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édition

Lancement de Mondedulivre.com

30.11.07      (édito du 1er novembre)      Sans clairon de cavalerie, le site Mondedulivre.com a ouvert ses portes le 1er novembre après une préparation studieuse (cf. BlogNot !, février 2007). Le « premier salon du livre virtuel » annonce dans sa forme, ses rubriques et son « éthique », un projet au moins aussi ambitieux que le défunt PlanetExpo, et visiblement plus large dans son désir de fédérer les cultures, les secteurs et les métiers du livre. « Fédérer » a toujours été le grand casse-tête dans le monde de l’édition, plus souvent régi par ses allergies que par ses synergies, plus fier de ses étanchéités que de ses capillarités. L’équipe de Marc Varence risque de s’entendre dire que son entreprise est sympathique, ce qui en langage éditeur signifie : vous avez intérêt à foutrement vous décarcasser pour me convaincre de prendre un stand chez vous ! À l’heure où je publie, le site montre encore les trous d’air d’une version « beta », mais attendons de voir la suite... car l’entreprise est sympathique.

Mondedulivre.com | voir aussi 150 questions sur l’édition

imagerie

« Zip Head », par Kirvin J. Torres

30.11.07      Vient de paraître le deuxième numéro d’InTheNews, publication PDF du InDesign User Groups portoricain. La rédaction y met en avant la créativité dévastatrice de Kirvin J. Torres De Moya, illustrée d’un tutoriel Photoshop et d’un mini-portfolio. Dans son visuel intitulé Zip Head, l’artiste-retouchiste propose une déclinaison visuelle plutôt angoissante de l’expression « tirer les vers du nez » :

« Zip Head », Kirvin J. Torres (InTheNews)

Où l’on voit que la virtuosité des photoshopistes est toujours un savant mélange de métier et d’imagination. Si vous voulez prolonger l’hallucination, rendez-vous sur les insubmersibles galeries Worth1000, le tournoi international des infographistes dégénérés.

http://www.indesignusergroup.com/chapters/puertorico/newsletters/2007/2007_11_INN.pdf | http://www.worth1000.com/galleries.asp

droit d’auteur

« Lisons moins bête » à Montreuil

29.11.07      Le Syndicat pour une convention collective de l’écrit et de l’image (SCEI) profite du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil pour lancer son opération « Lisons moins bête ». Kézako ? Une distribution publique de marque-pages chiffrant l’indigence des droits d’auteur reversés aux écrivains et illustrateurs. Les 10 000 exemplaires en circulation portent un message qui deviendra assez poignant une fois complété : Sachez que la vente de ce livre rapportera ...... euros à l’auteur qui vient de vous le dédicacer. Cette somme lui sera reversée au mieux dans un an.

Créé fin 2006 à l’initiative de l’illustrateur Frédérick Mansot (président) et de l’écrivain Yves Pinguilly, le SCEI poursuit l’action issue du manifeste pour le droit fixe garanti développé par Thierry Lenain(1) en juillet 2005 (lire dans BlogNot ! : « Droits d’auteur : un plancher à 50 centimes ? »). On retrouve donc sur le fameux tract-marque-page cette revendication frontale : Le droit d’auteur classique ne suffit plus ! Une rémunération complémentaire est devenue indispensable. Nous demandons donc que 0,50 € par livre vendu soient intégralement reversés aux auteurs de livres.

(1) Thierry Lenain est aujourd’hui secrétaire du SCEI.

Cette proposition de minimum forfaitaire garanti n’a pas été suivie par les éléphants du droit d’auteur. Dans les conseils d’administration de certaines sociétés d’écrivains telles que la SGDL, on tient le droit fixe garanti pour une fausse bonne idée parce qu’il pourrait ébrécher le principe sacro-saint de la rémunération proportionnelle. Le danger n’est pas nul en effet qu’un tel dispositif (aujourd’hui rebaptisé PSTA : « prix spécifique du travail de l’auteur ») inspire au patronat éditorial la tentation salace de le substituer au pourcentage, ou tout au moins de l’utiliser comme un instrument de dévaluation des droits d’auteur traditionnels. Mais d’un autre côté, devant la courbe en cloche de ces derniers, le SCEI ne fait que proposer une solution de survie sur la table d’opération : les auteurs professionnels, de toute façon, ne vivent pas de leurs droits. Le baroud du SCEI a au moins le mérite de remettre le couvert autour de cette terrible quadrature du métier d’écrivain. Au risque de casser les assiettes...

http://scei.hautetfort.com/ | http://www.sgdl.org/aideJuridique_remuneration.asp#psta | http://droitfixe.free.fr/ | Voir aussi 150 questions sur l’édition

écriture

Loupage, loupage

28.11.07      À lire les blogs en différé et à rebours, on voit beaucoup mieux ce qu’il ne faut pas louper dans la mesure où, précisément, on l’a loupé. Voici par exemple un billet inloupable que je découvre en parfait état sous mon caillebotis : « Un jour, Stéphane Laurent s’est réveillé ».

http://st-phanelaurent.over-blog.com/article-13434888.html

vie littéraire

Passeur et repasseur

26.11.07      L’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) a contacté l’ANPE — et la République des livres — dans l’espoir d’éliminer cette offre d’emploi :

Numéro d’offre 595453L Offre actualisée le 22/11/07

TRADUCTEUR/TRADUCTRICE LITTERAIRE H/F (Code Métier ROME 32241)

VOUS AUREZ EN CHARGE LA DACTYLOGRAPHIE D’UN ROMAN ET LE TRADUIRE DU FRANCAIS EN ARABE, VOUS VIVREZ AU DOMICILE DE L’EMPLOYEUR ET ASSUREREZ QUELQUES HEURES DE MENAGE ET DE REPASSAGE, COURSES ET CUISINE

Consultez les compétences spécifiques demandées

Lieu de travail 75 - PARIS 13E ARRONDISSEMENT

Type de contrat CONTRAT A DUREE INDETERMINEE

Nature d’offre CONTRAT DE TRAVAIL

Expérience EXIGEE DE 1 A 2 ANS DANS LA TRADUCTION DE ROMAN

Formation et connaissances DIPL. NIV. BAC LITTERA.ETRANGERE EXIGE(E)

Autres connaissances ARABE BILINGUE+TECH EXIGE(E) PRATIQ. TRAIT.TEXTES EXIGE(E)

