


Décembre 2008Numérisation, copyright et bibliothèques | Jazzanova Remix Contest | «À priori» contre «a priori» | Cosmic Besancenot (Mozinor) | Ella pour Christmas (Verve Remixed) | Le SNJ défend la diffamation pénale | Publie.net et son mystérieux contrat propriétaire | Enrichir son style et décrasser sa plume (Pascal Perrat) | Customiser le Speed Dial d'Opera | Les Bonimenteurs en vidéo | InDesign et la bidirectionnalité | Photographie réflexive
Novembre 2008EOT, sIFR, TypeFace, Facelift | Rosario Buccino/Armani | Salons du livre indépendants (L'Autre Livre et Quartier latin) | Le «Ctrl C» sous Zimbra | Groupement des auteurs de bande dessinée vs Syndicat national de l'édition | Reed rembauche Bertrand Morisset | Poupée vaudou de Sarkozy | Europeana-Gallica, Numilog et les agrégateurs | InDesign CS4 vous cause en english? | «Synesketch»...
Octobre 2008Le paradoxe de la cavalerie | Philippe Val s'excite sur Bakchich | Apple iPhone contre Sony Reader | «Birra Stout» (Darden Studio) | Denis Robert | Les dégradés dans InDesign | De l’édition à compte d’auteur à l’édition spéculative | Iconisme financier | Le CSS via l’ePub | BlogInsure...
Septembre 2008Tatoueur-traducteur | «Behind the leaves» (Jean-Christophe Courte) | Titrisation (géante) | InDesign CS4 | Molette 3D (Steven Hugues) | Cheval de Troie de l'ICS Monitoring Team | Eyrolles en flagrant mépris unique du livre | Osymyso et le «Quietus Mix» | Adobe pré-annonce la CS4 | Feedbooks à l’essai (Jean-Jacques Nuel)...
Août 2008Freeeeeze! | À la recherche du tuyau RSS | Gabriella Cilmi remixée par Matthew Herbert... (Ration minimale cet été, car la glande vadrouille.)
Juillet 2008«IndexMatic» pour InDesign en beta-test | Clap clap pour un clip (Kleptones) | Urbanbike, le fou furieux de l’éclectisme | Artistfolio | Quand Mozinor broie du noir | Codes-barres à la chaîne avec EANDesign | Comprendre la lumière dans Maya...
Juin 2008PDF et images surgissantes | «Technologies du livre pour tous» (Marie Lebert) | Césure virtuelle dans Firefox | Henrik Ibsen en VO numérique (Klaus Nordby) | «Hectic City 7» (Kleptones) | Solder plus pour pilonner moins? | Acrobat 9 dans les gencives...
Avril 2008Autoroutes de l'infomercial | Six trucs (totalement) inutiles sur Marc Autret | E-diffusion vs e-distribution | Corriger un code-barres (EanDesign) | Aloysius Chabossot mélomane | Voleurs de couleurs! | Ligatures cartographiques (ingoFonts) | La lessive des «droits numériques» | Pubs «Playboy» | Changement de cap pour «Damn Interesting»...
Mars 2008Plagiat électoral | Dissection du cadavre de la blogosphère | «Unicode 5.0 en pratique» (P. Andries) | Eddy Meets Yannah | Effet «glamour» (Photoshop) | De la contrefaçon par meta-tags | «Les mutations du livre à l’heure de l’internet» (Numilog) | «Cyprestition» (Lenlow) | Évacuation du Salon du livre | Le drapeau israélien au Salon | Tatami judiciaire à Bruxelles | Comment écrire maigre? (Jean Guenot) | «Survivre avec les loups»...
Février 2008Edistat | «IndexBrutal» 2.1 | Babelpocket | Comment fixer nos tirets à l’alinéa? | «Plume de presse» suspend son vol | Welcome to the World Life Web | «Maison de Klein» | Adobe (dé)stocke Photos | Artur Jazz Band au Soda | L’auberge du chat qui danse...
Janvier 2008Readers ebook: éditeurs «moins perplexes» | Pigistes lyonnais | Thèse sur la Pensée Universelle | «Grappa» et calligraphie | Affaire Amazon | 60 tutoriels Flash (Smashing Mag) | Les poignées d'InDesign | BlogNot! sous cloche | L’âme des cargos (Thomas Journot) | «D’un point de vue administratif» (Francis Mizio) | Les Kleptones font leur «Bestival»...

30.05.08 Attention, la société coréenne Audizen va faire du foin ! Sous la marque « Music 2.0 », elle commercialise un lecteur et les premiers logiciels audio exploitant le format MT9, jeune prétendant au trône occupé depuis 15 ans par le MP3 — MPEG-1/2 Audio Layer 3 — qui est à la musique numérique ce que le jpeg est à l’image. Le 22 mai, le Korean Times lâchait le mot « révolution », repris bientôt par le Guardian en personne. Vous allez me dire qu’à notre époque, on inspire et on expire de l’oxygène 2.0 à une telle vitesse qu’on ne se rend même plus compte que la révolution a traversé nos poumons. Mais quand même, nous avons là un format audio à 6 canaux qui permet d’isoler, de supprimer ou de remixer les différentes pistes d’un morceau, telles que guitare, batterie ou voix. Informatiquement, ça revient à conserver ces six couches distinctes au sein du fichier diffusé au public, ce qui n’a rien de messianique. Par contre, sur le plan industriel et commercial, ça suppose que les artistes ou leurs producteurs livrent en quelque sorte les sources du produit en plus de l’œuvre mastérisée. Et là, admettons-le, ce serait bien la révolucheune. Développé par une organisation gouvernementale sud-coréenne (l’Electronics and Telecommunications Research Institute), le MT9 présente un atout appréciable dans les pays ravagés par le karaoké : on supprime à volonté la voix du chanteur qu’on a décidé de massacrer. Les perspectives de cette « Music 2.0 » vont toutefois au-delà. Les premiers à pousser de grands alléluias dans leur studio sont les DJ-producteurs, remixers et autres rois du mashup, à l’image de Simon Iddol qui s’en frotte déjà les mains. Encore faut-il que le grand et moyen public, les valises pleines de MP3, trouve son compte dans un nouveau déménagement de son magot numérique. N’oublions pas que si les grands formats (PDF, MP3, Jpeg, DivX) sont difficiles à détrôner, c’est d’abord parce qu’ils sont associés à des pratiques de thésaurisation quasi épidémiques.
http://www.audizen.co.kr/ | http://www.koreatimes.co.kr/www/news/(...) | http://www.simoniddol.com/2008/05/mp3-wav-flac-no.html | Voir aussi DJ SonoTown28.05.08 Dans son épisode 78, le célèbre podcast animé par Anne-Marie Concepcion et David Blatner sur InDesignSecrets rend compte d’un outil absolutely amazing connu sous le nom d’« IndexBrutal », un script d’indexation automatique pour InDesign dont la version liminaire fut propulsée dans nos colonnes en 2006. Ceux d’entre vous qui ne loupent jamais les expertises d’InDesignSecrets comprendront quelle sorte d’extase narcissique cela peut procurer. IndexBrutal entame donc une carrière internationale sous les accents savoureux de David et Anne-Marie, deux gourous incontestés(1) de la Creative Suite. Je ne résiste pas au plaisir de vous recoller, en MP3, les extraits les plus euphorisants de leur chronique : InDesignSecrets-talking-about-IndexBrutal.mp3(2).
