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web

Les autoroutes de l’infomercial

30.04.08      (édito du 31 mars)      Les moteurs de recherche posent un problème au monde industriel en ce qu’ils n’assurent pas une étanchéité suffisante entre les autoroutes commerciales et les petites départementales de l’information. Google fait ou défait les itinéraires selon l’intensité des courants circulants et ne se soucie absolument pas de sécurité routière. Supposez que par un très mauvais concours de circonstances, une départementale anormalement fréquentée passe trop près de l’autoroute ! Comme on ne peut pas compter sur Google pour sécuriser les voies, la solution optimale est de supprimer purement et simplement la départementale (l’autoroute, n’y songez même pas). Mais il se fait qu’on ne détienne pas toujours ce pouvoir d’éradication. Alors on essaie de supprimer les panneaux de signalisation de la départementale, histoire de rendre la circulation moins praticable aux quelques-uns qui se promènent encore en rase-campagne.

« De la contrefaçon par méta-tags » (news mars)

interne

Six trucs (totalement) palpitants...

24.04.08      ...à savoir sur moâ. C’est la patate chaude que m’a refilée ce gredin Jean-Christophe Courte et j’ai juré, en toute inconscience, de me plier à ce lamentable exercice avant de me retirer quelques jours dans ma paroisse. L’idée de cette chaîne à la con (qui sévit depuis plusieurs mois) est de nous ramasser en six points autobiographiques et inessentiels — comme si tel n’était pas déjà, au fond, le cahier des charges de la blog attitude.

Enfin bref :

      1. Depuis environ quinze ans, j’essaie de développer un générateur de grilles de mots croisés. J’ai plein de théories sur la question, des cahiers entiers noircis par des quadrillages, des flèches, des ébauches d’algorithmes. Mais je n’arrive pas à mettre au point un programme capable de produire en un temps raisonnable une grille mettons de 12×12 cases (avec 10 % de noires).

      2. Je siffle juste.

      3. Il fut un temps, autrefois, où ma libido s’appuyait sur les pages « lingerie » du catalogue 3 Suisses. Je regrette quelquefois cette virginité.

      4. Quelque part, dans une cave ou dans un grenier, il y a une collection de minéraux et de fossiles que j’ai soigneusement rassemblée et étiquetée entre l’aurore et le crépuscule de mon adolescence. On y trouve par exemple une okénite-gérolite (je restitue phonétiquement), une masse de quartz rose incrusté de béryl et même un cristal de topaze bleu légèrement ébréché. Je ne sais pas où est cette cave ou ce grenier.

      5. Phobie : j’aime pas aller au restaurant.

      6. Au milieu des années 70, non loin des étangs de Ville-d’Avray, j’ai perdu mon petit agneau en peluche. Si quelqu’un l’a retrouvé depuis, qu’il me fasse signe. C’est un peu mon « Rosebud » à moi.

http://www.urbanbike.com/index.php/site/patate-chaude(...) | voir aussi CV/Portfolio

numérique

E-diffusion vs e-distribution

21.04.08      Dans le monde physique de l’édition, la diffusion et la distribution sont deux opérations bien distinctes quoiqu’elles puissent parfois, dans les structures commerciales à moyenne portée, se rejoindre sous une seule enseigne (le diffuseur/distributeur). En gros, le diffuseur assure le relais commercial : faire savoir et faire vendre. Par opposition, le distributeur assure le relais logistique, notamment l’acheminement des exemplaires et l’intendance : faire parvenir et facturer.

Hubert Guillaud signe aujourd’hui dans La Feuille un utile papier (« Diffusion 2.0 ») qui annonce sans aucun doute le réveil de cette dichotomie dans l’univers du livre numérique. Le fait est que l’on confond volontiers aujourd’hui les e-diffuseurs et les e-distributeurs, compte tenu du fait que les services en ligne sont typiquement structurés comme des paquets intégrateurs. Vue sous cet angle, une webrairie contemporaine commercialisant du papier et du numérique fait office de diffuseur par sa vitrine marketing et de distributeur pour les produits qu’elle achemine directement. Bien sûr c’est un poil plus compliqué, parce qu’il y a de nouveaux intermédiaires, parce qu’une partie de la distribution physique est sous-traitée, parce qu’une fraction importante des synergies se crée en réciprocité... Par exemple, un site d’e-business « partenaire d’Amazon » qui place des liens publicitaires dans son propre espace fonctionne comme une sorte de diffuseur en amont, cependant qu’Amazon peut agir en diffuseur/distributeur vis-à-vis des petits éditeurs en contrat Avantage ou Avantage Pro(1)...

(1) On ne peut pas en dire autant de Fnac.com, qui s’en tient au modèle de la webrairie traditionnelle.