Qualification Employé qualifié

Salaire indicatif HORAIRE 13 Euros (85,27 F)

DEDUCTION HEBERGEMENT/REPAS/BLANCHIS

Durée hebdomadaire

de travail 10H00 HEBDO VIVRE AU DOMICILE DE L’EMPLOYEUR

Déplacements

Taille de l’entreprise 0 SALARIE

Secteur d’activité SERVICES DOMESTIQUES

http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/11/25/on-demande-traducteur-sachant-repasser/

typographie

« Orthotypographie », le Lacroux en HTML

Orthotypographie, par Jean-Pierre Lacroux 25.11.07      En ligne depuis peu(1) grâce à Alain Hurtig, les deux volumes d’Orthotypographie en HTML intégral. La publication posthume, sous licence Creative Commons, du monument de Jean-Pierre Lacroux — par ailleurs disponible en PDF depuis juin 2007 — comblera les partisans ou les disciples d’une typographie progressiste, fonctionnelle, intime de la langue et de la grammaire qu’elle accompagne, mais aussi plus largement tous les artisans du texte qui, comme nous, pensent que la typographie est un débat à ciel ouvert et non point seulement le musée du plomb. Avec d’autres auteurs — on ne peut pas oublier de citer également Jean Méron —, Jean-Pierre Lacroux a fait la preuve que ce débat orthotypographique n’est pas ennemi de l’héritage : il est la condition même de l’héritage.

(1) Merci à Armelle Domenach pour le lien.
http://www.orthotypographie.les-hurtig.org/index.html | voir aussi Typo & tapuscrit

numérique

Olivennes au rapport

24.11.07      Tentons de nous montrer équitables, le rapport Olivennes (« Développement et protection des œuvres culturelles sur les nouveaux réseaux ») ne débouche pas uniquement sur un projet subliminal d’anéantissement de la Cnil. Le patron de la Fnac, enseigne dont tous les éditeurs et producteurs indépendants loueront avec moi la neutralité et l’exemplarité en matière de développement et protection des œuvres culturelles, a été entouré de toutes les compétences pour tempérer ses urgences face au fléau de la « consommation illégale ».

Parmi les choses consommables illégalement, les œuvres affichent ces dernières saisons un regain de popularité médiatique qui tend à ringardiser les feuilles de chanvre. Attention, on parle ici des œuvres dures, celles de l’audiovisuel/ciné/musique. Denis Olivennes a délibérément écarté de son panel d’auditions les représentants du livre, produit resté peu soluble dans les formats actuels de la contrebande. D’ailleurs, qu’on ne se fourvoie pas, dans la bouche de Denis Olivennes comme dans celle de son commanditaire — Christine Albanel, ministre de la Culture tranquille —, l’expression « développement et protection des œuvres » est elliptique. Il faut bien sûr y entendre « développement et protection du commerce culturel », sujet tout à fait exaltant pour un économiste mais finalement assez dérisoire aux yeux d’un auteur ou d’un artiste, qu’il s’agisse du romancier percevant 8 % de droits sur pas-grand-chose après que la Fnac a capté ses 40 %, du compositeur qui fait un festin de 7 % au cul de son producteur, du poète payé en exemplaires ou en flatteries, du graphiste à la pige ou du développeur de logiciel qui préfère offrir son talent au social network plutôt que de se le faire voler par son employeur.

Le jour où la rémunération proportionnelle des auteurs aura un semblant de dignité, on voudra bien pleurer un peu avec les distributeurs et toutes les victimes collatérales de la « consommation illégale ». Pour l’instant, quand ils nous racontent la vie, le droit, la morale, et surtout l’Internet comme s’ils l’avaient inventé, on voit leur tablier qui dépasse. Et puis, la consommation illégale, c’est un angle qui ne tient pas. Même sous réserve d’adopter cette pauvre vision de l’œuvre comme combustible, un internaute ne consomme pas illégalement des œuvres. Le cas échéant, il les diffuse illégalement, ce qui est excessivement différent. Quant à la copie privée et à la reproduction, mes mots vont encore dépasser ma pensée alors je vous renvoie à un billet plus pondéré.

Vous l’aurez compris, le rapport Olivennes est tout centré sur le piratage numérique, les recours, la prévention éducative, les sanctions graduées, l’incitation au développement de l’offre légale, la désincitation des activités contrefaisantes, les aspects techniques et juridiques. Instructif, à cet égard, pour se forger une vision panoramique du champ de bataille. Au chapitre du filtrage des contenus illicites, on remarquera qu’un pas en arrière est nettement esquissé quant aux DRM (concept obsolète ?) pour leur préférer l’idée de tatouage numérique à des fins d’identification et de traçabilité (pas neuf non plus, je sais bien). De nombreux entrechats — figure obligée — autour du P2P (l’axe du mal), examen rapide des solutions de contournement habituelles (P2P crypté et anonymisation IP) pour atteindre la conclusion irrésistible, prendre le taureau par les cornes : le FAI. Comment faire collaborer ce mécréant ? Et là, ze killing question : une adresse IP doit-elle vraiment être considérée comme une donnée personnelle ? Je traduis pour ceux qui n’ont pas le décodeur de filigrane : la Cnil va-t-elle continuer à nous faire chier longtemps sous l’ère Sarkozy ?

J’admets que ma lecture à chaud est une lecture à charge. Les propositions des rapporteurs sont parfois pragmatiques et j’en applaudirai volontiers quelques-unes (la no 4 sans hésitation : « généraliser le taux de TVA réduit à tous les produits et services culturels, cette baisse étant intégralement répercutée dans le prix public »). Mais l’hyperfocalisation du dossier sur le P2P et le piratage, cette projection permanente de la scène de course-poursuite entre les gendarmes et les voleurs, se fait au détriment d’un milliard d’autres aspects bien plus décisifs si l’on voulait considérer la question — développement et protection des œuvres culturelles sur les nouveaux réseaux — autrement que sous l’angle exclusif du manque à gagner.

Parce que franchement, vous ne trouvez pas qu’il y a des trucs plus importants dans la vie que de déterminer comment on va faire pour dissuader ou attraper l’internaute avant qu’il télécharge « Taxi 4 » — et le ramener dans le droit chemin (celui de la Fnac) ? Combien de temps les Olivennes et les Nègre vont-ils cavaler derrière ce bétail qui leur est acquis, de toute façon, à un autre niveau ? Ça va se terminer que les pitoupistes vont inventer la parade suprême : s’envoyer leurs trucs par la poste. Courrier privé. Format carte postale. Dans deux ou trois ans le répertoire d’Universal Music y tiendra à l’aise.