(1) David Blatner dirige également InDesign Magazin et la InDesign Conference ; il a signé une quinzaine d’ouvrages de référence sur XPress, InDesign, Photoshop, et tout dernièrement le fameux Real World Adobe InDesign CS3 en collaboration avec Olav Kvern (Peachpit Press, oct. 2007). Spécialiste des flux d’édition cross-médias, Anne-Marie Concepcion dirige une agence à Chicago et figure parmi les sommités du consulting et de la formation pour les applications Adobe. Parallèlement à InDesignSecrets, elle a lancé le site InCopySecrets dédié à Adobe InCopy. (2) Extraits du podcast InDesignSecrets #78 diffusé le 26/05/08, cf. http://indesignsecrets.com/indesignsecrets-podcast-078.php pour la version intégrale.Pour la petite histoire, IndexBrutal est soumis depuis quelques jours à un crash-test ahurissant. Un éditeur d’ouvrages théologiques basé à Rheinbach (en Rhénanie-du-Nord-Westphalie) me contacte dans le sillage d’une discussion initiée sur le forum suisse germanique HilfDirSelbst. Winrich se réjouit d’utiliser IndexBrutal et m’apprend une convention de typographie allemande : dans un index, une séquence de deux pages telle que 61-62 se composera de préférence 61f., abréviation de 61 folgende qui m’a tout l’air de correspondre au précieux sq. (sequiturque, « et suivante ») employé par les typographes latinistes. S’ensuit un patch (pour l’instant inédit) introduisant ce délicat paramétrage dans IndexBrutal.
De Carsac-Aillac (Dordogne), un maquettiste prénommé Mathieu m’écrit à son tour :
(3) À ce sujet, cf. « Table des caractères spéciaux InDesign CS3 » et « La folle histoire de l’espace ».Tout d’abord un grand merci pour ce script fabuleux ! Que de temps de gagné... Je fabrique des ouvrages techniques et juridiques pour un groupe de presse et on me demande d’indexer des centaines de termes ou de locutions complexes. Je dois dire que votre script m’a sauvé la mise et fait économisé des semaines entières de dur labeur. [...] Néanmoins un souci survient lors de la recherche de locutions : les espaces insécables. Pour l’outil de recherche d’InDesign, les espaces sont des entités différentes en fonction de leur nature(3). Existe-t-il, à votre connaissance, un moyen de stipuler à cet outil de rechercher n’importe quel type d’espace, ou de contourner ce problème ?
Mathieu pose le doigt sur un point important que je n’avais jamais signalé aux utilisateurs d’IndexBrutal : par défaut, toute espace ASCII utilisée dans une CLEF du fichier indexeur est recherchée comme telle (U+0020), ce qui exclut en effet les espaces spécifiques employées dans la composition (insécables, etc.). Pour capturer tout caractère d’espacement de façon générique, l’utilisateur recourra au métacaractère ^w (circonflexe + w minuscule). Il lui sera alors nécessaire d’utiliser l’opérateur de correspondance clef|terme pour que le terme conserve sa lisibilité dans l’index généré. Exemple :
chemin^wde^wfer|CHEMIN DE FER
J’admets que ce n’est pas commode. Dans une future version du script, nous proposerons une option permettant d’interpréter globalement toutes les espaces ASCII figurant dans les clefs comme des espaces génériques. (Un problème similaire se pose d’ailleurs pour d’autres entités génériques telles que les guillemets ouvrants/fermants, l’apostrophe...)
Une dernière péripétie toute romanesque nous descend de Norvège. Klaus, photographe, webdesigner et typographe émérite dont vous aurez bientôt l’heur de découvrir les réalisations, compose en PDF un ebook interactif d’une pièce de Henrik Ibsen. Il utilise IndexBrutal pour rapatrier quelque 6000 mots-clés dans son index final, ce qui fait chauffer le générateur sur plus de 30 000 occurrences... Ça fonctionne ! Mais Klaus attire mon attention sur un petit détail technique : le danois et le norvégien comportent trois caractères supplémentaires — æ/Æ, ø/Ø, å/Å — apparaissant à la fin de l’ordre alphabétique(4) (après x, y, z). Or, pour le module de tri intégré à IndexBrutal, la ligature æ est ordonnée comme le digramme ae, tandis que les deux autres caractères sont perçus comme des flexions diacritiques des voyelles o et a, ce qui ne les range évidemment pas en fin d’alphabet.
(4) Pour un listing des problèmes posés par le classement alphabétique en perspective internationale, cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Collating_sequence.J’ai donc développé, en catimini, une extension scandinave d’IndexBrutal, non sans réaliser qu’il faudra s’attaquer un jour à un ravalement. En effet, chaque langue ayant ses propres contraintes d’ordonnancement, le script reste d’un usage fallacieux en suédois, en féringien, en hongrois, en polonais, en tchèque, en roumain, etc.
À l’issue de ces nombreuses interactions avec les utilisateurs (je vous en épargne quelques-unes), j’entrevois pour la prochaine version du script un arsenal de rustines plus ou moins faciles à greffer. Les podcasteurs d’InDesignSecrets appelleraient probablement cela une wish list :
— « localiser » le tri alphabétique et le rendre éventuellement sensible à la casse (a < A, etc.) ;
— ajouter un compteur d’occurrences et une barre de progression ;
— permettre l’indentation des termes (index hiérarchique) ;
— ajouter une option de marquage spécial pour les séquences de deux pages (exemple allemand) ;
— ajouter la possibilité d’interpréter les espaces ASCII comme des espaces génériques.
Enfin, Klaus rêvait que le script se prolonge d’un générateur d’hyperliens reliant tous les folios indexés aux pages correspondantes, de façon à ce qu’on puisse rebondir dans le document PDF à partir de l’index. Cette dernière fonctionnalité ne sera pas intégrée dans IndexBrutal. J’en ai fait un script autonome, que vous découvrirez un jour dans InDiScripts.