La distribution numérique — dans laquelle on doit comprendre éventuellement l’hébergement des produits, le téléchargement sécurisé et le télépaiement — est une prestation presque logicielle, chèrement vendue mais ne coûtant pas grand-chose en réalité. On peut imaginer que dans la chaîne éditoriale électronique, ce maillon-là va dégonfler, une fois que les éditeurs auront compris les ficelles et utiliseront leur propre site comme rampe de distribution autonome. Les premiers arrivés et les plus opérationnels ne tarderont pas à ajouter à cette corde un service (de diffusion ?) pour les confrères...

Ce qu’observe Hubert Guillaud, c’est que la problématique de l’e-diffusion se pose en des termes moins mécaniques. Elle restaure les thématiques indéboulonnables que sont la prescription et le rayonnement :

Qu’un éditeur propose un de ses livres au format numérique sur son site, c’est normal. Mais on le voit à l’aune de l’expérience de ceux qui s’y sont déjà lancés... Comment rendre ces fichiers accessibles depuis d’autres sites, d’autres boutiques, dans d’autres réseaux ? Comment assurer leur diffusion ? Quels partenaires vont me permettre cela ? Est-ce que moi, auteur ou éditeur, je vais devoir démultiplier des partenariats (exclusifs, ou pire, excluants) pour que mon fichier soit disponible sur d’autres sites que le mien ?

(Hubert Guillaud, « Diffusion 2.0 », in La Feuille, avril 2008

Qui prescrit un ouvrage numérique ? Qui assure sa publicité ? Jusqu’où sa visibilité va-t-elle rayonner ? Ce sont des questions ouvertes, bien sûr, et elles ne trouveront pas de réponse strictement logicielle. Le paradigme de la longue traîne tend à placer Google comme un organe de méta-diffusion qui, somme toute, suffirait à faire jonction entre la demande la plus pointue et l’offre la plus invisible. Mais la preuve est faite tous les jours, par les professionnels du buzz-marketing, que le moteur de recherche est à la merci de procédés d’amplification lexicale qui ne représentent déjà plus ce qu’on pouvait appeler, jadis, une prescription sémantique. Lorsque je cherche une information ou une référence très spécifique dans le moteur, je sais qu’il va me falloir exprimer la requête d’une façon extrêmement étroite, afin d’élaguer dans la page de résultats les moissonneuses à mots-clés. Je sais aussi, pour des mots-clés génériques, que la perle rare se trouvera souvent après la cinquantième entrée, parce que les systèmes de « diffusion » massive occupent encore et toujours l’avant-poste, grâce à des signaux souvent artificiels qui entrent en résonance avec eux-mêmes. Ce n’est que l’équivalent numérique du monde réel, pourrait-on penser. À ceci près que dans le monde réel un diffuseur est bon ou mauvais, fin stratège ou grand escogriffe, expérimenté en matière de produits d’édition ou ex-représentant de l’électro-ménager. Dans le monde numérique, le « diffuseur » est pour l’instant, grosso modo, une applet Ajax ou un script viral écrit en PHP. Un métier, en effet, qu’il va falloir réinventer, à moins que l’on accepte de confondre diffuseurs et buzzeurs. Diffuzzeurs ?

http://lafeuille.homo-numericus.net/2008/04/diffuseurs-20.html | voir aussi 150 questions sur l’édition (e-book)

PAO

Comment « dératatiner » un code-barres (EanDesign)

21.04.08      Le script « EanDesign » (pour InDesign) permet de torcher en quelques secondes un code-barres irréprochable basé sur l’EAN-13. Pour beaucoup de maquettistes de livres qui me disent l’avoir adopté, cet outil Javascript 100 % vectoriel a marqué la fin d’un vieux calvaire, supprimant à la fois des étapes de production fastidieuses et les risques liés à l’intégration de polices spécialisées ou de liens images. « EanDesign » vérifie systématiquement le code (EAN ou ISBN) et génère un objet compact associant étroitement la grille et les chiffres. Le cas échéant, il suffit de sélectionner cet objet et de relancer le script pour changer le matricule en un clin d’œil : le code-barres est aussitôt rafraîchi.

Code à barres généré par EANDesign

Tout ça, vous le savez déjà. Il arrive également que, suite aux mutations du gabarit de mise en page, nous ayons besoin de redimensionner notre code-barres. L’objet étant vectoriel, on peut se contenter de le déformer depuis InDesign. L’inconvénient, si l’on s’arrête là, c’est que la zone de chiffres se ratatine au prorata de la transformation globale :

Ratatinage du code à barres !