MàJ du 25/11/07. — Réaction de l’UFC-Que choisir dénonçant le manque de lucidité du ministère de la Culture qui, au prétexte de défendre la culture et sa diversité, se fait systématiquement l’avocat infatigable d’une industrie trop concentrée et peu innovante (cité par Rue89). À lire aussi dans le webzine d’information, la réponse de Denis Olivennes face aux critiques des internautes, où l’on ressort, de part et d’autre, toute l’armurerie dialectique déjà usée par les débats sur la transposition DADVSI.
Rapport-Mission-Olivennes.pdf | Voir aussi Copie privée et DRM | Fracture du copyright

vie littéraire

« Ici Paul Borrelli »

23.11.07      C’est bizarre ce qui s’est passé le lundi 12 novembre à 11 h 46 sur la vieille liste rompol de Yahoo Groups. Un coin perdu du Net, presque désaffecté, surnageant parmi les spams. Les fanas du polar s’y étaient étripés en diable entre 1998 et 2004, et puis tout cela s’est un peu ramolli, avachi, ondulant à peine de quelques soubresauts épars, classés sans suite. Mais à 11 h 46 de ce drôle de 12 novembre de lundi s’est passé un truc vraiment bizarre. Un revenant, signant Paul Borrelli, a posé une espèce de post-scriptum littéraire avec les accents tristes et las d’un mea culpa : « Hors compétition, hors sujet, hors combat, etc. »

J’en extrais quelques bribes pour vous mettre dans l’ambiance :

J’ai sans doute été un sale con à un moment donné. Peut-être même que je le suis encore. [...] Tout le monde, plus ou moins, désire être un minimum reconnu. Je dirais que dans une situation normale, quelqu’un qui est publié y voit un début de reconnaissance et quelque part ça doit faire bouger sa perception de lui-même. L’ego est flatté. Ma situation n’a jamais été normale. [...]

Or, à cette époque, Dantec a commencé à publier lui aussi. Nous chassions, globalement, dans les mêmes eaux. Mais il avait derrière lui la formidable machine Gallimard, qui poussait un maximum. De mon côté, j’avais un éditeur qui refusait souvent de me faire participer à des manifestations, et qui était réticent pour envoyer mes bouquins en service de presse, quand par hasard je rencontrais un journaliste qui se disait intéressé et désireux de les recevoir.

Bref, d’un côté j’étais traité comme un minable et on me menaçait de me foutre à la porte. De l’autre, on parlait de moi en tant qu’auteur, en des termes parfois très élogieux. Le contraste était saisissant et ma vie était comme dédoublée. On employait des formules assez flatteuses à propos de mes romans, mais ça ne décollait pas. La porte de sortie se refermait lentement, et je n’aimais pas le grincement qu’elle faisait. [...]

J’avais terriblement besoin que ça marche, l’écriture. Je m’y cramponnais comme un naufragé à sa bouée. Alors ça m’a peut-être rendu odieux à certains. J’essayais de toutes mes forces de faire en sorte qu’on me reconnaisse. C’est sans doute pour ça qu’on m’a perçu comme mégalomane et égocentrique. J’étais aux abois. J’aurais fait n’importe quoi pour que ma carrière d’écrivain décolle enfin, que je puisse me barrer de cette situation pourrie, que je puisse enfin respirer de l’air frais. Je suis désolé si du coup, j’ai pollué le vôtre. Je le regrette infiniment. [...]

Paul Borrelli (?), in rompol, 12.11.07

C’est ainsi que Paul Borrelli, auteur d’une trilogie anthracite sur fond phocéen (L’Ombre du chat, Désordres et Trajectoires terminales) publiée chez l’Atalante entre 1994 et 1999, ressurgit très fugitivement d’un enfouissement de huit ans pour « demander pardon », « mettre fin aux rancunes, aux contentieux, aux malentendus »... dans le désert du Net.

[...] Maintenant, je vous laisse entre vous. Ne me répondez pas, c’est inutile. Je vous souhaite à tous une bonne continuation. Paul Borrelli, le mégalo hors compétition, est aussi, à l’heure actuelle, hors combat, hors d’état de nuire.

N’étant pas du milieu polaroïde, j’ignore si ce message in the bottle a été ou sera relayé, authentifié, commenté... Il n’a pas beaucoup l’air d’être remonté à la surface après dix jours d’échouage, car il a visiblement été conçu et produit comme un acte de communication fantôme. Un message qui dit « je ne suis pas un message ». Un énoncé a-performatif. Paradoxal sous un certain angle, mais placé dans les conditions du silence auquel il aspire. En somme, un énoncé pour soi-même. Et les tréfonds de l’Internet pour dépositaire.

En sorte que je n’aurais pas dû publier le présent billet qui viole cette intimité. Ou plus exactement que vous n’auriez pas dû le lire.

http://groups.yahoo.com/group/rompol/message/39864

web

La Martine-mania est en deuil

22.11.07      Si vous avez eu la chance d’échapper au phénomène du Martine cover generator, c’est peut-être maintenant que le culte va s’emparer de vous, posthumément. Sous la pression « amiable » de Casterman — l’éditeur de la série des « Martine » créée jadis par Gilbert Delahaye et Marcel Marlier — le site a dû fermer en raison de l’orgie parodique qu’il a suscitée sur le Net, ce déferlement de couvertures postiches inspirées de la collection et de son univers suranné. Le délire collectif a été rattrapé par le droit d’auteur, ou par le marketing camouflé en droit d’auteur... On imagine en effet que d’ici quelques jours, la page http://www.casterman.com/martine/ vers laquelle pointe désormais le site mort aura multiplié par cent ou mille ses rapports de fréquentation. En effet, durant le mois qu’aura duré ce buzz, le Martine cover generator pouvait turbiner jusqu’à 70 000 visites / jour. Astrid Girardeau a interviewé pour Ecrans.fr l’auteur du générateur, lequel suppose que Casterman s’est mis à frissonner quand, sous le mot-clé « Martine », le site parodique a supplanté la page officielle dans les moteurs de recherche.