http://indesignsecrets.com/indesignsecrets-podcast-078.php | http://www.hilfdirselbst.ch/foren/(...) | /geek/indd/indexbrut/26.05.08 (édito du 2 mai) Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les 2300 salariés d’Editis n’ont pas moufté lorsqu’il a été confirmé, fin avril, que leur groupe serait repris par Planeta (numéro un de l’édition hispanophone). Editis, ex-Vivendi Universal Publishing — souvenez-vous : Jean-Marie Messier Maître du Monde, les paillettes, Hollywood, le carnage financier... — est restée la deuxième usine d’édition hexagonale derrière Hachette/Lagardère. En 2004, on se demandait s’il était économiquement plus sain de digérer le cadavre de VUP en France ou de le revendre à l’Étranger. De beaux esprits nous démontraient alors que le fleuron meurtri devait rester dans nos contrées, une affaire de patrimoine. Lagardère ayant liquidé ce qu’il ne pouvait coaguler, Editis a survécu en pilier du secteur éduco-littéraire (Le Robert, Nathan, Bordas, Retz, Perrin, La Découverte, Plon, Robert Laffont, Belfond, Julliard, 10/18...). Si bien survécu que la bête a même absorbé XO, Gründ, le Cherche-Midi, First, De Boeck, DNL, et créé en Interforum sa machine de guerre. Résultat : pas loin de 800 M€ de chiffre d’affaires en 2007 et un propriétaire heureux, le baron Seillière (Wendel Investissement), qui a pu se gaver d’une plus-value suffisante pour envisager la revente d’Editis au plus offrant. L’opération à 1 milliard d’euros sera bouclée d’ici fin juin selon la presse économique. Les salariés n’ont pas moufté, parce qu’à choisir entre un boursicoteur qui avait juré de couver Editis jusqu’en 2015 et le leader de l’édition ibérique, y a pas photo : autant engraisser celui qui fait le même métier. Le mystère, c’est qu’on ne voyait pas encore l’évidence en 2004 : en matière de terroir éditorial, la colonisation choisie vaut mieux que la spéculation subie.
http://www.planeta.es | voir aussi 150 questions sur l’édition24.05.08 Avec mes yeux éblouis de petit rigolo, je découvre le site Ecliptique et les techniques de photographie « panoramique sphérique » mises en œuvre par Laurent Thion. Une tuerie ! Pour voir immédiatement de quoi il retourne, invitez-vous dans la rubrique panoramique et, au choix, dans la galerie des glaces du Château de Versailles, au cœur de la Cité de l’architecture et du patrimoine ou dans le cabinet d’estampes du Château de Chenonceau.
L’histoire de la photographie panoramique est encore jeune et mal documentée — cf. « Panoramic photography » (Wikipedia). Laurent Thion fait partie des quelques-uns, en France, qui ont réussi à porter cette technique à un niveau... renversant !
http://www.ecliptique.com | Voir aussi Iconosphère19.05.08 Début mai, Nicolas P. me lance un défi bien embarrassant à propos de notre gestionnaire d’aplat de couverture pour InDesign :
(1) Cf. « Monter une couv à rabats avec “HurryCover” » (NEWS, juillet 2007)Bonjour Marc,
Tout content de pouvoir utiliser à nouveau ce script fabuleux qu’est HurryCover, car travaillant sur un ouvrage constitué de DEUX rabats identiques(1), je lance InDesign CS3, et me voilà parti dans la création d’un nouveau document directement depuis le script.

Je rentre mes mesures et valide... Aïe, aïe ! Voilà la réponse :

Mon format final est-il à ce point inadapté, pour que Hurrycover ne veuille pas le générer (ce que je déduis du message : « Données hors limites ») ?... Que faire ?...
Fichtre ! Nicolas venait de mettre le doigt sur un bug spéléologique. Après une descente dans le code, j’ai découvert qu’il n’était imputable ni à HurryCover, ni à InDesign intrinsèquement, mais à son pilote Javascript. Avant de vous livrer une solution, voici mon compte rendu d’enquête (c’est croustillant).
Considérant que le maquettiste travaillait ici sur une couv plutôt large (42 cm fermée, soit 84 cm ouverte sans compter le dos), j’ai évidemment recherché quel dépassement de limite pouvait mettre le script dans tous ses états. Par tâtonnement et dichotomie, je me suis aperçu que HurryCover plantait très exactement au-delà d’une largeur fermée de 352,778 mm (un peu plus de 35 cm). Si l’on a la curiosité de convertir cette dimension en points, on découvre qu’elle en comporte exactement... 1000 ! Pourquoi diable HurryCover refuserait-il de générer des couvertures fermées de 1001 points quand InDesign est capable de traiter des documents de 5 mètres de côté ?
Les intimes du script se souviendront ici que HurryCover travaille en interne avec les marges gauche et droite du document pour conserver le repérage des couvs supérieure et inférieure de part et d’autre du dos de couverture. Je n’ai pas tardé à confirmer que le script bloquait en effet sitôt qu’une marge outrepassait la barre des 1000 pt. Cependant, cette limitation n’est pas observable manuellement dans InDesign, seul Javascript produit cette erreur. Plus exactement, il produit cette erreur lorsque l’on tente de définir une marge supérieure à 1000 pt dans un format de document prédéfini, ce qui est bien la politique utilisée par HurryCover. Ce bug n’est pas spécifique au script car on peut le provoquer en quelques lignes de code se bornant à créer un format prédéfini (objet DocumentPreset).
Essayez ça :
// Limitation inexplicable des marges produites
// en Javascript dans un nouveau DocumentPreset
with(app.documentPresets.add({name:"TestPreset"}))
{
facingPages = false;
pageHeight = "240 mm";
pageWidth = "900 mm";
top = 0;
bottom = 0;
right = "1001 pt"; // l'instruction qui fache!
left = "1001 pt"; // la meme a gauche!
}
Ce miniscript suffit pour afficher l’écran d’alerte auquel Nicolas s’est durement heurté. Insistons bien : cette limite n’est pas propre à l’application mais à sa couche Javascript. On pourrait parfaitement créer à la main des documents prédéfinis dont les marges dépassent 1000 pt (pour autant bien sûr que la surface le permette). Mais Javascript s’y refuse !
Conclusion pathétique : en l’état, HurryCover est incapable de créer des couvertures dont la largeur fermée dépasse 352,778 mm. Il faudrait en effet recoder un module important du script, de façon à lui faire contourner l’utilisation des marges dans un format de document prédéfini. Je m’y attellerai un jour, mais l’urgence était de répondre à la dernière question de mon correspondant : que faire ?
Voici la solution de fortune pour les maquettistes travaillant sur des formats larges et souhaitant profiter quand même des avantages du script. Je prends l’exemple d’une couverture de 420 mm fermée avec 15 mm de dos :
1) Fermez tous les docs et lancez HurryCover (mode création).
2) Prenez provisoirement 300 mm comme « Largeur du livre fermé ». Cette valeur arbitraire présente l’avantage du compte rond, la seule contrainte étant qu’elle demeure sous le plafond autorisé de 352,778 mm. Entrez les autres paramètres utiles, dos 15 mm, etc.
3) Validez et corrigez manuellement la largeur du document : Fichier > Format de document..., Largeur = 855 mm (because 420 + 15 + 420 = 855).
NB. — Après l’étape 3, les marges sont désynchronisées par rapport aux repères : c’est normal !
4) Modifiez maintenant les marges gauche et droite : Page > Marges et colonnes..., 420 mm à gauche et à droite (420 étant la largeur fermée de votre couverture).
Normalement, à ce point, les marges et les repères sont resynchronisés et HurryCover doit fonctionner. Lancez-le d’abord pour vérifier que tout baigne et faites OK une première fois sans changer l’épaisseur (cela recale l’axe d’origine au milieu du dos, ce n’est pas obligatoire mais c’est plus pratique).