L’utilisateur qui, à raison, n’admettrait pas cet aplatissement (ou étirement) excessif des caractères, dispose bien sûr d’un outil de redimensionnement plus académique. La boîte de dialogue d’« EanDesign » permet en effet de modifier expressément la hauteur et/ou la largeur de l’objet via la rubrique « Dimensions » :

Redimensionnement académique

Cette solution donne un contrôle chirurgical du format de travail et garantit la régénération du code-barres selon des lois métriques sévèrement réglementées (cf. « Géométrie d’un code-barres »).

« Oui mais, crie la foule dissidente, c’est pas wysiwyg ! » Il faut savoir que les jeunes chiens fous de l’infographie ont en horreur le clavier en général et la saisie manuelle de cotes en particulier, surtout quand ils pourraient aussi bien ajuster le gabarit en live, avé la souris. La balle est donc à nouveau dans notre camp : comment réparer un code-barres qu’on a trituré à la mano, c’est-à-dire : comment « dératatiner » ces foutus chiffres ? La réponse est d’une évidence quasi insoutenable : vous (re)lancez « EanDesign » après l’opération, la boîte s’affiche aussitôt en mode « mise à jour » et vous n’avez qu’à valider par OK !

Redimensionnement astucieux !

Ce petit truc fonctionne évidemment en largeur comme en hauteur, en élargissement ou en resserrement. Le script redessine toujours le code-barres dans la surface allouée(1). La balle vient de retomber dans le camp des fainéants.

(1) La limite de ce dispositif d’actualisation affleure néanmoins lors d’une rotation et/ou d’une inclinaison de l’objet : pour l’instant, « EanDesign » ne gère pas les paramètres angulaires et considère qu’il doit systématiquement travailler horizontalement et de gauche à droite. Conséquence, il faut remettre à plat les codes-barres que vous imprimez verticalement avant l’exécution du script, et les repivoter après. Je sens qu’il va falloir se plonger prochainement dans une version 2...
/geek/indd/eandesign/ | Voir aussi InDiScripts

écriture & zik

Chabossot mélomane

18.04.08      Le signe avant-coureur d’une petite révolution de la blogosphère littéraire n’aura pas échappé aux fins limiers que vous savez être lorsque la meule est hors d’usage. Aloysius Chabossot(1), l’animateur perpendiculaire de Comment écrire un roman, s’est mis à la caféine ! Et l’on sait comme notre camarade se met tout entier dans le conduit de ses aspirations. Ne le voyez-vous pas arborer, en médaillon, l’accessoire nobiliaire de ce vice germanopratin : l’authentique tasse en porcelaine blanche univalve dotée de son anse imprenable et livrée, pour cette raison, avec les doigts manucurés d’un esthète ? Ainsi doncques, notre Aloysius se pique d’esthétique. Cela éclaire sous un jour vif et ardent sa disposition soudaine, pour ne pas dire subite, à œuvrer en musicographe, au détour à peine sinueux de rubriques consacrées successivement à Rony Emanuel et à Frédéric Chawa, deux noms qui se cramponnent d’ores et déjà au firmament de la musique contemporaine (respectivement crédités de 40 et 14 occurrences dans les tables de Scroogle). Mais Chabossot ne s’arrête pas en si bon chemin. Avec le musicologue, il conjugue dorénavant le musicothérapeute. Son récent sondage (« Qu’écoutez-vous pour écrire ? ») témoigne sur ce terrain de la double acuité de son diagnostic et de ses recommandations :

Nous découvrons ensuite que 9,74 % [des écrivains] écoutent l’Adagio d’Albinoni. Mais il est fort possible, à l’heure où j’écris ces lignes, que le chiffre soit tombé à 4, voire à 3 %. Car il est scientifiquement prouvé que l’écoute répétée de cette œuvre musicale entraîne des ouvertures compulsives de fenêtres, de veines et de robinet de gaz. Un conseil donc, réservez plutôt cette chose à la rédaction de votre testament...

(Aloysius Chabossot, « Qu’écoutez-vous pour écrire ? », in Comment écrire un roman, avril 2008)

Faut-il le rappeler, Comment écrire un roman est un blog génial qui bout au troisième degré !

(1) MàJ. — Le tempérament multimédia d’Aloysius Chabossot pourrait s’expliquer par une révélation de Daniel Fattore, qui, sous la barbe freudienne du professeur en écriture, entrevoit les traits facétieux de Philippe Grédisset. Philotrope de son état, Philippe Grédisset a sensiblement œuvré à nous rendre palpable la contribution de Florent Pagny ou de David & Jonathan au corpus philosophique contemporain, ce qui n’est pas sans coïncidence troublante avec le récent virage éditorial de Comment écrire un roman. À cela s’ajoute une affinité spectaculaire entre les billets publiés anciennement sur Philotropie et le didactisme chabossoïdal. On ne saurait cependant en tirer de conclusion définitive, d’aucuns s’y sont déjà risqués et s’en mordent les phalangettes...
http://comment-ecrire-un-roman.over-blog.com/ | voir aussi Chroniques de l’écriture

imagerie

Voleurs de couleurs !

