheval de Troie de l'ICS Monitoring Team | Eyrolles en flagrant mépris unique du livre | Osymyso et le «Quietus Mix» | Adobe pré-annonce la CS4 | Feedbooks à l’essai (Jean-Jacques Nuel)...
Août 2008Freeeeeze! | À la recherche du tuyau RSS | Gabriella Cilmi remixée par Matthew Herbert... (Ration minimale cet été, car la glande vadrouille.)
Juillet 2008«IndexMatic» pour InDesign en beta-test | Clap clap pour un clip (Kleptones) | Urbanbike, le fou furieux de l’éclectisme | Artistfolio | Quand Mozinor broie du noir | Codes-barres à la chaîne avec EANDesign | Comprendre la lumière dans Maya...
Juin 2008PDF et images surgissantes | «Technologies du livre pour tous» (Marie Lebert) | Césure virtuelle dans Firefox | Henrik Ibsen en VO numérique (Klaus Nordby) | «Hectic City 7» (Kleptones) | Solder plus pour pilonner moins? | Acrobat 9 dans les gencives...
Mai 2008Après le MP3, le MT9 | «IndexBrutal» chez InDesignSecrets | Editix en Hispanie | Visites virtuelles à 360° (Ecliptique) | «HurryCover», question à 1000 points! | «Stress» (Justice) | O’Reilly France en liquidation | Fleur de lys contre Lulu | Bonimenteurs | La guerre des polices dans InDesign | Projet de loi Olivennes | L'argument ad hominem | «Affaire Thélès»: suites?...
Avril 2008Autoroutes de l'infomercial | Six trucs (totalement) inutiles sur Marc Autret | E-diffusion vs e-distribution | Corriger un code-barres (EanDesign) | Aloysius Chabossot mélomane | Voleurs de couleurs! | Ligatures cartographiques (ingoFonts) | La lessive des «droits numériques» | Pubs «Playboy» | Changement de cap pour «Damn Interesting»...
Mars 2008Plagiat électoral | Dissection du cadavre de la blogosphère | «Unicode 5.0 en pratique» (P. Andries) | Eddy Meets Yannah | Effet «glamour» (Photoshop) | De la contrefaçon par meta-tags | «Les mutations du livre à l’heure de l’internet» (Numilog) | «Cyprestition» (Lenlow) | Évacuation du Salon du livre | Le drapeau israélien au Salon | Tatami judiciaire à Bruxelles | Comment écrire maigre? (Jean Guenot) | «Survivre avec les loups»...
Février 2008Edistat | «IndexBrutal» 2.1 | Babelpocket | Comment fixer nos tirets à l’alinéa? | «Plume de presse» suspend son vol | Welcome to the World Life Web | «Maison de Klein» | Adobe (dé)stocke Photos | Artur Jazz Band au Soda | L’auberge du chat qui danse...
Janvier 2008Readers ebook: éditeurs «moins perplexes» | Pigistes lyonnais | Thèse sur la Pensée Universelle | «Grappa» et calligraphie | Affaire Amazon | 60 tutoriels Flash (Smashing Mag) | Les poignées d'InDesign | BlogNot! sous cloche | L’âme des cargos (Thomas Journot) | «D’un point de vue administratif» (Francis Mizio) | Les Kleptones font leur «Bestival»...

30.11.08 (édito du 1er novembre) Le dénuement des web-typographes est aussi profond, spartiate, qu’aux premières lueurs de la toile il y a vingt ans. On ne sait toujours pas comment composer fiablement, au sein d’une page Web, d’autres caractères que les sempiternels serif et sans-serif génériques du système client. Tous les dispositifs permettant d’embarquer ou d’attacher des fontes originales depuis HTML, CSS, Javascript ou même Flash, sont expérimentaux et sans garantie d’avenir. À la fin des années 90, un pionnier de la typo digitale, Bitstream, avait équipé Netscape Navigator 4 d’une technologie de polices intégrées (TrueDoc), mais l’élan n’a pas suivi. Aujourd’hui, c’est au tour de Microsoft de courtiser les ministres du W3C avec son format EOT (Embedded OpenType), approche qui permettrait un redéploiement simple et élégant de la typographie en ligne par les voies naturelles du CSS (règle @font-face). Le problème, c’est que l’EOT implique une couche de DRM et donc des réticences aussi fortes que celle exprimée cet été sur Clagnut, qui estimait à 3 % la proportion de navigateurs supportant réellement les web fonts. Dans une note récente, le développeur de sIFR (un « hack » typographique conjuguant Flash et Javascript) appelait pourtant de ses vœux la fin des bidouilles et l’adoption d’une solution d’intégration des polices qui soit, enfin, pérenne et cross-plateformes. C’est alors, ironie de l’histoire, que les stratégies de typo alternative ont défrayé la chronique. SitePen venait en effet d’élaborer une usine à glyphes en mode vectoriel, basée sur une bibliothèque Javascript. La bidouille a débouché sur le projet TypeFace.js. De même, Cory Mawhorter lance FaceLift, un script splendide qui distille à chaud les images correspondant aux caractères et styles choisis par le designer pour les blocs de titraille. Les génies du Web naissent quelquefois dans les décombres d’une cause perdue.