Occasion de rappeler que la parodie, le pastiche et la caricature, autorisés de principe par l’article L. 122-5 du Code de la propriété intellectuelle, sont exercés par chez nous dans des marges bien étroites, même lorsque le risque de confusion entre l’original et son détournement est minime. L’étroitesse des marges n’est pas fondamentalement juridique, à mon avis c’est plutôt une question de bande passante. Dans nos sociétés idolâtres, on veut bien concevoir de rigoler un peu, tant qu’on ne rogne pas sur l’espace vital du Commerçant.

Et je ne jurerais pas que dans l’espace vital de Casterman, le droit moral de Gilbert Delahaye et Marcel Marlier occupe une région aussi vaste qu’on veut nous le faire accroire. Le droit patrimonial, je ne dis pas.

http://www.ecrans.fr/Martine-cover-generator-on-nous,2598.html | Voir aussi Thomas Clément et l’inconsolable Aloysius Chabossot

imagerie

Entrez dans une autre dimension !

22.11.07      Cet été à San Diego, au détour de SIGGRAPH 2007 (la légendaire conférence annuelle du Special Interest Group on GRAPHics and Interactive Techniques), deux chercheurs et informaticiens de génie ont porté une petite révolution dans la bergerie du traitement d’image. Shai Avidan et Ariel Shamir venaient en effet de débaucher un jeune algorithme connu sous le nom de seam carving au service du redimensionnement intelligent des images. On trouve sur le site d’Ariel Shamir — cf. « Seam Carving for Content-Aware Image Resizing » (PDF) — une exposition pointue et une illustration spectaculaire des calculs mis en œuvre dans cette nouvelle technologie qui permet, en gros, de dilater ou de contracter une image dans une direction donnée tout en préservant la taille et les proportions internes des composants les plus significatifs. Cela paraît impossible à première vue. Sauf à opérer un redimensionnement non proportionnel, on ne voit pas comment conserver dans une largeur de 300 pixels une information qui en occupe 400 !

Depuis trois mois sur YouTube, une vidéo de 4 minutes et des poussières illustre le prodige accompli par Shai Avidan et Ariel Shamir. Sous l’angle folklorique, le seam carving pourrait s’apparenter à ce vieux tour de passe-passe consistant à découper puis à réagencer les 10 bandelettes d’une figure géométrique de façon à recomposer une figure rigoureusement identique, mais ne comptant plus que 9 bandelettes. L’algorithme employé par les chercheurs est évidemment plus corsé... Associé au concept d’image retargeting — comment traduire ça ? « reciblage », « refactorisation », « redistribution » ? — il s’appuie sur l’énergie d’une image, fonction mathématique que l’on peut se représenter comme une cartographie des zones plus ou moins chargées d’information. Dans le domaine du traitement de signal, l’information est couramment identifiée à « ce qui varie »(1). Si vous considérez le ciel azuréen quasi uniforme d’une photo, vous admettrez avec moi que c’est une zone peu énergétique en ce sens que la variation de couleur et de luminosité, au voisinage d’un pixel, est quasi négligeable. Inversement, une zone fortement contrastée (la découpe des rochers) présente beaucoup d’énergie. L’idée fondamentale du seam carving est de redimensionner l’image en maximisant la conservation d’énergie. En clair, si on doit faire tenir l’information dans un espace plus réduit, sacrifions plutôt les pixels peu significatifs, ceux du ciel, et tentons de garder les rochers intacts.

(1) En termes mathématiques, on parle ici de dérivation ou de fonctions dérivées, lesquelles permettent de mesurer, de quantifier, la pente d’une variation en un point donné.

L’innovation majeure d’Avidan et Shamir se situe dans l’affinement et la variété des fonctions d’énergie proposées, bien plus sophistiquées que de simples détecteurs de contrastes. Le processus est en grande partie paramétrable, l’utilisateur ayant notamment la possibilité de spécifier les zones non sacrifiables de l’image. On peut aussi renverser l’algorithme en vue d’élargir l’image, auquel cas la procédure consiste à interpoler des points de préférence dans les zones de moindre énergie.

Déjà documenté sous de nombreux vocables (seam insertion, smart image resizing, liquid rescale...), le redimensionnement intelligent est promis à de nombreuses applications dans l’industrie graphique. Graphiline nous avisait tout récemment de l’arrivée de Shai Avidan dans l’équipe de développement de Photoshop, avec les conséquences que vous pouvez deviner. Dès octobre, le plug-in LiquidRescale pour Gimp montrait le bout de son nez. De leur côté, Mikael Peterson et Joakim Rydell avaient déjà lancé chez Picutel un plug-in gratuit pour Photoshop (sous Windows seulement) : « SmartResize ».

Malgré une ergonomie perfectible et des résultats de qualité variable, SmartResize donnera aux photoshopistes un avant-goût du phénomène seam carving. Lunacore en a donné une belle illustration. J’ai essayé à mon tour de pousser la bête dans ses retranchements, en lui soumettant une image particulièrement difficile à ratatiner :

Une scène de « Buffet froid » à redimensionner

Cette capture de Buffet froid — que Bertrand Blier me pardonne ! — est dimensionnée à 400 pixels de large. La grosse difficulté pour SmartResize, c’est qu’en raison des chaises en plastique rouge scintillant de part et d’autre des personnages, la largeur de l’image est pleine d’énergie. Voyons comment le plug-in va s’en sortir avec un objectif de 300 pixels (75 % de réduction) et comparons avec les résultats obtenus par redimensionnement non proportionnel et simple recadrage.

Comparatif des redimensionnements

L’image no 1 (Image / Taille de l’image / 300 pixels sans conservation des proportions) tasse les pixels en écrasant l’échelle horizontale. Tous les éléments de l’image originale sont encore présents, mais l’esthétique paie la facture. L’image no 2 (Image / Taille de la zone de travail / 300 pixels) résulte d’un pur recadrage : les proportions sont sauves mais il manque des chaises ! Enfin, SmartResize (accessible depuis Fichier / Automatisation... si vous avez correctement installé le plug-in) produit le résultat figuré par l’image no 3. Vous noterez que tous les éléments d’origine y sont visibles, les chaises ayant subi une légère compression mais également un fort rapprochement, tandis que les deux personnages sont pratiquement intacts.