14.04.08      Article pour le moins désespérant de Peter Gabor dans Design & Typo (le blog) qui, rapportant les nouvelles victoires judiciaires de la marque Adidas au billard à trois bandes, s’interroge sur la protection industrielle des couleurs dans le sillage d’une autre affaire, très médiatisée, de contrefaçon chromatique :

Deutsche Telekom et Red Bull ont déposé la couleur magenta et la combinaison bleu-argent à titre de marques, interdisant leur utilisation non autorisée aux États-Unis et en Europe. [...] Bien entendu cela a donné une levée de boucliers pour venir défendre le Magenta, assez désopilant bien sûr, mais pas inintéressant. Plus récemment j’ai pu entendre que la SNCF aurait déposé le « Carmillon », ce fond de dégradé mauve-vermillon qui sert comme décor au logo de la SNCF.

Et encore plus récemment puisque cela date de cette semaine : après la couleur mauve de Milka, Cadbury tente de déposer une couleur Purple, celle de ses décors d’emballage.

(P. Gabor, « Adidas joue le “souvenir imparfait” des trois bandes de sa marque », in Design & Typo, avril 2008)

Dessin de Jérôme Prévost

S’abattant sur les choses les plus élémentaires de ce bas monde, la voracité industrielle devient sérieusement préoccupante. Une couleur homogène, c’est-à-dire une longueur d’onde, est un phénomène naturel. Le juriste Frédéric Glaize, avec lequel Peter Gabor s’est entretenu, ne semble pas démentir cependant que l’on puisse se l’approprier en tant que telle. S’il est indiscutable que le mariage d’une couleur et d’une forme originale est légitimement constitutif d’un signe distinctif, on a quelque peine à comprendre comment la couleur serait isolément protégeable. Faut-il en déduire que l’INPI protège les nombres ? Oups ! Désolé, je viens d’émettre un rire à 885 Hz, quelqu’un détenait-il cette fréquence ?

NB. — Vous n’avez pas manqué d’observer que le titre du présent billet est lui-même « contrefaisant ». J’attends avec fébrilité la mise en demeure de Kodak, mais ne fallait-il pas rendre hommage ici à une expression prémonitoire de Jean-Baptiste Mondino ?

http://paris.blog.lemonde.fr/2008/04/11/(...) | Voir aussi : http://www.museedesmarques.org/dotclear/

typographie

Les ligatures cartographiques d’ingoFonts

11.04.08      Petite merveille dénichée hier dans la série « Free Fonts of the Month » de Smashing Magazine : la police gratuite Countries of Europe créée par le fondeur allemand ingoFonts (Augsbourg). Une sans-serif épurée, de facture professionnelle, mais contenant seulement l’alphabet latin minimal (minuscules et majuscules sans accents ni diacritiques). Pourtant, une surprise vous attend sous la carrosserie OpenType :

« Countries of Europe » (ingoFonts)

Comme l’illustre la figure ci-dessus, le texte composé en Countries of Europe fait apparaître automatiquement les silhouettes des pays européens lorsque vous tapez les premières lettres du pays (digrammes, trigrammes ou tétragrammes selon les cas). Ce mécanisme repose sur la substitution de glyphes par OpenType, phénomène qu’on rencontre plus couramment dans le traitement des ligatures typographiques (f+i, f+f, etc.).

La table de glyphes de la fonte fait apparaître 39 glyphes « cartographiques » — 39 pays(1) — en plus des 52 caractères alphabétiques. La liste des correspondances est donnée par ingoFonts dans le PDF de démonstration accompagnant le fichier.

(1) Albanie (ALB), Allemagne (GER ou DEU), Andorre (AND), Autriche (AUS ou OES), Belgique (BELG), Biélorussie (BELA ou WEI), Bosnie et Herzégovine (BOS ou BIH), Bulgarie (BUL), Croatie (CRO ou KRO), Danemark (DAN ou DAE), Espagne (SPA), Estonie (EST), Finlande (FIN), France (FRA), Grande-Bretagne (ENG ou GREA ou BRIT), Grèce (GRE ou GRI), Hongrie (HUN ou UNG), Irlande (IRL ou IRE)), Islande (ICE ou ISL), Italie (ITA), Lettonie (LAT ou LET), Liechtenstein (LIE), Lituanie (LIT), Luxembourg (LUX), Macédoine (MAC), Malte (MAL), Moldavie (MOL), Monténégro (MON), Norvège (NOR), Pays-Bas (NET ou NIE), Pologne (POL), Portugal (POR), Roumanie (ROM ou RUM), Serbie (SER), Slovaquie (SLOVA ou SLOWA), Slovénie (SLOVE ou SLOWE), Suède (SV ou SWED ou SCHWED), Suisse (SWI ou SCHWEI), Tchéquie (CZE ou TSCH).