Technologies mentionnées : http://wiki.novemberborn.net/sifr3 | http://typeface.neocracy.org/ | http://facelift.mawhorter.net/ | http://www.bitstream.com/font_rendering/products/truedoc/ À lire aussi : http://blogs.adobe.com/typblography/2008/09/web_fonts_2.html | http://www.sitepen.com/blog/2008/09/08/custom-fonts-with-dojoxgfx/ | http://novemberborn.net/sifr3/r436 | http://clagnut.com/blog/2166/ | http://blogs.msdn.com/ie/archive/2008/07/21/font-embedding-on-the-web.aspx |28.11.08 Plus connu en Campanie sous le pseudonyme de Rosario Buccino, Rosario Armani ne touchera pas de sitôt ses droits d’auteur sur « Ma si viene stasera », chanson poignante extraite du film Gomorra, l’adaptation ciné du brûlot contre la Camorra signé Roberto Saviano. La Repubblica (prolongeant semble-t-il un vieux papier paru dans Il Giornale) rapporte en effet que l’auteur-compositeur est en cavale, soupçonné entre autres d’avoir assassiné Maurizio Russo, « le fils du boss des districts espagnols », précise le quotidien napolitain.
Alors évidemment, si la mafia napolitaine s’infiltre jusque dans la bande-son des œuvres anti-mafia...
http://napoli.repubblica.it/dettaglio/Aveva-cantato-per-il-film-di-Gomorra-e-ricercato/1550773 | voir aussi Courrier international27.11.08 Demain matin (vendredi 28 novembre) s’amorce dès 9 h 30 le 2e Salon des éditeurs indépendants du Quartier latin, un rendez-vous à la fois décontracté et militant organisé par les pétulantes éditions Pippa. L’enseigne (Peltier International Publishing and Production Agency) a été hissée en 2006 par Brigitte Peltier, une touche-à-tout de l’édition presse et scientifique qui, après des années d’expérience comme dirprod’ — six ans chez Wolters Kluwer, quatre ans chez Elsevier Science — a décidé de s’élancer vers des projets plus frais, plus libres et plus solidaires. Comme éditeur, Pippa expérimente le beau-livre/photo (Inde, Asie), les arts graphiques et la littérature pour enfants (coll. « Les P’tits Pippa »). Mais la petite société installée dans le cadre stimulant de la rue Saint-Jacques n’en reste pas là : agenting, librairie, coédition, communication, multimédia, sans compter l’engagement constant aux côtés de structures humanitaires, vous l’aurez compris, Pippa est une pile électrique.

En quoi il n’est ni incongru ni étonnant que Brigitte Peltier porte un salon d’éditeurs indépendants. La cause est noble, fédératrice et stimulante. L’organisatrice indiquait en début de semaine que 80 éditeurs et marques feront le déplacement pour cette deuxième édition. « Quelques jeunes éditeurs “cuvée 2008” nous font l’amitié de participer, souligne-t-elle, je compte sur les “anciens” pour les accueillir. » La manifestation se déroule dans les locaux de la mairie du 6e arrondissement jusqu’au dimanche 30 novembre. L’entrée est libre, les lecteurs (et les auteurs !) y découvriront de petits labels méconnus, notamment en sciences humaines ou en « littérature humaniste » plus ou moins spécialisée. Échantillons en vrac : Riveneuve, Les Deux Océans, éd. Cygne, Millefeuille (jeunesse), les EMC, Éditions du bout de la rue, éditions du Sonneur, Caractères, Mangeclous (jeunesse)... Et plein d’autres à jauger sur place !
Salon des éditeurs indépendants du Quartier latin, 28 au 30 novembre 2008, mairie du 6e arrondissement, place St-Sulpice — entrée libreDe son côté, l’association L’Autre livre organise pour la sixième année consécutive, du 28 au 30/11 également, le Salon de l’édition indépendante. L’événement — que les fidèles de BlogNot ! ne découvrent plus, cf. news 2005 — s’accapare les 1000 mètres carrés de l’Espace des Blancs Manteaux (rue vieille du Temple, Paris 4e) et affiche, outre un panel de 120 éditeurs, un soutien institutionnel de plus en plus ostensible. Comme si la bibliodiversité redevenait un concept branché.

Sébastien Benoîton (l’attaché de presse) m’invite à vous redire cette année tout le bien que je continue de penser de ce rendez-vous, qui est un peu l’armée du salut de la petite édition. Mais plutôt que d’étaler une fraternité insipide, évoquons l’actualité politique de ce salon. Elle se développe autour du Plan d’urgence établi fin octobre à l’occasion des États généraux de l’édition indépendante (organisés par L’Autre Livre). Présenté par Francis Combes, ce plan d’urgence vise à court terme le sauvetage du tissu éditorial directement bombardé par la crise financière. Il demande par exemple, en faveur des PME du livre, le « maintien des autorisations de découvert et l’octroi de prêts à faibles taux d’intérêt ». Ou encore, qu’on débloque des fonds pour les « initiatives de coopération entre éditeurs indépendants », qu’on envisage d’appliquer un système d’avance sur recette à l’édition de nouveautés. Il appelle également à la création d’un label et d’un « statut juridique d’éditeur indépendant de création », assorti de divers avantages fiscaux. Au passage, et dans les brisées de la pétition Atelier du gué dénonçant le virage mercantile du groupe La Poste, il réclame la mise en place d’un tarif préférentiel pour l’expédition de livres (le « tarif livre »).
Enfin, le plan propose la création d’un observatoire de l’édition indépendante, question qui sera débattue au salon (dimanche à 15 h) après l’échauffement que n’aura pas manqué de susciter, samedi à 16 h, le thème « la culture dans la crise ».