Pour parvenir à cet assez bon compromis, j’ai préalablement sélectionné les zones à préserver. N’oubliez pas de faire de même avant de lancer SmartResize :

Sélection des zones à préserver avant l’appel de SmartResize

Principales sources citées dans cet article :
      — http://www.faculty.idc.ac.il/arik/ et http://www.faculty.idc.ac.il/arik/imret.pdf
      — http://www.youtube.com/watch?v=vIFCV2spKtg
      — http://liquidrescale.wikidot.com/
      — http://picutel.com/
      — http://www.lunacore.com/blog/?p=149.
Voir aussi Iconosphère | Buffet froid (Cinémap)

PAO

L’envers de la maquette

16.11.07      Généralement, un maquettiste de livre remet sa « copie » à son client, l’éditeur, sous la forme d’un fichier PDF qui sert d’épreuve pré-presse. L’éditeur imprime le PDF et procède, ou fait procéder, aux dernières corrections avant que la maquette file chez l’imprimeur. Le tirage papier ne tarde donc pas à vous revenir, plus ou moins constellé de chiures de mouche excrétées au bic rouge, parfois de la main de l’auteur repentant. À ce maillon de la chaîne éditoriale ne devraient affleurer que les coquilles mineures, en théorie, mais comme chacun sait la théorie est aux praticiens ce que la pratique est aux théoriciens.

C’est ainsi que les prétendues « ultimes corrections » peuvent se révéler beaucoup plus invasives que prévu. Un des mystères insondables de notre beau métier est que l’acuité de l’éditeur se réveille soudainement devant la maquette imprimée, comme si les flottements ou les rugosités du texte étaient restés, relecture après relecture, dans le plasma du tapuscrit. Bref, le maquettiste doit intégrer à sa séance de correction divers remaniements extratypographiques toujours sournois, toujours conçus pour ronger les équilibres précaires de la mise en page.

Par exemple, une fois reportées les modifications sur les dix premières pages, vous vous apercevez que les paragraphes de la onzième ne coïncident plus avec ceux du tirage papier. Comme par un jeu de dominos, les perturbations introduites en amont du flux de mise en page exercent en aval un méchant effet papillon. À un certain point, surtout si le texte est dense et peu chapitré, vous vous retrouvez même avec des folios discordants. C’est-à-dire que les corrections portées sur la page N du tirage papier sont désormais relocalisées en page N+1 (ou N–1) de la maquette en cours de reconstruction.

Surgit alors un problème de pointage et d’efficacité. Car, tant que la page matérielle est fidèlement reflétée par la page logicielle, le report des corrections se fait par correspondance immédiate. Mais, sitôt que le lien est brisé, le passage du point source au point cible coûte à l’œil et au cerveau un changement de repère. Même en se raccrochant aux balises topographiques constituées par les alinéas — s’il y en a ! —, la course du maquettiste est terriblement ralentie par ces vicissitudes.

La solution est pourtant simple comme bonjour : reporter les corrections à partir de la fin ! En effet, si vous prenez les pages à rebours, de la dernière vers la première, la correspondance entre la page imprimée et la page écran est maintenue tout au long du processus. Cela tient au fait que chaque correction en cours de saisie, si elle est susceptible de bousculer la mise en page en aval (zone déjà corrigée), ne touche pas la mise en page en amont(1).

(1) Sauf à considérer un flux de composition inhabituel, basé sur un chaînage remontant ou autre extravagance du même tonneau.

C’est tellement évident que ça en devient presque idiot mais — je suis sûr qu’une enquête de terrain nous le démontrerait — les évidences les plus empiriques ne sont pas les mieux partagées.

Voir aussi FAQ Édition : aspects techniques

logiciel

Explosion lexicale dans Cordial 2008

14.11.07      L’avalanche de dictionnaires embarqués dans l’édition 2008 de Cordial (Synapse Développement) marque une étape importante dans la course des correcteurs ortho-typo-grammaticaux. En termes de vitesse et de fiabilité, ce logiciel affiche des performances redoutables depuis l’origine — même si l’ergonomie n’a pas toujours suivi. Son moteur d’analyse en contexte, la qualité de l’étiquetage syntaxique et sémantique sous-jacent, le faible taux d’alertes parasites, ont porté ce produit sur le podium des correcteurs de langue française. Mais en parallèle, Synapse n’a cessé d’affermir sa politique d’extraction de corpus (le pétrole de l’ingénierie linguistique). De telle sorte qu’on débouche aujourd’hui sur un logiciel à deux visages : le correcteur d’une part, la méga-base de données lexicales de l’autre. C’est ainsi que la version pro de Cordial 2008 se harnache de 67 dictionnaires, avec parmi les nouveautés des puits de citations et de locutions latines, des centrifugeuses d’anagrammmes et de mots croisés, des extenseurs d’abréviations et de sigles, mais surtout deux dictionnaires « nouvelle génération » : combinaisons de mots et contextes.

Le principe d’un dictionnaire de combinaisons de mots a été illustré dans BlogNot ! lors du lancement de ce nouvel outil par les éditions Le Robert (cf. News Avril). La combinatoire enrichit notre vision du tissu linguistique en ce qu’elle réveille des associations que les dictionnaires traditionnels (définition, synonymes, analogies...) ne peuvent englober de façon exhaustive. Si j’en crois le communiqué de Synapse, Cordial 2008 s’appuie sur le plus grand ensemble de sources jamais utilisé en traitement automatique de la langue. Le corpus compterait plus d’un milliard deux cent millions d’occurrences, puisées dans 5000 ouvrages et autres articles de presse, pages Web, blogs, encyclopédies... Cordial thésaurise au final 48 000 entrées (15 800 mots composés* et 32 200 mots simples), lesquelles se projettent dans les deux branches combinaisons et contextes, la première reflétant les connexions les plus courantes ou pertinentes (24 combinaisons par mot en moyenne, 1 150 000 combinaisons au total), la seconde reflétant des contextes « exemplaires » d’apparition du mot (l’équivalent, en plus systématique, des mises en exemple fournies par les dictionnaires classiques).

* Ici, le concept de « mot composé » couvre également ce que l’on appellerait des locutions, plus ou moins figées, telles que source de chaleur ou abus de confiance.

Une des sous-rubriques les plus passionnantes du dictionnaire de combinaisons de Cordial est l’indication fréquentielle diachronique :

En haut à droite de la fenêtre est fournie la fréquence du mot par rapport à notre corpus. Ainsi le mot « homme » (l’un des plus fréquents de la langue française) figurait 1 077 555 fois, soit presque un mot sur 1000, alors que le mot composé « homme à abattre » n’a été trouvé « que » 295 fois.