Aperçu de la table de glyphes

Countries of Europe constitue ainsi un véritable couteau suisse — mais pas que suisse ! — pour d’amusantes expérimentations typo-géographiques. Bien entendu, si vous décidez d’utiliser seulement le lettrage sans les substitutions parasites, n’oubliez pas de décocher l’option « ligatures » dans votre logiciel de mise en page (côté InDesign : Palette Caractères › menu d’appoint › Ligatures). Inversement, les silhouettes des pays européens sont faciles à extraire vectoriellement (Texte › Vectoriser) pour un usage graphique autonome.

Pendant que vous y serez, n’oubliez pas de jeter un œil dans le reste du catalogue d’ingoFonts, il y a d’autres perles à dégager :

http://www.ingofonts.de/ingofonts/fonts/fonts.html | via http://www.smashingmagazine.com/2008/04/10/(...)

droit d’auteur

La lessive des « droits numériques »

08.04.08      Le mois prochain prochain sera remis entre les mains de Christine Albanel le « rapport Patino » sur le livre numérique. Pour ceux qui ont loupé le pilote de la série, la ministre de la Culture a confié en février dernier à Bruno Patino (président du Monde interactif et de Télérama) une « mission de concertation, de réflexion et de proposition sur le livre numérique » (cf. communiqué du 14/02). Concertation et proposition, certes, mais sous un angle imposé : « faire preuve d’audace » afin d’« anticiper le numérique pour ne pas avoir à le subir ». Les intentions officielles sont faciles à traduire en langage accessible : trouver comment les éditeurs traditionnels pourraient se sortir de ce merdier économique introduit par la « révolution digitale ». Trouver surtout comment leur conserver les parts d’un gâteau en passe de s’éparpiller.

Depuis quelques semaines, des sources proches du dossier observent que le « syndrome Europeana » s’exprime à nouveau dans cette grande consultation : la voix des auteurs est absente ou sous-représentée dans l’ensemble des auditions. Seule la Société des gens de lettres aurait pris l’initiative de faire entendre le son de cloche auctorial, carillon toujours aussi insupportable à l’oreille des hommes d’affaires : quid du droit d’auteur, quid du prix unique du livre numérique, quid des garanties sur l’assiette de rémunération, quid de la négociation avec les auteurs avant d’agréger des contenus — dans Gallica ou ailleurs(1)... ? Et au centre de tout : quid de l’usurpation des droits par les éditeurs ? Ces éditeurs qui paradent aujourd’hui en bailleurs d’ebooks, en exploitants digitaux, comme si les contrats d’édition anté-numériques leur avaient transmis (par hypothèque ?) ce monopole exorbitant.

(1) « Gallica 2 est un cadre à l’intérieur duquel, pour les éditeurs et les “e-distributeurs”, toutes les formules sont possibles : vendre ou louer un livre, ou bien donner seulement accès à un ou plusieurs chapitres. Il va nous permettre d’étudier les besoins et les comportements des internautes, de tester les différents modèles et de dessiner les contours de la nouvelle économie du livre. » (Christine Albanel, Conférence de presse sur « Le plan livre », bilan d’étape et présentation de la nouvelle politique numérique, 12/03/2008 — c’est moi qui souligne.)

Si un flou épais règne dans cette partie du chantier, c’est parce que les écrivains et les créateurs sont délibérément court-circuités, ou inaudibles, dans les missions encadrées par un ministère de la Culture qui tient surtout du ministère de l’Économie et des Finances culturelles. Ainsi, l’équipe de B. Patino n’est formée que de représentants des intérêts médiatiques et éditoriaux : Jean-François Fogel, journaliste, est coauteur (aux cotés de Bruno Patino) d’Une presse sans Gutenberg (Grasset), Gilles Haeri est DG de Flammarion, Isabelle Ramon-Bailly dirige le service juridique d’Editis, Stéphanie van Duin dirige le « Business Développement » chez Hachette Livre, Sophie Lieber est au Conseil d’État (maître des requêtes).