NB. — Si besoin, placez alors vos repères de rabats selon la méthode décrite dans notre billet additif.
Enfin, à vous de jouer ! Composez votre couverture, soyez créatif, contemplez votre œuvre en savourant une petite tasse de ce que vous voulez. Faites alors le test de contrôle : relancez le script et changez l’épaisseur (passez-la de 15 à 20, par exemple). Ça marche !
Ainsi, le fait que le module de création de HurryCover soit bridé par Javascript ne l’empêche pas de tourner correctement pour l’ajustement du dos et autres petits réglages en aval, y compris sur un format d’ouvrage qu’il n’est pas capable de générer au départ. On ne peut plus se reposer sur le script pour les calculs préliminaires, on peut encore le solliciter là où son intervention est la plus précieuse. Disons qu’on va se consoler comme ça en attendant la version 2.0...
/geek/indd/hurrycover/ | Voir aussi InDiScripts | « Monter une couv à rabats »15.05.08 Après deux semaines de buzz aggravé autour du clip « Stress », les Justice ont fini par décapsuler un communiqué de presse qui n’en pouvait plus de bouillir dans leur tube à essai : La vidéo de STRESS est née d’une idée : offrir un clip indiffusable en télé à un titre indiffusable en radio. Sans la contrainte de réaliser un clip diffusable, nous avons pris toutes les libertés avec ce support. Pas pour choquer gratuitement : juste pour ouvrir le débat, susciter des questions, comme le font régulièrement le cinéma, la littérature ou l’art contemporain...
Vous lirez la suite de cet argumentaire consciencieux chez Fubiz, le site qui a provoqué l’onde de choc en diffusant la chose le 1er mai « en exclusivité » (sic).

Hommage appuyé à Orange mécanique et clin d’œil possible à la déroutante mise en scène du clip « Come to daddy » (Alex Twin), le film réalisé par Romain Gavras s’inscrit dans le riche répertoire du collectif Kourtrajmé, une prod qui travaille depuis longtemps sur le réalisme urbain. Le film est violent et, dans notre culture contemporaine, l’art violent doit répondre à la question de sa gratuité. Est-ce gratuit, est-ce apologétique, est-ce mercantile, que veut-ce dire, que signifié-ce, yati ou yatipa de message ? Etc., etc.
Ce complexe de la violence gratuite est d’autant plus difficile à analyser que l’imagerie qui lui correspond constitue un outil de marketing pleinement assumé par les communicants, outil au moins aussi puissant et viral que l’érotisme pour d’autres générations ou d’autres époques. L’exposition de la violence provoque des débats de société qui exaltent les psychoses de tout un chacun, puis son désir de restaurer des hiérarchies sécurisantes. Ces ressorts sont connus, ces images sont connues, et les produits vestimentaires ou hommes politiques qui vont bénéficier de cette imagerie sont affreusement insignifiants. Il est toujours difficile d’accepter qu’un produit insignifiant s’accapare nos hystéries. Ça remue des choses dans nos entrailles et ce n’est pas volontiers qu’on laisse nos entrailles aux mains des épiciers.
À ce malaise se surimprime celui, incontournable, de la destination : quel public va voir cela ? que va-t-il en faire ? comment va-t-il y réagir ? quelle distance est-il capable de prendre vis-à-vis du « propos » ?... Cet engrenage est connu lui aussi, il induit rapidement une image duelle de la société, avec d’un côté des animaux en cage et de l’autre des dompteurs improbables. La thématique des banlieues, en France, c’est un revival inusable de la Controverse de Valladolid. La vidéo de « Stress » est un énième stimulus pour la réenclencher.
D’un autre côté, reconnaissons à Romain Gavras qu’il a ficelé, avec adresse et hardiesse, un film harassant et donc en totale osmose avec son sujet. « Stress » ne compte probablement pas parmi les titres phares de l’album « † » (voir notre billet « Repris de Justice » en juillet dernier), mais c’est un machin assez singulier pour être abordé sans théorie préconçue. La première fois que j’ai écouté ce morceau, je me souviens avoir éprouvé immédiatement le stress en question, comme si les compères Gaspard Augé et Xavier de Rosnay avaient pu isoler, parmi des milliards de références, le codème sonore absolu de ce que j’appelle le stress. Leur sample consiste en quelques vrilles oppressantes. Son pouvoir d’évocation semble presque disproportionné. Dans le même registre, on songerait bien à une autre vrille redoutable : la stridulation utilisée par Alfred Hitchcock sur la scène mythique de Psychose, scène qui fut controversée en son temps pour ses audaces sexuelles. De nos jours, la polémique se recentrerait assurément sur la violence gratuite en milieu sanitaire, et tout spécialement si Psychose avait vocation à nous vendre des cabines de douche.
Liens :14.05.08 La nouvelle est tombée comme une trique, le 9 mai, sur Immateriel.fr, jeune blog-laboratoire rattaché à la filiale O’Reilly France :
Pour développer nos ventes de contenu numérique au-delà de notre site, il nous aurait fallu quelques mois supplémentaires. Ce nouveau délai ne nous a pas été accordé. Parmi les responsables de la précipitation : la baisse du dollar — toute aide financière provenant des États-Unis leur coûtait 20 % plus cher qu’il y a deux ans — et... la crise des subprimes : les banques imposent en ce moment à leurs clients des garanties qu’O’Reilly ne pouvait pas fournir sans commencer par couper ses activités les plus fragiles.
Peu après l’assèchement des subsides que versait O’Reilly Media, la filiale française s’est déclarée en cessation de paiement et a été mise en liquidation le 6 mai.
Avec elle, c’est un pan de l’édition franco-informatique qui s’effondre. Défricheuse, didactique, la marque O’Reilly se risquait sur des fronts technologiques souvent délaissés par la concurrence, en particulier dans la galaxie des logiciels libres et/ou open source. Des livres de chevet pour les coureurs de fond, mais aussi des mémentos vitaminés pour les développeurs pressés. Le catalogue s’est construit en synergie avec sa tutelle anglo-saxonne, la traduction restant bien sûr au cœur du process éditorial, avec tous les niveaux d’expertise que cela supposait. Du bidouilleur au power user, tout programmeur ou internaute un peu éclairé possède aujourd’hui un de ces fameux bouquins griffés O’Reilly, repérables généralement à leur couverture d’inspiration animalière. L’éditeur a également introduit chez les Gaulois la collection « Tête la première » conçue en 2003 par la maison-mère sous le titre « Head First », une série-concept pour « s’injecter directement l’information dans le cerveau ». Marketing bien huilé, certes, mais basé sur un dispositif graphique et une mise en œuvre éditoriale qui ont salement bousculé les canons magistraux du livre informatique tel qu’on le pratique par ici.