En bas à droite de la fenêtre est fournie la « diachronie », c’est-à-dire l’évolution dans le temps de la fréquence du mot. Ainsi le mot « homme » est de moins en moins employé, même s’il reste très fréquent, alors que le mot « homme à abattre », qui n’était jamais employé avant 1900, est maintenant de plus en plus employé !

La richesse et la sophistication de Cordial peuvent dérouter le consommateur moyen, mais pour le lexicophile (auteur, rédacteur, linguiste, professionnel de l’écriture), c’est Byzance !

http://www.synapse-fr.com/correcteur_orthographe_grammaire.htm | voir aussi dans BlogNot ! : « Cordial s’enfile le TLF », « Dictionnaire des combinaisons »

zik

Foncièrement Spacem

13.11.07      Lu dans un articulet du Bulletin des auteurs no 91* : La Spacem, société polynésienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique a été placée en septembre 2003 sous la tutelle d’un administrateur judiciaire. Son directeur, Luc Faatau, cumule depuis décembre dernier son poste avec celui de ministre des Affaires foncières du nouveau gouvernement. Le Syndicat polynésien des auteurs et des compositeurs entend bien que cette fâcheuse situation trouve bientôt une issue car des milliers d’auteurs et de compositeurs sont privés de leurs droits depuis des années. Je ne vois pas ce qu’il y a de poilant, mais c’est plus fort que moi.

* Publication trimestrielle du Snac — 80 rue Taitbout, 75009 Paris

ebook

« 150 questions sur l’édition » caracole

09.11.07      Une lectrice m’a signalé que, depuis quelques semaines, la version e-book de 150 questions sur l’édition « caracolait » en tête des ventes de Numilog dans le secteur des guides pratiques. Quand on est en tête de quelque chose, le verbe caracoler perd soudain son statut de cliché journalistique usé jusqu’aux phalanges, on le revisite, on visualise un petit lapin de garenne en train de faire des bonds dans son terrier...

150 questions sur l’édition au palmarès de Numilog

Mais qu’est-ce donc que caracoler dans le terrier des e-books ? À combien chiffrez-vous le « succès » dans cette niche de marché, embourbée depuis une décennie par des effets d’annonce jamais suivis d’investissement ? Même une hydre d’eau douce comme le groupe Lagardère ne mise pas un liard sur l’e-book français, et sa stratégie outre-Atlantique reste pusillanime. En France, on rigole de l’e-book, on le regarde comme un truc de geeks boutonneux. Les experts égrènent leurs scoops frénétiques — vive le cybook, vive l’e-paper, vive l’e-ink, vive l’hi-han — mais les éditeurs attendent et la caravane passe. Ce qui plombe le développement de ce média, c’est d’abord ce gradient d’enthousiasme, cette inculture réciproque entre l’édition et la technologie. Ensuite, il y a la TVA à 19,6 %, appliquée de façon totalement discriminatoire aux ouvrages numériques.

Enfin, il faut bien le reconnaître, il y a une sorte de paralysie culturelle face à « l’objet » e-book. Le rapport charnel à l’imprimé, la difficulté de la lecture-écran, et patati, et patata, l’opinion s’est engluée au comptoir de ces lieux communs préhistoriques. On tourne en rond, on aborde le « débat » à la française, sur le mode j’y-vais-j’y-vais-pas. Ça rappelle un peu l’Internet des années 90, quand c’était encore la lubie de quelques-uns et une menace pour les autres, les obsédés de l’exception culturelle, les congélateurs du siècle des Lumières, bref, les gardiens de musées. Résultat, un nombre infinitésimal d’auteurs et d’éditeurs s’emparent de l’e-book comme d’un moyen d’expression à part entière. Seule l’engeance très privée des développeurs de jeux, cultivant par nature une approche logicielle de la chose artistique, est capable d’entrevoir ce potentiel. L’éditeur lambda, il voit l’e-book comme un vague support dérivé du produit papier.

Du coup, tout le monde est obsédé par les mêmes pronostics : qui, quand et comment va-t-on lire des e-books (quelle plateforme, quel format, quel réseau, quelle bibliothèque...) ? Et (presque) personne ne se demande comment on va les écrire.

Maintenant que je vous ai bien fait mijoter, voici le chiffre communiqué par Denis Zwirn (responsable de Numilog) qui place 150 questions sur l’édition au zénith des téléchargements de guides pratiques : 45 ventes en un an. Certes, un ouvrage technique comme celui-là n’a pas vocation à déchaîner les foules et, compte tenu des informations que Numilog m’avait données autrefois, je mesure ce score à sa juste échelle.

Mais tout de même, par extrapolation, je comprends mieux pourquoi les gros éditeurs restent au sec. Faites le calcul : 30 à 50 % de réduction ordinaire par rapport au prix public du livre imprimé, 45 à 55 % de remise pour le distributeur numérique, 19,6 % de TVA pour le Trésor public et la barre du best-seller à 50 exemplaires, ce n’est plus un marché d’appoint, c’est du mécénat culturel. Eh bien, qui vivra verra !

MàJ du 15.11.07. — Pour une vision beaucoup plus téléscopique du hiatus numérique / imprimé, un bel article, charnel, à lire chez François Bon : « Je n’ai pas envie du livre numérique ».
http://www.numilog.com/catalogue(...) | 150 questions sur l’édition (e-book)

droit

Harry Potter et les reliques du copyright

08.11.07      Le 31 octobre, la firme Warner Bros. et l’écrivain J. K. Rowling ont enclenché une procédure contre un éditeur du Michigan, RDR Books, afin d’empêcher la publication d’une encyclo-potterie, The Harry Potter Lexicon, prévue pour fin novembre aux États-Unis (la commercialisation a commencé début novembre en Grande-Bretagne). Selon les parties plaignantes, cette bible de 400 pages conçue par Steven Van der Ark constitue une « violation patente des droits de propriété intellectuelle » attachée à la série « Harry Potter », enfreignant notamment le Copyright Act et la loi de l’État de New-York (lieu de juridiction). Plus précisément, les demandeurs dénoncent une « vaste usurpation » (widespread misappropriation) des objets fictionnels créés par J. K. Rowling, qu’il s’agisse des personnages, des décors, des formules et des potions magiques, des créatures imaginaires ou des jeux introduits dans la série. Préjudice plus palpable du point de vue des ayants droit, le livre litigieux contrarie le projet de J. K. Rowling d’établir elle-même une encyclopédie officielle du jeune sorcier, projet qu’elle a annoncé à plusieurs reprises dans le sillage des companion guides précédemment édités. La thèse du parasitisme commercial est donc clairement invoquée en renfort de celle de la contrefaçon. La plainte déposée à Manhattan à la fin du mois comporte à cet égard des éclairages utiles quant à la stratégie adoptée par J. K. Rowling en matière de licences :

25. In particular, Ms. Rowling has been careful not to license certain types of « tie-in » or « companion » books based on the Harry Potter Books, which merely regurgitate her creative expression without adding valuable analysis or scholarly commentary. Ms. Rowling has refused to license such books, in part, because as discussed above, she has authored and published her own Companion Book and intends to create additional companion books. [...]