Le silence forcé des auteurs dans le débat institutionnel sur la politique du livre numérique fait écho à d’autres symptômes observés par ailleurs : certains groupes d’édition sont de plus en plus ouvertement favorables à la rémunération forfaitaire en matière d’exploitation numérique. Ce coup de canif dans le Code de la propriété intellectuelle(2) vise bien sûr à affranchir les coudées de l’éditeur et à freiner la revendication de ces salauds d’auteurs opportunistes qui voudraient réclamer leur part du « marché émergent ». La contradiction, ici, c’est que les mêmes éditeurs présentent aux médias le livre numérique comme un eldorado. Ils vont donc avoir quelque peine à défendre, devant les auteurs, la thèse de la portion congrue.

(2) Les articles L.131-3 et 131-4 du CPI posent comme impératif, sauf exceptions encadrées par le législateur, que l’auteur soit rémunéré en proportion des recettes perçues, et donc sur la base du prix de vente au public pour ce qui concerne les produits de l’édition.

Autre symptôme : dans leur immense majorité, les éditeurs refusent d’organiser la cession des « droits numériques » dans un contrat distinct de celui portant sur le livre imprimé. Pourquoi ? D’abord pour ne pas manœuvrer à ciel ouvert, mais l’enjeu est sans doute plus profond. J’aimerais y attirer quelques instants l’attention des auteurs, et en particulier des auteurs « vieille école » (probablement assommés par le brouhaha numérique) qui reçoivent de leurs éditeurs des avenants à signer « de toute urgence » et plient sous cette irrésistible injonction administrative.

En gros, personne ne sait aujourd’hui quel modèle économique va se dégager quant au commerce des ouvrages numériques. Ce qui est sûr, c’est qu’on mise, tâtonne et scanne à tour de bras. Via Gallica, via Google, via les « e-distributeurs », le vaste processus de numérisation des fonds est largement engagé (en général à l’insu des auteurs ou dans une opacité infranchissable). Parallèlement, des éditeurs mouillent leur chemise, se positionnent sur les formats d’exploitation dématérialisés dont ils explorent les débouchés commerciaux (v. par exemple le suivi d’expériences chez O’Reilly France). L’investissement est en marche, tout azimut. Le danger vient alors des éditeurs traditionnels qui, accablés par leur inculture technologique, confient à des tiers les opérations de veille pour placer leurs pions à temps sur l’échiquier. La course se jouant sur sables mouvants, il y a un importun qu’on ne veut surtout pas avoir dans les pattes : l’auteur. C’est pourquoi les services juridiques ont commencé le grand nettoyage des contrats-types et des contrats anciens (portant sur des ouvrages déjà publiés), afin de les « régulariser » avant l’aube indécise du grand jour numérique.

Sur ce point, les sociétés d’auteurs se sont prononcées, mais avec retard. Au sein du Conseil permanent des écrivains par exemple, les différents organismes représentés (SGDL, SACD, ATLF, Snac, Sacem, etc.) mènent aujourd’hui une réflexion préventive et proposent timidement la planche de salut que j’ai mentionnée plus haut : exiger une séparation explicite entre le contrat visant l’exploitation numérique et le contrat d’édition traditionnel — à l’image du contrat de cession des droits d’adaptation audiovisuelle aux termes de l’article L.131-3 du CPI. L’idée serait d’imposer aux éditeurs une délimitation explicite, des modalités de rémunération distinctes et des droits d’auteur adaptés à l’exploitation et à l’économie du livre électronique. Mais bien sûr, les éditeurs veulent l’inverse : un paquet numérique, une sorte de « licence globale »... Ils rêvent de fondre le numérique au sein des contrats existants tout en soutenant, paradoxalement, qu’il n’y a pas de régime adapté à l’édition numérique. Sur ce dernier point on serait tentés de leur donner raison, car les dispositions encadrant le contrat d’édition (art. L.132-1 et suivants) prennent un sacré coup dans le museau avec l’abolition des concepts de support tangible, de tirage, de stock, etc.(3).

(3) Il n’empêche que le Code de la propriété intellectuelle reste le dernier rempart contre les dérogations délirantes que recherchent les nouveaux exploitants du numérique.

Donc, lessivage de printemps. On cherche à faire passer, sous forme d’avenants, des pilules rouges arrosées de paternalisme rassurant. Voici en guise de spécimen tout à fait représentatif la prose que Claude Durand (Fayard) adresse actuellement à ses auteurs maison :

Mainmise de Fayard sur les droits numériques

Nous sommes liés par un contrat, en date du ..., pour l’édition de [votre ouvrage XXX]. Ce contrat, vous le savez, s’applique à toutes les formes d’édition.