O’Reilly France, reflétant en cela la politique de son vaisseau amiral, était aussi à la pointe de l’édition électronique. Son credo : le PDF tatoué mais sans protection technique (MTP). Xavier Cazin, responsable de la filiale, m’expliquait cette démarche encore tout récemment : Chez O’Reilly, nous avons opté pour le watermark : le nom et l’adresse email de l’acheteur est imprimé dans la marge, sur chaque page de l’ouvrage au moment de l’achat. Cela agit comme un MTP moral, et rappelle au lecteur que l’ouvrage acheté est entièrement le sien (mais seulement à lui). Résultat, aucun des 3500 exemplaires qui se sont vendus sur notre site n’est encore arrivé sur un site public. On s’attendait à ce qu’au moins 1 % soit piraté, ce n’est même pas le cas... Je suis sûr que si on trouvait un moyen pour que l’auteur dédicace chaque exemplaire, le résultat serait le même.
Alors, la liquidation de O’Reilly France résulte-t-elle d’une tragique erreur de timing ? Exprime-t-elle l’immaturité d’un marché hexagonal plombé par la culture de l’inertie et la névrose du livre numérique ? S’il y a un peu de ça, Xavier Cazin constate surtout, en surface, le repli du livre informatique :
En France, en dépit de quelques succès dans nos domaines de prédilection (le Web et la programmation) et du travail acharné des dix membres de l’équipe, il était rare que finissions l’année dans le vert. Il y a deux ans, notre maison mère, à qui la baisse des ventes de livres d’informatique en librairie n’avait pas échappé, nous avait mis au défi de revenir à l’équilibre sans direction commerciale et avec un chef des ventes comme unique représentant pour toute l’Europe francophone (chapeau bas, Rémi !). Confrontés à la réduction des linéaires consacrés à l’informatique dans les librairies traditionnelles, nous avons alors misé sur la montée de la demande en matière d’ouvrages numériques.
L’avenir du secteur dira si le pari du PDF était incongru ou simplement précoce. Le nombre de commentaires éplorés laissés sur Immateriel.fr démontre en tout cas que du côté des geeks, cette liquidation apparaît comme un désinvestissement brutal au moment où les choses commençaient à frémir. La maison-mère était-elle acculée à couper les vivres de sa filiale ? Loin d’être acculée, me répond Xavier Cazin, mais lasse de devoir passer du temps à réfléchir à une filiale qui ne rapportait rien [...] O’Reilly US a d’autres moyens de subsistance que l’édition (notamment les conférences, très rémunératrices). Du coup, nos solutions leur paraissaient cheap et trop longues à mettre en œuvre. Et puis sans doute y avait-il un peu le syndrome du “non invented here” (1).
Et maintenant, que vont devenir les auteurs et les contrats en cours chez O’Reilly France ? La procédure de liquidation judiciaire est rarement garante d’issues joyeuses pour ces créanciers de seconde zone. Une fois n’est pas coutume, les traducteurs vont peut-être en sortir indemnes du fait que le contrat O’Reilly favorisait nettement, les concernant, la rémunération forfaitaire. Selon Xavier Cazin, tous auraient donc été payés. Quant aux auteurs non forfaitisés, de l’aveu de l’éditeur lui-même, ils risquent bien de se retrouver le bec dans l’eau si la vente des actifs ne dégage pas assez d’argent pour payer les royalties 2007. Raison de plus pour se faire payer tous les trois mois comme aux US, et non tous les ans...
12.05.08 À ma gauche le sémillant Serge-André Guay, président de la Fondation littéraire Fleur de lys — dont nous avons déjà examiné les prestations en 2006, à nos risques et périls... À ma droite le vaillant Pierre-François Gagnon, fondateur d’Editel (1995) et fervent défenseur du système Lulu, le Goliath de l’autoédition assistée par le Web. Au centre, une empoignade initiée par le premier, qui n’a pas hésité à poser sur Agoravox cette terrifiante question : « L’américaine Lulu.com aura-t-elle raison des pionniers québécois de l’édition en ligne ? »
En mire, la publicité dont jouirait éhontément la firme Lulu, assimilée à une « maison d’édition en ligne » (qu’elle n’est pas) faisant de l’ombre au « pionnier » que la FLFL n’est pas davantage. Si le billet de S.-A. Guay tient du tsunami dans un verre d’eau, il dénote un phénomène déjà observé par ailleurs au dernier Salon du livre de Paris : l’inquiétude des éditeurs à compte d’auteur face à l’essor irrésistible de Lulu sur le marché francophone. Le prestataire représente désormais une alternative bien identifiée pour les auteurs autoédités, lesquels se détournent de services d’édition qu’ils jugent moins transparents dans leur offre contractuelle. L’arrivée d’une plateforme communautaire centrée sur une solution à coût zéro et couvrant aussi bien le livre à la demande que la diffusion PDF, pousse le compte d’auteur vintage dans ses derniers retranchements. Par ricochets, certains prestataires d’édition (qu’ils soient honnêtes ou défaillants sur le plan contractuel) ont dû ajuster leurs prétentions tarifaires sur les réalités cristallisées par le numérique et le microtirage. Beaucoup cherchent aujourd’hui à justifier leur valeur ajoutée, ou peut-être tout simplement à l’inventer. Contrainte hygiénique, car si un éditeur à compte d’auteur est incapable d’apporter du conseil éditorial, des compétences effectives sur la typographie, une prise en charge tangible de la « mise en ouvrage », des courroies de diffusion non fantasmatiques, le client basculera naturellement dans la sphère démocratique de l’autoédition. Elle a ses défauts, mais on a coutume d’y payer ou d’y commissionner ses fournisseurs sur du service palpable. Croyez-moi, les rescapés du compte d’auteur abusif voient tout de suite la différence.
L’intérêt de l’article lâché sur Agoravox se situe aussi dans la joute s’engageant, en commentaires, entre deux conceptions antipodiques du service éditorial et de l’édition sur/avec/par le Net. Outre leurs débordements savoureux, les interventions de Pierre-François Gagnon offrent une peinture inspirée du paysage « cyberéditorial » — l’épithète n’est plus de mise aujourd’hui — tel qu’il a évolué depuis la fin du siècle. L’analyse du fondateur d’Editel s’est nourrie, année après année, d’un pragmatisme dont on ne peut contester l’acuité, avec ou sans gants de boxe.
http://www.agoravox.fr/article_tous_commentaires.php3?id_article=39347 | voir aussi Fondation Fleur de lys (FAQ Edition) | « Lucie Pereira au pilotage de Lulu France » (Janvier 2007)
09.05.08 Le duo Les Bonimenteurs (Jean-Marc Michelangeli et Didier Landucci) est en tournée depuis l’été 2007. Alliant pantomime, chanson et verve débordante, leur spectacle est entièrement tissé d’improvisation, genre en bel essor dans le paysage comique francophone. Le public jette dans un saut à champagne de petits papiers « pliés en quatre » où s’inscrivent les mots-thèmes les plus aléatoires, et les deux artistes partent à l’aventure à la vitesse d’un coup de klaxon. Du grand art, magistralement inventif, qui a littéralement dévasté le « off » d’Avignon en juillet dernier et conduit logiquement à l’enregistrement publique d’un nouveau DVD — au Théâtre du Jeu de Paume d’Aix-en-Provence, du 19 au 21 mai — faisant suite au premier opus édité chez Belavoix en 2003. Pour découvrir en avant-goût quelques performances de ces deux virtuoses et ne pas manquer leur sillage s’il passe près de chez vous :
09.05.08 Le panneau des polices de caractères installées sous InDesign est souvent chargé comme une mule. En effet, l’application ne se contente pas d’adresser les polices du système d’exploitation, elle active aussi les fontes vues ou « linkées » depuis différents dossiers internes, notamment les sous-branches Fonts et Required/Fonts du répertoire applicatif, ce qui permet d’élargir sensiblement l’arsenal du maquettiste/typographe sans peser inutilement sur les autres utilisateurs du système. Si une police est disponible sous InDesign mais inaccessible à d’autres applications, cela signifie qu’elle n’est pas chargée au démarrage de l’ordinateur comme le sont les autres polices système, mais bel et bien chargée au lancement d’InDesign lui-même.