( Plainte « Warner Bros. & J.K. Rowling v. RDR Books & DOES 1-10 », 31/10/07, page 10 — c’est moi qui souligne)

À première vue, cette affaire soulève la question assez classique de l’utilisation des droits dérivés ou autres « déclinaisons » d’une œuvre protégée, contrebalancée par la liberté de critique ou par « l’exception de citation » à vocation pédagogique — pour utiliser le jargon français. Dans le régime du copyright anglo-saxon, l’expression valuable analysis or scholarly commentary s’inscrit dans le principe dit du fair use (« usage loyal »). Sa logique naturelle est d’empêcher un verrouillage total des œuvres sous copyright et de permettre, aux critiques, aux universitaires, aux fans, à vous et moi, de développer et de documenter leur propre analyse autour des objets protégés sans encourir les foudres de la loi à la moindre évocation du personnage et de son univers. Il faut comprendre que Harry Potter et ses attributs constituent par eux-mêmes une œuvre de l’esprit au même titre que les textes de la série ou que les images des films. Encore relativement faible en France — quoique parfaitement établie par la jurisprudence — la protection patrimoniale des personnages de fiction est un enjeu crucial dans les pays du copyright, où la création n’est pas une vue pieuse mais un bien industriel, un agrégat multimédia — éditorial, audiovisuel, etc. — susceptible de déclinaisons et de profits infinis. Géré désormais par un mastodonte (Warner Bros.), Harry Potter peut être considéré comme une marque au plein sens du terme.

Harry Potter Lexicon

Sauf qu’il y a le fair use et que dans le cas du Harry Potter Lexicon de RDR Books, les ayants droit sont confrontés à une configuration inédite. En effet, comme l’indique le chroniqueur juridique J. Craig Williams sur May It Please The Court, l’ouvrage litigieux ne serait qu’une réédition, ou si l’on veut une remise en forme, du matériel publié par Steven Van der Ark sur son site hp-lexicon.org à partir de l’an 2000. L’argument ne vaudrait pas grand-chose si J. K. Rowling et Warner n’avaient eu connaissance de ce site. Seulement voilà, il semble que la créatrice de Harry Potter lui ait donné son explicite bénédiction. En 2004, indique J. Craig Williams, elle a appuyé un “Fan Site Award” attribué au website et à son auteur [...] . Selon l’éditeur, J. K. Rowling aurait déclaré : This is such a great site that I have been known to sneak into an internet cafe while out writing and check a fact rather than go into a bookshop and buy a copy of Harry Potter (which is embarrassing).

Sous réserve de confirmation, ces louanges sont en effet embarrassantes, car la question se pose alors de savoir pourquoi la caution de J. K. Rowling — renfermant implicitement la reconnaissance du fair use — vaudrait pour le support Web et pas pour le support papier. Pour l’heure, voici comment les plaignants tracent la frontière :

[...] there’s a big difference between the innumerable Harry Potter fan sites’ latitude to discuss the Harry Potter Works in the context of free, ephemeral websites and unilaterally repackaging those sites for sale in an effort to cash in monetarily on Ms. Rowling’s creative works in contravention of her wishes and rights.

( ibid., page 3 — c’est moi qui souligne)

Autrement dit, le fair use ne serait admissible que dans un cadre éphémère et non rentable. Les petits éditeurs universitaires vont adorer cet argument... En tout cas, y a d’la jurisprudence dans l’air !

Les sources principales de cet article :
      — http://docs.justia.com/cases/federal/district-courts/(...) ou WarnerBros_v_RDR-Books.pdf
      — http://rdrbooks.com/
      — http://www.mayitpleasethecourt.com/journal.asp?blogID=1667
      — http://www.hp-lexicon.org/

écriture

Le Nouveau Nouveau Magasin d’écriture !

Nouveau nouveau magasin d’écriture 06.11.07      Le Nouveau Magasin d’écriture de Hubbert Haddad (Zulma, 2006) a connu un tel succès que l’auteur et l’éditeur ont décidé de le prolonger ce mois-ci d’un Nouveau Nouveau Magasin d’écriture. L’entreprise est véritablement herculéenne, car il ne s’agit pas d’une réédition mais bel et bien d’une suite, comme me le confirme Serge Safran cet après-midi. Autrement dit, Hubbert Haddad ne nous avait pas révélé au premier tome tous les trésors de sa boutique littéraire portative — enfin, portative pour les athlètes ! Le réapprovisionnement se chiffre quand même à 608 pages, contre 940 pages pour l’œuvre inaugurale. D’ores et déjà, il pulvérise le score paginal de la Petite Fabrique de littérature qu’avaient signée Alain Duchesne et Thierry Leguay, en trois tomes, chez Magnard. Et rien qu’à lire le sommaire, on peut être sûr que notre capital de superlatifs, déjà bien émoussé en 2006, va pâtir de nouveau.