Salon de l’édition indépendante (L’Autre livre), 28 au 30 novembre 2008 (11 h à 20 h, nocturne vendredi jusqu’à 22h), Espace des Blancs Manteaux — entrée libre Les liens à retenir :25.11.08 Depuis que le client de messagerie Web de mon fournisseur d’accès a basculé sous Zimbra, j’avoue ne plus tarir d’éloges sur les vertus, l’efficacité et l’ergonomie de cette remarquable application de courrier électronique, outil open source enrichi en agents collaboratifs quoique développé par Yahoo ! Le fait est qu’entre les vieux webmails IMP de Free et le jeune Zimbra, le contraste est aussi mordant qu’entre un bidonville de Rio et l’Atlantis Hotel de Dubaï.
Et pourtant, les utilisateurs de la version ZCS 5.0.2_Franklin — ZCS pour « Zimbra Collaboration Suite » — actuellement implantée sur free.fr font l’extrême (et cruelle) expérience d’un détournement de raccourci clavier. Le panneau de préférences reproduit ci-dessous montre en effet que la combinaison Ctrl C est affectée à la fonction « Sélectionner le ou les destinataires dans le carnet d’adresses », ce qui a pour conséquence d’ouvrir une fenêtre de validation aussi insupportable qu’incongrue à chaque fois que, par réflexe, vous tentez de copier un fragment de texte par... Ctrl C. Le plus vieux raccourci du monde informatique !

Ce sabotage empoisonne tellement les aficionados de Zimbra qu’ils portent l’affaire aux prud’hommes et même en cassation.
Jusqu’à l’éradication de ce bug, sachez qu’il existe deux façons simples d’opérer une copie sans encourir le couperet de la fenêtre surgissante de Zimbra. Primo, en passant par le menu contextuel résultant d’un clic droit (menu au sein duquel votre navigateur proposera l’item « Copier »). Secundo, en utilisant un raccourci alternatif à Ctrl C, méconnu mais salutaire : Ctrl Ins(1).
(1) Sur les claviers PC, la touche Ins ou Inser se trouve normalement au-dessus de la touche Suppr. La combinaison Ctrl Ins (copier) a d’ailleurs pour pendant la combinaison Ctrl Suppr (couper). L’une et l’autre sont dépréciées à la faveur des légendaires Ctrl C et Ctrl X (sans oublier bien sûr Ctrl V pour le collage). http://www.commentcamarche.net/forum/affich-9507692-zimbra-free-fr-bug-du-ctrl-c-detourn | http://bugzilla.zimbra.com/show_bug.cgi?id=32875 | http://www.zimbra.com/buzz/index.fr.html20.11.08 La branche « bande dessinée » du Snac (Syndicat national des auteurs et des compositeurs) a tenté en vain d’ouvrir des « négociations globales, au nom de la profession toute entière » avec son groupe homologue au SNE (Syndicat national de l’édition). « Il s’agissait de faire entendre notre voix dans la politique actuelle des éditeurs quant à leur gestion de l’arrivée numérique, et de tenter de rééquilibrer le cadre des négociations autour des droits audiovisuels. » Les auteurs font état de leur échec dans un communiqué paru hier sur syndicatbd.org(1).
(1) Le Groupement des auteurs de bande dessinée a émergé officiellement en février 2007 comme nouvelle composante du Snac (cf. Bulletin des auteurs, no 89, avril 2007). Représenté au conseil syndical par Virginie Augustin, Julien Blondel, Christian Lerolle, Jean-Philippe Peyraud et Fabien Vehlmann, ce « syndicat dans le syndicat » rassemble des dessinateurs, scénaristes et coloristes décidés à défendre « la profession à un niveau plus officiel que ne le permet une association ou un regroupement d’auteurs ». Malgré son jeune âge et contrairement à ce que laisse entendre Didier Pasamonik dans cet article confondant de servilité à l’égard du SNE, le groupement BD du Snac est probablement l’entité la plus solide et la plus pertinente pour assurer la représentation juridique et sociale des bédéastes. D’une part du fait de la solidité et de la pertinence historique du vaisseau amiral, le Snac, qu’il n’est plus besoin de présenter aux lecteurs de BlogNot ! D’autre part, tout simplement, parce qu’il n’existe pas d’autre syndicat d’auteurs de bande dessinée en France.Il apparaît au petit jour qu’aucun début de commencement de négociation n’a pu s’amorcer avec le SNE. Si l’on lit bien le compte rendu de ce naufrage diplomatique, le patronat de l’édition aurait simplement « convoqué » les auteurs du GABD pour dire sa contrariété devant certaines de leurs publications paroissiales :
Durant cette réunion, le groupe BD du SNE nous a expliqué avoir lu les documents rédigés par nos soins, et avoir été « fortement interpellés » par nos recommandations concernant le livre numérique. Suite à quoi, nous avons débattu et discuté, essayant — mais sans succès — de faire valoir le point de vue du syndicat. Pour nous, l’exploitation numérique étant radicalement différente de celle pour laquelle nous signons aujourd’hui nos contrats de droit de cession, il s’agit d’une adaptation, au même titre qu’une adaptation audiovisuelle, qui doit donc faire l’objet d’un avenant spécifique et surtout, de conditions spécifiques (rémunération, limite dans le temps, soumission systématique à l’approbation de l’auteur, etc.).