À cela s’ajoutent quelques problèmes. Que se passe-t-il quand des fichiers de polices sont dupliqués en deux points d’activation, que se passe-t-il quand deux fichiers homonymes activés ne contiennent pas exactement la même chose (versions différentes), ou quand deux polices basées sur des fichiers différents possèdent le même nom de famille au niveau InDesign, ou quand une même fonte est présente sous plusieurs formats (TrueType, Postscript, OpenType...) ? Toutes ces questions sont à classer sous le titre général « Duplication et conflits de polices au sein d’InDesign ».
L’aide en ligne du logiciel apporte des éclairages sur certains points. Par exemple : Si deux polices ou plus sont actives dans InDesign et utilisent le même nom de famille, mais des noms Adobe PostScript différents, elles sont disponibles dans InDesign. Les polices dupliquées sont affichées dans les menus avec l’abréviation de leur technologie entre parenthèses. Par exemple, une police Helvetica TrueType s’affiche comme “Helvetica (TT)”, une police Helvetica PostScript Type 1 s’affiche comme “Helvetica (T1)” et une police Helvetica OpenType s’affiche comme “Helvetica (OTF)”. Si deux polices portent le même nom PostScript, et que l’une d’entre elles contient .dfont dans son nom, l’autre police est utilisée.
Il est plus difficile de saisir les règles de priorité appliquées par InDesign quand les conflits se révèlent plus profonds. InDesignSecrets nous signale ce matin un billet de Thomas Phinney, sur Typblography, qui prend le taureau par les cornes : « InDesign Font Conflicts ».
http://blogs.adobe.com/typblography/2008/05/indesign_font_conflicts.html | http://indesignsecrets.com/font-priority-in-indesign-whats-it-really-using.php | Voir aussi Typo & tapuscrit08.05.08 « On ne peut pas priver d’internet une famille entière sous prétexte que le père de famille n’a pas réussi à empêcher ses enfants et leurs copains de télécharger un film à deux reprises. » C’est un des arguments dégainés par le collectif la Quadrature du Net contre le projet de loi soumis par Denis Olivennes au Conseil d’État et à l’Élysée, projet s’inscrivant comme la suite concrète du rapport remis l’automne dernier sous ce titre ambitieux : « Développement et protection des œuvres culturelles sur les nouveaux réseaux » (cf. « Olivennes au rapport » dans ce fil de news).
Avec d’autres groupements comme l’Asic (Association des services Internet communautaires), la Quadrature du Net monte au créneau une fois encore, dans l’espoir d’empêcher le gainage de la loi DADVSI dans une nouvelle couche de dispositifs issus d’une doctrine séduisante, la « riposte graduée », qui n’a pourtant pas trouvé grâce aux yeux du Parlement européen(1) en avril dernier. Le dernier bulletin du Snac souligne cependant que le « volet dissuasif » du projet de loi s’inspire d’expériences concluantes menées aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et que « l’Australie se tournerait vers un dispositif similaire(2) ».
(1) Voir notamment : « L’Europe fait exploser la riposte graduée de Denis Olivennes ! » (Numerama, avril 2008). (2) In Bulletin des auteurs, Syndicat national des auteurs et des compositeurs, avril 2008.Pour ma part, j’observerai que ce projet de loi annonce de nouvelles surcharges pondérales à notre pauvre Code de la propriété intellectuelle, une loi riche et complexe, fondée sur une assimilation de concepts qui remontent assez loin dans l’histoire des auteurs et des œuvres de l’esprit, une loi qui devrait être rénovée en profondeur, en sensibilité, mais qu’on a transformée en bac à sable à l’usage des cowboys du numérique. C’est peut-être ça le plus déprimant. Ce sentiment de saccage. Ces adjonctions frénétiques, ces ruptures pas tranquilles qui ne veulent hériter de rien, aveugles, industrielles, médiocres.
Ainsi, Denis Olivennes veut instituer une Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (la HADOPI), donc un nouveau monstre administratif par-dessus les milliards d’autres monstres que notre société inrégulable s’est condamnée à créer sans cesse pour se donner l’impression de contrôler quelque chose. Pour la Quadrature du Net, cette mesure est « digne d’une économie soviétique ». N’allons donc pas chercher chez les Soviets une dignité que nous cultivons avec une remarquable constance sous nos républiques successives.
http://www.laquadrature.net/fr/exclusif-la-version-du-projet-olivennes-soumise-au-conseil-detat | Voir aussi sur notre antenne : « Olivennes au rapport », « Instantanés de la guérilla “DADVSI” », « DADVSI : la touche finale du Conseil constitutionnel », « Les auteurs et leurs droits, coulisses et horizons »06.05.08 Chez Jules (Diner’s Room), démontage éblouissant de l’argument ad hominem, vieil outil dialectique redevenu notoirement vivace sur le Net.
La définition de Bernard Dupriez (prise chez Lalande) :
AD HOMINEM (Argument ~). — Argument qui ne vaut que contre l’adversaire que l’on combat, soit que cet argument se fonde sur une erreur, une inconséquence ou une concession de l’adversaire, soit qu’il vise tel ou tel détail particulier à l’individualité ou à la doctrine de celui-ci. [...]
Curieusement, Jean-Jacques Robrieux ne fait pas grand cas de l’argument ad hominem dans ses Éléments de rhétorique et d’argumentation. Dans la classe des « arguments fondés sur une confrontation », il le mentionne pour le distinguer de l’argument ad personam :
Souvent confondu avec l’argument ad hominem (qui consiste à raisonner avec un interlocuteur ou un auditoire sur la base de ses convictions propres, de ses préjugés, et non sur celle des jugements universels), l’argument ad personam est celui qui met en évidence l’opposition entre ce que l’on sait d’une personne et ce qu’elle a dit ou fait. [...]
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la nuance entre les deux procédés n’est pas franchement limpide, et que les spécialistes sont loin d’avoir accordé leurs violons. Ainsi, Dupriez fait plutôt l’hypothèse que l’argument ad personam serait une forme analogue, mais « bienveillante », du procès ad hominem (Gradus, op. cit., p. 26). Mouais.