Alors que la numérisation permet à une œuvre d’être accessible via une multitude de supports différents, il nous a en effet paru utile d’introduire dans nos contrats une clause destinée à permettre la plus large diffusion possible des œuvres dont vous nous avez confié l’édition et la diffusion, tout en garantissant la pérennité de vos droits patrimoniaux et moraux. Cette clause figure dans le contrat que vous avez signé et nous vous remercions de la confiance que vous nous avez ainsi témoignée.

Aujourd’hui, les progrès de la technologie permettent d’envisager la commercialisation de certaines œuvres sous forme numérique, en particulier dans les « e-books ». Ces livres électroniques, dont on parle beaucoup depuis quelques années, ont atteint un degré de maturité technique et économique permettant aux industriels qui les ont conçus d’envisager leur introduction sur le marché. Il s’agit d’un marché nouveau, dit « émergent », dont les usages se confirmeront avec le temps, dans un environnement différent de celui du livre imprimé. Ainsi, par exemple, le prix public d’un e-book n’étant pas régi par la loi Lang, les revendeurs auront la faculté de fixer un prix de vente inférieur au prix public de l’ouvrage papier.

Nous voulons être parmi les tout premiers éditeurs à pouvoir vous offrir l’accès à ce nouveau marché, mais nous n’oublions pas, pour notre part, qu’en tant qu’éditeurs nous devons notamment veiller à ce que soit sécurisé l’accès aux œuvres dont nous avons la responsabilité, et à ce que soit prévue une juste rémunération du droit d’auteur.

Or, le contrat qui nous lie, s’il prévoit l’exploitation sous forme numérique, ne précise ni l’assiette, ni le taux de votre rémunération pour ces nouvelles formes d’exploitation. Nous vous proposons aujourd’hui, dans un souci de clarté et d’équité, d’appliquer à ces éventuelles exploitations numériques exactement la même base — à savoir le prix public hors taxes — et les mêmes taux que ceux de l’édition principale du livre papier. [...]

(Claude Durand, président de Fayard, courrier à un auteur, mars 2008 — c’est moi qui souligne)

Il y aurait énormément à dire sur ce laïus et son enrobage pédagogique. Le simple fait d’appliquer « les mêmes taux » de droits d’auteur aux exploitations numériques est un scandale, car tous les acteurs du secteur savent pertinemment que les marges dégagées par la dématérialisation bouleversent l’économie du produit et permettent un rééquilibrage dont l’éditeur veut, ici, être le seul bénéficiaire. Mais le plus intéressant est la manière dont Fayard fait passer en douce une argutie selon laquelle la cession globale des droits serait déjà consommée à travers le contrat initial. Il ne s’agirait plus, pour l’auteur, que d’accepter les modalités de rémunération sur des droits que l’éditeur affirme détenir a priori !

Or :

      a) « La transmission des droits de l’auteur est subordonnée à la condition que chacun des droits cédés fasse l’objet d’une mention distincte dans l’acte de cession et que le domaine d’exploitation des droits cédés soit délimité quant à son étendue et à sa destination, quant au lieu et quant à la durée. » (art. L.131-3 du CPI)

      b) « La clause d’une cession qui tend à conférer le droit d’exploiter l’œuvre sous une forme non prévisible ou non prévue à la date du contrat doit être expresse et stipuler une participation corrélative aux profits d’exploitation. » (art. L.131-6 du CPI)

      c) Le préambule de tous les contrats d’édition référentiels rappelle (ou devrait rappeler !) que « toute prérogative d’ordre patrimonial non explicitement cédée dans les conditions et formes prévues par la clause de cession est réputée demeurer la propriété de l’auteur ».

La conclusion est binaire : soit notre vaillant éditeur s’arroge abusivement le monopole du numérique, soit il a « introduit » dans son contrat-type une clause de cession boulimique qui défie les dispositions du CPI. Un auteur conscient des enjeux que dissimule cette argumentation ferait bien de réfléchir à deux fois avant de signer un avenant présenté innocemment comme une régularisation. Soyez certains que les éditeurs misent à fond sur la fragilité juridique des auteurs pour entériner leur mainmise. Ils s’imaginent contrôler depuis la signature du contrat une collection indéfiniment extensible de droits patrimoniaux et vous font signer une simple clause de rémunération par laquelle vous consentiriez benoîtement à cet abus de propriété. Saisissez plutôt l’occasion pour négocier ! Rien ne vous oblige en effet à accepter la rémunération proposée. Réclamez une délimitation des droits visés, faites clarifiez les modes et supports d’exploitation prévus, exigez des garanties quant à l’assiette de rémunération, quant à la ventilation des comptes d’exploitation... Enfin, si vous obtenez des propositions décentes, refusez le nivellement par le bas des droits d’auteur. Tapez à 20 ou 25 %, avec taux progressifs !