Le Snac diffuse depuis septembre, au format PDF, ce fameux document par quoi le courroux du SNE est arrivé. Il s’agit d’un salutaire petit manuel intitulé Dix recommandations aux auteurs pour des relations juridiques plus équilibrées avec les éditeurs. Dont l’alinéa 9 précise le point évoqué plus haut :
9. Édition numérique
L’exploitation numérique du livre doit faire l’objet d’un contrat séparé prévoyant les droits cédés (durée déterminée et limitée dans le temps, territoires, langues, etc.), les conditions de leur utilisation, les rémunérations prévues (celles-ci devant être très significativement supérieures à celles concernant les ventes de livres). La cession par l’AUTEUR de ses droits sur l’exploitation numérique du livre doit comporter au profit de l’AUTEUR la participation proportionnelle aux recettes provenant de la vente ou de l’exploitation (soit un pourcentage du prix de vente, soit un droit d’auteur fonction de la durée de présence de l’ŒUVRE ou de ses modalités d’exposition à un public quel qu’il soit).
Ce qui chagrine probablement le SNE en sa posture de père protecteur méritant à la fois la légion d’honneur et la licence globale contre ses blessures de guerre, ce sont les doit hargneux et ingrats de cette 9e recommandation. On aimerait bien qu’il en aille de cette nécessité mais la doctrine, hélas, n’a force ni de loi ni d’usage. Accordons-lui seulement la force de l’injonction et prêchons à notre tour. Non seulement les auteurs de BD ont raison de se battre pour asseoir le principe que la cession de droits d’exploitation numérique devrait s’aligner sur le mécanisme prévu par le législateur pour les droits audiovisuels (contrat séparé), non seulement les huiles du SNE témoignent d’une cupidité transparente et parfaitement déraisonnable en refusant de seulement considérer l’argument qui mène à cette analogie, mais encore tous les auteurs, dans toutes les disciplines devraient batailler sur ce principe, plutôt que de signer les conventions que les membres du SNE leur envoient en catastrophe depuis quelques mois afin de s’accaparer rétrospectivement des « droits numériques » qui n’étaient qu’une ombre lors de la signature du contrat original. À ce sujet, rappelons les mises en garde exprimées en avril dernier : « La lessive des droits numériques ».
http://syndicatbd.org/(...)/Courrier-du-syndicat-des-auteurs-au-syndicat-des-editeurs | http://www.snac.fr/pdf/10recommandations_lettres.pdf | http://www.snac.fr Voir aussi 150 questions sur l’édition | « La lessive des droits numériques »19.11.08 Entrefilet lu il y a une semaine dans Livres hebdo : Bertrand Morisset « reprend la direction du Salon du livre de Paris ». Un salon où il avait régné en commissaire général de 1998 à 2002. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se recycle. L’ancien éditeur des enseignes Ellébore et éditions Morisset retrouve donc le gouvernail que Reed Exposition et le Syndicat national de l’édition lui avaient bruyamment confisqué il y a six ans pour « insuffisance professionnelle ». Déjà l’année dernière, comme nous le signalions dans BlogNot ! — cf. « Le Salon du livre rempile le mercredi ! » — l’approche marketing de Bertrand Morisset avait reconquis les naseaux délicats du SNE. Le Terminator du « Salon de la revue » en 1999(1), l’homme qui avait su liquider les mètres carrés non rentables de Paris Expo, a rebondi chez Cosp (Comité d’organisation de salons pour les professions) après son départ de Reed. C’est là notamment qu’il a monté Paris BD (2002), un salon de la bande dessinée qui voulait faire la nique à la messe d’Angoulême. Reconnaissons que le challenge était culotté(2).
(1) Cf. « Reed OIP désintègre les revues », in Ecrire&Editer no 18, nov. 1998, p. 33-34. (2) Cf. « Paris bulle-t-il ? », in Ecrire&Editer no 37, avril 2002, p. 18.En 2007, l’agitateur culturel a lancé son agence Tome 2 et, toujours rivé sur l’événementiel grand public, a raccroché au salon de Paris en tant que prestataire extérieur. C’est là sans doute que l’organisateur Jean-Daniel Compain — « en accord avec le Syndicat national de l’édition », précise la pudique dépêche de Livres hebdo — a eu la révélation :
Le travail de Taya de Reyniès [la commissaire générale sortante] n’est pas en cause. [...] Mais nous voulions imprimer au Salon une nouvelle dynamique, redonner à ses exposants et à ses visiteurs l’envie et le plaisir d’y venir, et Bertrand Morisset a pour cela l’avantage de bien connaître à la fois l’édition et notre métier.
Cocasse, non ?
À relire sur ce fil : « L’armée du Salon » (mars 2007) ;« Le Salon du livre rempile le mercredi ! » (sept. 2007) ; « Évacuation du Salon du livre » (mars 2008).16.11.08 Noël Blandin publie aujourd’hui dans la République des lettres une synthèse souriante et imparable de l’affaire du coffret vaudou édité par K&B et dont tout le monde vous a déjà rebattu les oreilles. Bien que l’objet s’inscrive sans la moindre ambiguïté dans l’espace habituellement accordé à l’humour et à la caricature, l’avocat de Sarkozy, Me Herzog, a anglé sa démonstration sur la protection du droit à l’image. Sans succès pour l’instant, puisque les juges du tribunal de grande instance ont débouté le plaignant en première instance. Il persiste et signe, arguant que le jugement est infidèle à la juriprudence, à l’aune de laquelle « le droit à l’humour existe en matière de diffamation mais pas en matière de droit à l’image(1) ».