Quoi qu’il en soit, l’un et/ou l’autre sont omniprésents dans les discussions modalisées en controverses, particulièrement lorsqu’elles approchent du point de non retour (dit aussi point Goldwin dans son extrémité folklorique). Si l’argument ad hominem n’est pas toujours un sophisme, il correspond au moins à une tentative de disqualification de l’interlocuteur, fondée sur un déroutage du cadre discursif. L’attaque est typiquement de la forme suivante, explicite ou sous-entendue : votre argument n’est pas objectif parce que vous êtes par ailleurs (lié à tel intérêt, telle obédience...) Comme on le voit, un déplacement s’opère de l’objet débattu au sujet débattant, ce qui revient au fameux « d’où parles-tu ? »(1), obsession quasi déontologique dans le secteur journalistique, où l’anonymat d’un énonciateur est vécu comme une obstruction à la vérité. Cela vient de ce que le journaliste est formé à confronter des faits ou des arguments « par procuration ». L’objectivité de son propre discours s’obtient en creux, en évacuant apparemment la subjectivité sur des identités extérieures, dûment positionnées sur l’échiquier complexe des valeurs d’autorité, de témoignage, d’exemplarité, etc. Il s’agit d’une illusion d’objectivité, mais on ne saurait en faire grief au journaliste professionnel, dont la tâche n’est pas tant d’articuler un jugement que d’exposer une situation et ses multiples foyers.
(1) « Quand je parle, je suis heureux que chacun de ceux qui m’écoutent puisse savoir, grâce à Internet, d’où je parle. Mais j’aimerais qu’il en aille de même pour tout le monde. » (Daniel Schneiderman, in « Ciel, j’ai ma notice dans Wikipedia ! », Big Bang Blog, fév. 2006.)L’article savoureux de Diner’s Room (« De la critique comme signe d’allégeance partisane, ou le débat public sur les blogs ») montre en quoi la focalisation de l’adversaire (sous l’angle de ses opinions politiques présumées, dans le cas cité) est susceptible de provoquer également un cercle vicieux :
L’imputation d’allégeance politique porte [...] une insurmontable alternative.
— Soit Eolas admet qu’il est de gauche, et l’on comprend aisément que son propos ne procède que de cette appartenance partisane.
— Soit Eolas n’admet pas qu’il est de gauche, et l’on comprend qu’il s’efforce de faire passer un propos partisan pour les fruits de la raison.
En somme, l’ad hominem est une figure mutante du procès d’intention. Le procès d’intention consiste à porter l’accusation sur les motivations prêtées à l’adversaire à défaut de pouvoir attaquer ce dernier sur des faits établis : vous n’avez pas commis l’acte fautif, mais telle était bien votre intention. Le sophisme est trivial, berk ! Dans l’argument ad hominem, le « suspect » n’est pas attaqué frontalement, ce qui nécessite un plan d’abstraction et un cachet d’aspirine supplémentaires : Vous soutenez Y sur le fondement de X, mais vos motivations « réelles » à soutenir Y sont ailleurs (vos intérêts, vos opinions politiques, votre personnalité...) Et donc : votre autorité s’effondre (i.e. vous n’êtes plus « autorisé » à soutenir Y).
Sur un plan strictement logique, ni le fondement X, ni la liaison causale de X à Y ne sont contestés, tant et si bien qu’en introduisant une cause extérieure, le contradicteur ne fait que créer diversion devant le bulldozer du modus ponens. Mais cette échappée vers le métadiscours n’en demeure pas moins déstabilisante. L’auditoire, et spécialement sur le Web, cède volontiers à deux avidités instinctives : d’une part le désir d’incarnation, de dramatisation, de l’échange verbal et de ses interlocuteurs ; d’autre part son appétit irrésistible pour les raisons cachées, les dessous cabalistiques. Que Maître Eolas fût de parti pris ne prouverait rien au fond, mais c’est intéressant. Le péril ? Que cela devienne plus intéressant que l’objet du débat. Là, les carottes sont cuites.
Il y a un va-et-vient constant, dans tout débat, entre l’objet et le sujet. D’ailleurs, pour reprendre une formule de Christian Plantin(2), il semble « impossible de construire un objet de discours sans construire simultanément une attitude émotionnelle vis-à-vis de cet objet ». Impossible donc de « parler de nulle part ». Impossible également d’aborder une argumentation sans subir ce sourd mitraillage de sous-entendus, de malentendus, de préjugés, d’affects en tous genres. Dommage, mais que serait l’animal parlant sans son fatras pathétique ? Quelles motivations aurait-il à confronter des idées ? Parlerait-il même, l’animal ?
(2) Tirée du Dictionnaire d’analyse du discours, collectif, sous la direction de Patrick Charaudeau et Dominique Mangueneau, éd. du Seuil, 2002, p. 424-425. http://dinersroom.free.fr/index.php?2008/04/28/(...) | http://www.maitre-eolas.fr/2008/04/28/(...) | Voir aussi « De la cyclothymie conversationnelle sur les blogs »02.05.08 Quelques internautes et un détachement de blogueurs se sont émus en mars dernier de la mise en demeure adressée à votre serviteur par les éditions Thélès. En substance, l’éditeur à compte d’auteur estimait nuisible le positionnement dans Google de mon article « À propos des éditions Thélès » et menaçait de m’attaquer en contrefaçon de marque au motif que j’utilisais notamment le mot-clé « Thélès » pour étiqueter la page Web en question. Il a été rendu compte de ce dossier en différents points de la blogosphère, à commencer par Le Monde du Blog (Gilles Klein), puis chez Irène Delse, lesquels ont provoqué une série de réactions(1) et de commentaires plus ou moins factuels. Si les fondements de la mise en demeure ont été jugés peu crédibles par la majorité des observateurs, elle soulevait du moins la question de la légitimité des méta-tags, et du balisage sémantique en général, dans une marmite en pleine ébullition judiciaire.
(1) À lire entre autres :Plus prosaïquement, il s’agissait de savoir comment réagir à cette mise en demeure. Bien que je ne me range pas parmi le pourcentage infinitésimal des équarrisseurs d’ornières, j’ai choisi de ne pas obtempérer à l’injonction des éditions Thélès. D’abord pour une raison de fond, la conviction d’être dans mon bon droit. Ensuite, un peu par curiosité, tant la requête me paraissait déplacée. Enfin pour des raisons tactiques et sur les conseils de mon avocat, mais je ne peux pas vous les déflorer ici. L’avenir dira si j’ai retenu la bonne option. Un procès pouvant s’engager, son issue sera de toute façon éclairante et utile.
Puisque vous avez été quelques-uns à vous intéresser à cette affaire, le minimum est de vous livrer la deuxième pièce du dossier, à savoir la réponse que j’ai adressée aux avocats de la partie adverse le 28 mars dernier. On y trouve, je pense, une honnête synthèse des éléments techniques et juridiques en présence :
Articles associés : « De la contrefaçon par meta-tags » | « À propos des éditions Thélès » Voir aussi : http://www.lemondedublog.com/2008/03/(...) | http://www.irenedelse.com/2008/03/24/(...)Chers Maîtres,
Votre courrier recommandé du 21 mars 2008 m’est bien parvenu, et, après lecture attentive, appelle de ma part les observations suivantes.