Au bout du compte, cela mènera à encadrer l’exploitation numérique au sein d’un contrat séparé, et c’est l’avenir le moins sombre que l’on puisse souhaiter aux écrivains. Car traiter les « droits numériques » comme des droits secondaires à l’heure où tout le monde se gargarise de révolution digitale, c’est acheter l’avenir au rabais.

N. B. — Les scénaristes américains avaient engagé leur fameux bras de fer sur un terrain assez analogue. La différence, c’est que les écrivains français sont allergiques au syndicalisme et souffrent d’un rapport œdipien à leur éditeur : papa les a convaincus qu’ils ne pesaient pas lourd dans l’industrie culturelle. En son temps, Beaumarchais avait pris le temps de mettre à l’épreuve cette idée reçue...

D’autres éclairages sur le même sujet :
      — « Éditeurs, n’ayez plus peur ! » (Immateriel.fr)
      — « 20 % pour qui ? » (La Feuille)

imagerie

Cache-cache avec « Playboy »

04.04.08      Réconcilions-nous quelques instants avec la publicité. L’agence de comm allemande Philipp und Keuntje a signé pour le magazine Playboy une campagne d’affichage dont les insinuations graphiques et typographiques nous font savoureusement cligner. Spécimens :

Visuels créés par l’agence Philipp und Keuntje

Affiche du haut : « Qui a dit que les hommes n’aimaient pas lire ? ». En bas à gauche : « Un terrain de jeu ne doit pas toujours être vert » (« Ein Spielfeld muss nicht immer grün sein »). En bas à droite : « BoY » (lu de haut en bas).

Vous ne manquerez pas d’observer, à la loupe si besoin, la greffe discrètement pratiquée sur le logo historique. Outre qu’elle surimprime un « slogan » en ne brûlant que deux signes de ponctuation, elle fournit le fil conducteur et le mode d’emploi de la campagne elle-même :

Inflexion du logo « Playboy »

Mais la plus belle leçon de rhétorique et de sujétion rétinienne réside dans cet autre visuel (signalé chez Marketing alternatif) qui, à l’heure où je vous cause, a déjà fait le tour du Web communicant :

Une affiche dépouillée...

Comme quoi, la lumière reste et demeure le plus simple appareil d’une bonne idée.

http://www.philippundkeuntje.de | http://www.marketing-alternatif.com/2008/03/28/publicite-subliminale/

édition

Changement de cap pour « Damn Interesting »

Alan Bellows revoit la stratégie du « Damn Book » 03.04.08      Alan Bellows, le créateur de Damn Interesting, avait lancé en janvier 2007 une réjouissante campagne de souscription. Bien résolus à magnifier leurs articles sur l’autel de la postérité, les auteurs de cette fabuleuse encyclopédie parallèle étaient partis pour autofinancer l’opération. Il était apparu alors qu’une anthologie imprimée de Damn Interesting ne pouvait exister que dans un mode d’édition alternatif. Mais Alan Bellows est revenu sur l’option self-publishing qui ne répondait pas, matériellement, aux ambitions du projet : we soon discovered that self-publication offered substandard products at superstandard prices. Undaunted by this development, we altered our approach to seek a direct relationship with a printing company, only to find that none of those options appealed to our penchant for perfection. Thenceforth, armed with the 2008 “Writer’s Market”, a yellow highlighter, and several spare minutes per day, I embarked upon a lengthy search for a suitable publisher (...) (« Some Damn Interesting News », 24/03/08). C’est ainsi que le maître d’œuvre du « Damn Book » est parti à la conquête d’un véritable éditeur. Scott Adams l’a mis en contact avec l’agent littéraire Daniel Greenberg, féru de pop culture et pilier de l’agence new-yorkaise Levine Greenberg.

Il semble que la nouvelle dynamique éditoriale ait porté ses fruits : Today, after months of itching to share the news, we are delighted to announce that we have officially closed a deal with Workman Publishing. Consequently, the resulting bundles of paper joy will be shiny and delicious, and they’ll adorn the shelves of actual, legitimate bookstores. Workman étant l’éditeur original du best-seller de Patricia Schultz Les 1000 lieux qu’il faut avoir vus dans sa vie, on pourrait presque rêver que le pot-pourri de Damn Interesting débouche un jour sur une traduction française... Quoi qu’il en soit, la VO devrait voir le jour au printemps 2009 :

http://www.damninteresting.com/?p=953

BlogNot! est une émission produite par Marc Autret depuis 2004, à consommer de préférence en cuves acclimatées aux spécifications XHTML et CSS.
Pour harceler la rédaction : marcautret(at)free(point)fr