(1) Je cite Me Herzog cité par N. Blandin.Ce qui voudrait dire, si cet argument est suivi, qu’on a le droit d’être drôle pour compenser une atteinte à l’honneur mais qu’on ne rigole pas avec l’atteinte à l’image. Il est vrai que sous nos drapeaux réformistes, l’image prévaut sur l’honneur dans des proportions inédites. Jugement de la cour d’appel le 28 novembre. D’ici là, offrez-vous ces grands instants de petite taille sur Bakchich TV.
http://www.republique-des-lettres.fr/10584-poupee-vaudou-sarkozy.php | http://www.bakchich.info/article5837.html | voir aussi 150 questions sur l’édition15.11.08 Compliquer les choses simples est un art que, tous, nous pratiquons plus ou moins délibérément. Enfin, chez les technophages du dimanche ou les créatifs à la petite semaine comme vous et moi, on le pratique avec d’honnêtes velléités : tenir sa place dans un espace de parole qui pourrait être aussi celui des grandes prophéties. Sur la question du livre numérique, on assiste à une croisade de cette sorte-là depuis de nombreuses années et elle constitue ce que l’on doit bien se résoudre à appeler in fine un débat, de pairs ou d’experts, portant sur l’émergence d’un outil, d’un média, d’une culture (faut voir). Ce que le profane est censé comprendre, au spectacle de ces déchirements, c’est que l’e-book est quelque chose d’horriblement compliqué qui va lui simplifier la vie.
À côté des débattants, qu’ils soient des simplifieurs ou des coupeurs de cheveux, qu’ils jouent les voluptueux ou les informaticiens, il y a des exploitants. Magasiniers, lobbyistes, distributeurs d’e-choses. On ne les lit pas beaucoup dans la blogosphère, par contre on les rencontre à Bruxelles, dans les couloirs du CNL ou dans les bunkers souterrains de la BNF. Ils sont là pour prendre un marché et ils ont intérêt à ce que l’e-book soit très compliqué pour justifier le coût de leur intermédiation.
On a souvent parlé ici des éditeurs frigides. Pas seulement dépassés par une technologie (ce qui relève de l’allergie bégnine) mais bien par l’enjeu éditorial que représente le livre numérique sur leur propre terrain. Il leur pose en fait une question dramaturgique : que se passerait-il si le contenu, votre contenu, devenait quelque chose de logiciel ? qu’est-ce que vous en feriez ? quelles fonctionnalités chercheriez-vous à lui apporter ? comment transformeriez-vous l’expérience de la lecture ? Pour le moment, c’est une simple réplique du traumatisme qu’avait constitué l’arrivée du « CD-Rom culturel » dans les catalogues de l’édition parascolaire et spécialisée. Un gros coup de flip. Heureusement que le CD-Rom culturel n’a pas décollé ! L’e-book, en revanche, on sent que ça peut dégénérer. Alors on constitue sa petite équipe de veilleurs. Le renouvellement de l’expérience de la lecture en est encore à ses balbutiements mais les innovations sont encourageantes : des types pondent en Flash des animations « tourne-pages » plus éblouissantes que jamais. Mouais bon d’accord.
Dans la poussive ascension du livre numérique, le distributeur est aussi un antagoniste à ne pas négliger. C’est lui qui concentre les énergies compliquantes. Compliquer l’accès, compliquer le dispositif, compliquer le vocabulaire. Voire, insulariser les terminaux, surprotéger les droits pécuniaires. Je caricature, certes, mais le consommateur connecté peut facilement expérimenter le stress qui entoure cette industrie des contenus numériques. On a testé tout récemment le service Safari Books Online se présentant comme la librairie numérique par excellence de l’édition techno-informatique anglo-saxonne. Son catalogue d’e-books moissonne chez les quatre plus gros groupes du secteur, lesquels représentent aux États-Unis 85 % des ventes de livres informatiques au détail. En prenant un compte chez Safari Books, on s’attend à une expérience techniquement et commercialement idyllique. En fait de quoi, on retombe sur ces bonnes vieilles interfaces d’épiciers, on feuillette bêtement des ouvrages par fragments ratatinés, les clics de navigation sont épuisants, l’accès à l’information est ultra-réglementé, mal pensé, c’est chiant à mourir et compliqué à souhait. Un bouquin, vite !
Michel Valensi, éditeur franc-tireur(1) des éditions de l’Éclat, y va plus franco dans la chasse aux boulets. Son dernier billet, « Marchands de bits », veut dénoncer l’esbroufe des « e-distributeurs agréés pour le projet SNE-BNF ». Il y a à boire et à manger. Sans nommer sa cible, l’article s’en prend violemment à Denis Zwirn, responsable de Numilog, agrégateur et distributeur historique de livres numérique, prestataire de conseil pour la BNF et acteur majeur du projet de bibliothèque numérique européenne(2).