Dans ce courrier, vous m’informez être mandatés tant par la société Les Editions Thélès que par son gérant monsieur Gaël Martin.
Ceux-ci me reprochent, à vous lire, trois types d’agissements.
1°) Un article dénigrant selon eux les activités de la société Les Editions Thélès.
Votre courrier ne développe pas en quoi cet article serait dénigrant, ni ne cite les propos qui mériteraient selon vous cette qualification.
À la relecture de cet article déjà ancien, puisqu’il a été publié le 12 juin 2007, je ne constate pour ma part aucun propos dénigrant. Cet article est certes critique à l’égard de cette maison d’édition, mais la critique ne saurait être en elle-même fautive. Chacun des reproches que je formule est motivé et étayé, et le ton n’est pas polémique.
De plus, n’exerçant pas pour ma part à titre habituel l’activité d’éditeur, je ne saurais être considéré comme un concurrent des Editions Thélès.
En conséquence, en l’état actuel des éléments en ma possession, ce grief ne me paraît pas fondé.
2°) Vos clients m’imputent également une contrefaçon de marque, par le fait que l’article en cause contiendrait des mots-clés de référencement (meta keywords) dans le code source où figurent les mots « Thélès » et l’expression « Editions Thélès ».
Si je ne conteste pas que la marque française Les Editions Thélès est déposée auprès de l’INPI par Monsieur Gaël Martin, il s’avère que celle-ci est déposée pour les classes 16, 35 et 41, c’est-à-dire, pour faire bref, toutes les activités de publication de textes autres que publicitaires.
En ce qui me concerne, si je suis bien l’auteur d’un ouvrage intitulé « 150 questions sur l’édition » et publié par les éditions L’Oie Plate, je n’ai à aucun moment dans le cadre de l’édition de ce livre utilisé la marque Les Editions Thélès. En conséquence, l’interdiction posée par l’article L.713-2 du Code de la propriété intellectuelle pour les activités identiques à celles pour lesquelles la marque a été déposée ne saurait s’appliquer ici.
Quant à l’interdiction posée par l’article L.713-3 du Code de la propriété intellectuelle portant sur la simple reproduction ou l’usage d’une marque, cette interdiction ne s’applique que s’il peut en résulter un risque de confusion dans l’esprit du public. Or l’article que j’ai rédigé répond à une question qui m’a été posée par une de mes lectrices le 6 juin 2007 visant à connaître mon avis sur la teneur des services de la société Les Editions Thélès.
Mon article portant exclusivement sur les vertus et défauts des services de cette société, régulièrement et expressément nommée, vos clients ne peuvent sérieusement soutenir que ce billet entraînait un risque de confusion dans l’esprit du public, puisque c’est bien d’eux dont il s’agit.
Dès lors, il ne saurait être soutenu que je me serais rendu coupable de contrefaçon de la marque Les Editions Thélès.
Il ressort en outre de votre courrier que ce qui froisse vos clients est que, en cas de requête sur le terme « Thélès » ou « Les Editions Thélès » sur le moteur de recherche Google, ma page arrive assez bien placée.
Si je puis comprendre que vos clients ne souhaitent pas voir apparaître en première page de résultats un article critique à leur égard, cette présence ne saurait m’être imputée à faute. Ce résultat de recherche n’est que la conséquence de l’algorithme utilisé par ce moteur de recherche.
Si les détails de fonctionnement de cet algorithme sont inconnus, ils reposent sur la pertinence du site (le page rank), qui est une note sur 10. Or le site des Editions Thélès et le mien ont tous deux un page rank de 3, c’est-à-dire que l’algorithme les considère comme ayant la même pertinence générale. En conséquence, il est tout à fait logique que le moteur de recherche affiche dans les premiers résultats de recherche sur le mot « Thélès », une page sur un site considéré comme aussi pertinent que celui des Editions Thélès et mentionnant leur nom à plusieurs reprises. Si cette situation, à laquelle je suis totalement étranger, vous paraît inacceptable, je vous invite à vous rapprocher de la société Google, inc.
Quant à l’usage de la marque Thélès dans les mots-clés de référencement, je ne vois pas en quoi je serais en faute. Comme vous le savez, les meta keywords sont des mots-clés ne s’affichant pas à l’écran ; ils sont destinés au moteur de recherche interne de mon site pour répondre aux requêtes des lecteurs. Cette indexation vise à s’assurer qu’un lecteur de mon site qui ferait une requête sur le mot « Thélès » (avec ou sans accent) ou « Editions Thélès » se verrait proposer parmi les résultats la page où je commente l’offre de service des Editions Thélès. Supprimer ces mots-clés comme vous me le demandez aurait pour conséquence qu’une personne se connectant à mon site et interrogeant le moteur de recherche interne sur les éditions Thélès risquerait de ne pas obtenir l’article que je leur ai consacré parmi les résultats.
S’agissant d’un article présentant mon point de vue sur ces éditions, il me semble tout à fait légitime de faire figurer ce nom parmi les mots-clés de cette page. Aucun risque de confusion dans l’esprit du public n’existe, car à aucun moment je ne prétends que mon site serait celui des Editions Thélès ou lié en quoi que ce soit à ces éditions. J’ajouterais même que je prends soin de ne pas être assimilé à ces éditions.
En conséquence, le grief de contrefaçon de marque ne me semble pas plus fondé que celui de dénigrement.
3°) Enfin, vos clients me reprochent également des agissements qu’ils qualifient de « parasitisme », susceptibles selon eux d’engager ma responsabilité.
J’avoue ici ne pas comprendre comment vos clients articulent leurs accusations de dénigrement à leur encontre d’une part, et de parasitisme afin « de bénéficier de leur renommée » d’autre part. Il me paraît en effet pour le moins contradictoire de me reprocher de vouloir bénéficier de la renommée d’une société que je suis censé dénigrer par ailleurs.
De plus, ainsi que je vous l’ai déjà indiqué plus haut, mon article expose mon point de vue sur la qualité des services proposés par Les Editions Thélès, ainsi que sur le contenu du contrat qu’elles proposent. Il ne s’agit pas pour moi de vouloir exploiter à mon profit la renommée de cette marque, mais d’écrire un article informatif sur la société exploitant cette marque. Dans ces conditions, il me paraît difficile d’être taxé de parasitisme, le commentaire ne pouvant en aucun cas entrer dans cette catégorie d’agissements fautifs.
Pour l’ensemble de ces raisons, et sauf à ce que vous m’apportiez des arguments plus détaillés et convaincants sur le caractère fautif de mes écrits, je vous annonce par la présente mon intention de ne pas obtempérer à votre mise en demeure, qui me paraît juridiquement infondée.
Pour les suites éventuelles de ce dossier, je vous informe que mon avocat est [...].
Je lui ai transmis copie de votre courrier, et lui communique également copie de celui-ci.
Je vous remercie donc de passer par son intermédiaire pour d’éventuelles réponses, et vous prie d’accepter, chers Maîtres, l’expression de mon plus profond respect.