(1) On se souvient de sa remarquable intervention pro-Google lors de l’ultimatum initié par La Martinière contre le grand méchant loup. Cf. « Google Livres : la Martinière se rebiffe ». (2) Lancée en version beta au printemps 2007, Europeana est la riposte européenne à l’entreprise de digitalisation bruyamment amorcée par Google. Bruxelles a décidé d’injecter 120 M€ sur deux ans dans ce front de résistance. En France, c’est la Bibliothèque nationale de France et le Syndicat national de l’édition — avec les subsides du CNL et la bénédiction du sinistre Éric Besson — qui chapeautent cette gesticulation politiquement cruciale via Gallica 2 (en version beta également). En 2007, la BNF avait commandé à Numilog une « étude économique regroupant des recommandations pour l’intégration des fonds des partenaires commerciaux au sein du site Europeana ». Étude qui se prolonge aujourd’hui sur Gallica 2 d’une phase expérimentale mettant en interaction les éditeurs et les e-distributeurs partenaires, au premier rang desquels figure le prestataire Numilog.L’analyse de Michel Valensi est que, du point de vue des éditeurs, les « e-distributeurs agréés » greffés au prototype Gallica 2 ne sont que des tampons superflus insérés dans le protocole biblionumérique à seule fin de créer une barrière de péage supplémentaire. L’éditeur ne mâche pas son réquisitoire :
[Gallica 2] oblige les éditeurs à passer par les services d’E-distributeurs agréés pour transmettre leurs fonds numérisés à la Bibliothèque nationale. Cette riche idée d’un nouvel intermédiaire dans la chaîne du livre vers les bibliothèques est sortie du cerveau malin du fondateur de l’une de ces sociétés de E-distribution à qui la BNF a confié — moyennant finances (publiques, bien sûr !) — la rédaction d’une étude en vue de la création de la Bibliothèque numérique européenne. Dit autrement : on a demandé à Machin de dire quel était le plus court chemin du livre vers la bibliothèque ; Machin a répondu [...] : « Du livre à la bibliothèque, il n’y a qu’un seul chemin : il doit passer par moi, Machin, quitte à ce qu’il y ait quelques autres sous-Machins pour noyer le poisson... ma non troppo. »
Voilà qui est envoyé. Le coup de gueule s’accompagne d’une pièce à conviction montrant en pleine action l’« outrecuidance » et le phrasé ni-vu-ni-connu-j’t’embrouille d’un e-distributeur (anonyme). Comme si ces « marchands de bits », ces brasseurs d’XML, ces manutentionnaires de la reconnaissance optique de caractères, ces contrefacteurs légaux, avaient la plus infime légitimité à intervenir à quelque niveau que ce soit dans le processus de publication d’une œuvre, numérique ou pas. Tentant de paraphraser ce qui bouillonne peut-être dans les pensées de Michel Valensi, je m’aperçois que ce sentiment d’imposture est un topos de l’histoire du livre. On le trouve au XVIIIe siècle dès les premières rébellions d’auteurs contre la librairie, alors hégémonique, rébellions qui ont indéfiniment rebondi dans les rapports entre producteurs et distributeurs au sens large.
Il me semble cependant que l’argument de Michel Valensi s’exorbite. « N’est-ce pas aux éditeurs eux-mêmes à gérer leurs fonds numériques et accomplir ainsi la mutation à laquelle les contraint Internet ? » interroge-t-il. Mon dieu, Michel, on ne peut pas exclure que certains éditeurs aient besoin d’une petite mise en jambe avant cette fameuse et fatidique mutation ! Et on ne peut pas ignorer non plus que ces affreux jojos d’« agrégateurs » apportent des compétences éprouvées. Mieux éprouvées en tout cas que celles d’un directeur de collection, même très branché XML, qui commence à entrevoir la norme PDF/E-1, la validation CSS2, la couche OPS du format ePub ou le potentiel d’une applications Flex(3)... D’autres sont déjà sur le champ de bataille, voilà tout(4) ; les outils qu’ils ont expérimentés méritent quand même d’être examinés, sans dissentiment.
(3) Rassurez-vous, je ne sais pas non plus exactement de quoi il retourne... (4) Pour l’exemple, je mentionnerai le cas d’i-Kiosque, enseigne listée parmi les e-distributeurs partenaires de Gallica 2 et représentée par Dominique Thouin. Par le plus grand des hasards, j’ai réalisé en 2006 une affiche pour la petite société exploitant cette marque, société issue de la bibliophilie et dont j’ai pu interroger assez précisément le responsable. Je ne sais pas dans quelle mesure i-Kiosque est devenu incontournable aujourd’hui, mais je peux témoigner que Dominique Thouin travaille sur les problématiques de la numérisation et des formats e-book depuis assez longtemps pour avoir quelques longueurs d’avance, au moins sur ce segment d’activité.La vraie bataille, et l’on rejoint sur ce point le responsable des éditions de l’Éclat, sera de conjurer l’émergence de guichets obligatoires, futurs monopoles dans un marché déjà pourri par la concentration verticale. N’oublions pas, en effet, que Numilog a intégré le groupe Hachette en mai dernier. Pour Michel Valensi, la BNF et le SNE encouragent de façon perverse la sous-traitance de la numérisation, ce qui revient selon lui à nier l’avenir de l’édition elle-même. « Si l’on veut absolument aider l’édition à passer l’épreuve du numérique, poursuit-il, il faut l’aider à “devenir ce qu’elle est”. » C’est-à-dire ? L’inviter à mettre les mains dans le cambouis électronique ? Ne pas lui imposer par le haut les protocoles et les chemins d’une expertise intrusive ? Soit.
Mais les éditeurs ne garderont effectivement le contrôle que s’ils ne se dispersent pas. Leur métier n’est-il pas fondamentalement d’établir des ouvrages, de concevoir des objets de lecture ? S’ils les structurent, les vendent, les mettent en circulation par les moyens les plus astucieux qu’ils viennent à expérimenter, dans l’environnement matériel ou immatériel le plus favorable à cette diffusion, aucun de ces traitements n’exclut le recours à des prestataires (si possible non exclusifs) capables de les optimiser. La seule sous-traitance impossible pour un éditeur, c’est (en théorie !) le choix du contenu. Alors, prédiction pour prédiction, je dirais plutôt que les éditeurs passeront l’épreuve du numérique s’ils s’immunisent contre les artefacts d’écran.
http://www.lyber-eclat.net/marchands-de-bits.html Merci à Hubert Guillaud pour le lien | À lire aussi chez François Bon : « L’Éclat contre Numilog : mauvaise pioche »12.11.08 ...c’est que vous êtes mal administré côté Windows ! Cette conclusion s’imposera aux utilisateurs francophones de la CS4 qui, sous certaines conditions sécuritiques, ont vu ou verront l’interface d’InDesign basculer en langue anglaise malgré l’acquisition toute fraîche(1) de l’arsenal français !
(1) Selon des sources concordantes, une majorité de souscripteurs hexagonaux ont reçu leur « colis » CS4 dans le courant de la semaine 45, à l’approche du 11 novembre. Face à une demande frénétique, Adobe avait en effet promis d’accélérer la production française de sa suite initialement programmée pour décembre 2009.À noter qu’InDesign serait la seule application de la Creative Suite à présenter ce risque de bascule incongrue vers l’interface anglophone (symptôme annonçant d’autres types de défaillances applicatives ou système). Ainsi, vous pourriez installer la CS4 « Design Premium » sans anicroche et constater la francisation parfaite de tous les logiciels avant de tomber in extremis sur l’os shakespearien au lancement d’InDesign. Il est vrai que l’application souffre, réputément, d’un portage linguistique beaucoup plus complexe que ses consœurs, ce qui explique une infrastructure sourcilleuse en matière d’internationalisation.
Sauf à être démenti par un diagnostic plus éclairé, on admettra que le dysfonctionnement dont il est question ici ne s’observe que sous Windows, dans un contexte impliquant des utilisateurs à privilèges distincts, par exemple un administrateur et un « utilisateur final ». Même si ce dernier est profilé en power user (« utilisateur avec pouvoir ») et bénéficie de stratégies de groupe généreuses, le seul fait qu’il ne soit pas effectivement administrateur suffit parfois à lui attirer les foudres du sinistre générique anglais :

On sait que les bonnes configurations système, celles pour lesquelles on a bravement recherché les conditions de sécurité optimales, sont aussi celles qui embarrassent les hotlines. On s’entend alors trop souvent répliquer par l’éditeur du logiciel récalcitrant que « l’utilisateur doit disposer des droits administrateur pour utiliser le produit ». Il s’est même déjà vu qu’une telle disposition soit imprimée officiellement, comme les histoires de Toto sur l’emballage des carambars. Au cours de sa pas-si-longue histoire, InDesign s’est illustré plusieurs fois sur le terrain des conflits administratifs. Il suffit de remonter à l’année dernière pour trouver trace, avec la CS3, d’un problème de démarrage anormal en anglais sous Windows Vista alors que le produit parlait très bien français sous Windows XP. Le cas a été rapporté en une courte bribe sur le forum de Creative Mediabox, où l’on fait référence à quelque manipulation ésotérique dans la base de registre...
Quant à l’installation de la CS4 sur des plateformes Microsoft, Adobe recommande expressément Windows XP Service Pack 3 ou Vista, ce qui laisse entendre que Windows XP SP2 — que la postérité retiendra peut-être comme la version la plus fiable de ce système d’exploitation ! — pourrait incidemment rechigner. L’écran capturé plus haut a été obtenu dans cet environnement, mais ne courons pas trop vite aux conclusions, et encore moins aux excommunications, car...

La capture que j’ai le plaisir de publier ci-dessus montre une palette additive, « Kuler », dans la version défectueuse d’InDesign CS4 VF lancée par un utilisateur non administratif de Windows XP (SP2). Voilà un indice lourd d’implications, car chacun a pu lire comme moi dans l’aide en ligne francophone de Flash CS4 Pro :
Le panneau Kuler est disponible dans Adobe Photoshop® CS4, Adobe Flash® Professional CS4, Adobe InDesign® CS4, Adobe Illustrator® CS4 et Adobe Fireworks® CS4. Le panneau n’est pas disponible dans les versions françaises de ces produits.
J’en déduis que l’échec d’un démarrage propre en français réveille par magie une version internationale de secours qui sommeillait à notre insu parmi les modules embarqués d’InDesign CS4. Précisons que ces expériences se déroulent après l’installation complète de la suite CS4 Design Premium VF sur un système repartitionné et reformaté de A à Z. Pas de doute, Adobe met dans nos bagages bien plus de polymorphisme qu’il ne veut bien le révéler...
Évidemment, le lecteur de BlogNot ! qui a parcouru cet article jusqu’ici se fiche pas mal d’avoir gagné une palette « Kuler » dans une version d’InDesign anormalement anglophile et hautement imprédictible, ne serait-ce que du point de vue de sa licence d’utilisation et de son état d’activation. Je vous livre donc ces informations entre des pincettes et pour le plaisir de la science, sans m’avancer sur les explications convergentes ou divergentes que pourront nous prodiguer les dépanneurs d’Adobe. On notera à titre subsidiaire le profilage d’InDesign en version « en_US » dans les paramètres Windows XP de l’utilisateur impuissant :

Le même utilisateur, s’il avait disposé des droits administratifs — ou s’il avait lancé InDesign « en tant qu’administrateur »(2) — aurait récolté une initialisation correcte et, comme il se doit, une interface francisée. La capture ci-dessous en témoigne.
(2) Une des façons d’y parvenir sous XP : clic droit sur le programme puis « Exécuter en tant que... » dans le menu contextuel.
Les analyseurs de processus et les outils de sécurité « proactifs » révèlent qu’un nombre astronomique de tâches de fond doivent s’exécuter et communiquer harmonieusement au lancement d’une application de la Creative Suite. Entre autres, on sait qu’Adobe utilise le fameux FlexNET Publisher Licensing Service de Macrovision (exécutable : FNPLicensingService.exe) pour assurer son contrôle de licences en collaboration avec le mécanisme d’activation. Ce processus attaque des clés protégées de la base de registre et il n’est pas impossible que, sous Windows XP notamment, ces opérations entrent en conflit avec des droits administratifs insuffisants ou telle politique de sécurité dressée par l’administrateur. Cela n’explique pas pourquoi le risque d’un démarrage foireux pèserait plus lourdement sur InDesign. Risquons l’hypothèse que certaines applications de la suite (InDesign, Acrobat...), parce qu’elles sont plus intrinsèquement modulaires, ou connectées aux ressources communes par un maillage plus sophistiqué, présentent une plus haute sensibilité aux restrictions utilisateur.
Incapable d’amorcer l’application sainement, l’utilisateur malheureux se souvient que le produit francisé lui a été facturé presque aussi cher qu’une voiture de course et accepte sans doute le mauvais compromis de travailler dorénavant en tant qu’administrateur, renonçant à des idéaux durement cultivés sur l’art d’administrer et de sécuriser un poste informatique... Stop ! Avant de vous immoler au fatalisme, essayez plutôt ce petit truc qui n’engage que moi :

L’expérience consiste à changer le mode de compatibilité du programme InDesign.exe sur le compte utilisateur qui ne détient pas de droits « administrateur » mais dispose d’une marge de manœuvre suffisante pour opérer ce réglage. (Sous Windows XP SP2 par défaut, c’est au moins le cas des « utilisateurs avec pouvoir ».) L’onglet « Compatibilité » s’atteint par clic droit + Propriétés sur le fichier cible. Puis, à vos risques et périls, vous cocherez la case « Exécuter ce programme en mode de compatibilité pour » et sélectionnerez dans la liste une des versions rétrogradées « Windows NT 4 » ou « Windows 2000 » ! Avec un peu de chance, vous pourrez ensuite démarrer InDesign CS4 en VF. Cette technique peut également être testée sur un compte administrateur qui, malgré son statut privilégié, resterait confronté à l’interface anglaise. Insistons lourdement sur le caractère expérimental de cette stratégie, qui repose sur un nivellement par le bas du système-hôte de l’application et n’offre bien sûr qu’une solution à très court terme. En attendant un remède homologué, s’il existe.
http://creative.mediabox.fr/index.php?showtopic=2604305.11.08 Uroš Krčadinac, jeune vidéaste serbe ne dédaignant pas les arts numériques, a créé en juillet une application open source, Synesketch, qui devrait captiver aussi bien les graphistes que les écrivains portés sur la linguistique. Contraction de synesthesia (« synesthésie ») et de sketch (« esquisse »), cet outil à la croisée de l’ingénierie du langage, de l’infographie et de la poésie digitale nous invite à visualiser les composantes ou les dominantes émotionnelles d’un texte de façon graphique.
La figure ci-dessus illustre les paramètres atomiques de Synemania, un des algorithmes mis en œuvre par Uroš Krčadinac pour la visualisation de textes complexes. L’auteur s’inspire ici d’un « système de peinture générative » imaginé par l’informaticien Jared Tarbell, spécialiste de la complexité, de la géométrie fractale et de l’imagerie des collisions de particules :
After the interpretation of a new fragment of text, new particle collision happens, which produces a discrete universe of new particles. While moving, particles form various visual patterns. Colors and shapes of these patterns depend on the type and intensity of interpreted textual emotions (as seen on the images below). Emotion type are the ones defined by Ekman – anger, surprise, disgust, happiness, fear, and sadness.
Au-delà de la prouesse, on peut apprécier la tendance, la poussée, des techniques d’imagerie lexicale sur le Net. Si certaines, comme les emoticons (forme généralisée du smiley) appartiennent déjà à l’Antiquité, beaucoup ont crevé l’écran il y a deux ans avec les nuages de mots-clés, ou tag clouds, notoirement popularisés en France par Jean Véronis sur la proue d’Aixtal(1). Puis, cet été, l’application Java et le site WordLE de Jonathan Feinberg ont offert aux nuagistes de mots et aux statistiticiens de rencontrer la belle typographie.
(1) Cf. http://aixtal.blogspot.com/2006/01/web-surfez-sur-les-nuages.html et, sur ce fil, « Aixtal invente le Nébuloscope ».Aujourd’hui, le texte est une denrée, une matière première abondante, dans un univers de flux verbaux qui cherche à se ramasser dans l’icone, la couleur, le signe, le schéma, le pictogramme. Clairement, le verbe est toujours la star sur Internet, mais il s’affronte à l’accélération des processus d’ingestion. Iconiser le lexique, saisir « d’un coup d’œil » les émotions d’un texte, c’est un pont inattendu et savoureux entre la littérature et les arts plastiques, mais aussi un signe des temps. Le blogos est ce moment de la civilisation où l’on se sera épuisé dans les temps d’écriture mais assurément pas dans les temps de lecture. Pas le temps de lire, tout juste le temps de voir.
Il n’empêche que Synesketch est une application fascinante et qu’on paierait cher pour obtenir une traduction serbe-français de la thèse publiée par Uroš Krčadinac : « Textual emotion recognition and creative visualization » (.DOC – 8,3 Mo) (University of Belgrade), thèse dont la belle épigraphe est prise à Tom Waits : « The piano has been drinking... not me, not me. »
http://www.synesketch.krcadinac.com Sur le même thème : « Reconnaissance d’émotions par ordinateur », « Combinatoire des péchés capitaux », « Face Robot, moteur d’expressions faciales », « Grappa : accédez au zen calligraphique ! ».