Écrivains, plumitifs, apprentis et trimardeurs, laissez refroidir vos essieux et courez donc faire des emplettes au Nouveau Nouveau Magasin d’écriture !

http://www.zulma.fr/livre-le-nouveau-nouveau-magasin-d-ecriture-497.html | Sommaire | voir aussi « Le “Nouveau Magasin d’écriture”, électrochoc pour écrivants »

imagerie

« Type the sky » et « Faces in Places »

05.11.07      Les sémiologues manifestent un solide mépris à l’encontre des signes dits « non intentionnels », traités au mieux comme des indices (objets tout à fait différents), au pire comme des accidents. Même un auteur comme Umberto Eco, qui a largement contribué à casser nos préjugés sur l’iconisme et la similitude en révélant les impondérables culturels qui se cachent derrière tout ça, écrivait encore au siècle dernier : « Si l’analogie recouvre une sorte de parenté mystérieuse entre choses et images (ou mieux entre choses et choses), il s’agit d’une catégorie à éliminer de [notre] cadre théorique. » (La production des signes, Indiana University Press, 1976, édition française chez LGF, 1992, p. 47). Ce gredin d’Umberto ne voulait pas dire par là qu’il se foutait éperdument de l’analogie, bien au contraire, mais qu’il estimait indispensable de formaliser cette notion avant d’en faire quoi que ce soit en sémiotique. Or, bien entendu, personne ne sait exactement ce qu’est une analogie, qu’il s’agisse d’une association d’idées ou d’une association d’images (ce qui d’ailleurs revient au même problème). On avancerait peut-être sur ce dossier en abandonnant les hiérarchies rigides issues de la théorie de l’information : émetteur, message, récepteur...

Bon, ce que je voulais dire au début de ce billet qui part en hérisson, c’est qu’au fond il n’y a pas de signes non intentionnels. Il peut se trouver qu’un signe n’ait pas d’émetteur au sens vulgaire du terme, ou si l’on veut qu’il n’y ait pas d’intention de signifier derrière la chose qui fait signe par accident, mais de toute façon le signe s’actualise chez celui qui le prend pour tel, et par conséquent une intention émerge au minimum dans la conscience du « récepteur ». Pour dire les choses carrément, c’est le « récepteur » qui prend alors en charge la production du signe, avant de le mettre le cas échéant en circulation. La terminologie de Peirce avait bien cerné cette sorte de récursion en popularisant le terme d’interprétant plutôt que la stupide dichotomie émission / réception.

Le Net d’aujourd’hui abonde en répertoires de signes iconiques abusivement qualifiés de « non intentionnels ». Ce sont des jeux, des engrenages, qui semblent assez futiles au prime abord, mais ils reflètent un inconscient collectif lourd de fascination pour la « chose signifiante ». J’avais retenu il y a quelques semaines cet alphabet urbain forgé par Lisa Rienermann sous le titre Type the sky :

Type the sky

On savait que le signe était une affaire de point de vue et de perspective, mais jamais sans doute une œuvre typographique n’aura montré ce que le point de vue peut coûter de courbatures et de torticolis !

Plus accessible mais non moins passionnante est l’entreprise de Faces in Places, le blog qui voit des minois partout, pourvu qu’on veuille les voir :

Faces in Places

http://www.slanted.de/node/1361 | http://facesinplaces.blogspot.com/

édition

Kargo se saborde

Sabordage d’un Kargo 03.11.07      Un communiqué désenchanté des éditions Kargo nous avise du « sabordage » imminent de cette petite maison d’anthropologie culturelle et sociale fondée en 2000 par Alexandre Laumonier dans le sillage du semestriel Nomad’s land (quatre numéros parus entre 1997 en 1999). On comprend, entre les lignes, que la greffe n’a pas pris avec les éditions Amsterdam, jeune structure elle aussi (créée en 2003), qui devait abriter le catalogue Kargo :

Après quelques succès, maints échecs et une paire de ratés, nous voulions, à l’occasion de ces dix ans de publications, transformer les Kargo en collection au sein d’une autre maison d’édition, afin de bénéficier de moyens plus conséquents (mais restant peu coûteux, au demeurant) et de tenter quelque expérience éditoriale dans un esprit de « vulgarisation ». Malheureusement, de refus catégoriques en promesses non tenues, Kargo n’a pas réussi à trouver un port d’attache pérenne et sérieux pour continuer son travail.

L’incompréhension dont font preuve les majors de l’édition devant ces sujets/approches, l’absence de curiosité d’un milieu replié sur lui-même, les difficultés réelles que connaissent bien des confrères pour vendre des ouvrages de sciences humaines n’ont pas permis de trouver une situation stable. Il est navrant de constater à quel point les « gros » éditeurs ne sont pas prêts à prendre un risque éditorial et financier (même pour ceux-là qui ne sont pas dans le besoin), et affligeant de se rendre compte que le « petit » éditeur avec qui Kargo aurait pu travailler fait preuve, sous un discours de gauche, d’attitudes très droitières. N’ayant pas gagné à l’Euromillion, Kargo ne peut que se confronter au principe de réalité : continuer le voyage est impossible. Seule, donc, une petite partie des livres à venir paraîtra, ici ou là, avant que Kargo ne jette définitivement l’ancre en mai 2008.

Alexandre Laumonier, communiqué des éditions Kargo, oct. 2007

À l’image de tellement d’autres à la même échelle, le clash Kargo / Amsterdam illustre le dilemme fondamental de l’édition indépendante : peut-on unir nos forces sans dissoudre nos identités ? Fraterniser sans nous absorber ?

Par nature très spécialisée, la petite édition crève de sa condition insulaire. Pour rencontrer son public, elle cherche des hôtes ou des passerelles, mais chaque lien frayé dans ce fragile tissu relationnel comporte un risque stratégique. En juin 2006, alors que le groupe La Martinière ouvrait les hostilités contre Google Livres (cf. « La Martinière se rebiffe »), le directeur de Kargo prenait le vent contraire et prônait l’alliance cordiale avec le numérisateur glouton. Là encore, l’argument de la survie prenait le devant : Les petits éditeurs ne disposent pas des fonds permettant de lancer des campagnes publicitaires [...], nous n’avons pas de programme marketing, que cela soit dans les médias traditionnels ou en ligne. Tous les éditeurs souhaitent donner une plus grande visibilité à leurs œuvres et Google Recherche de Livres répond à ce besoin.

Mais ces « synergies-réseau » sont quelquefois des mirages, ou des cache-misère. Car le problème de l’éditeur qui travaille sur un secteur très pointu, aussi transversal soit-il, ce n’est pas d’avoir du lien, mais plutôt d’avoir du jus dans les connexions. Je serais bien étonné que l’amateur d’ethnomusicologie manque de curiosité, simplement il n’emprunte que les voies qui ont du sens pour lui. Il faut donc que les liens aient du sens. De ce point de vue, la conclusion d’Alexandre Laumonier ne met peut-être pas le doigt sur la bonne plaie :

Quel sens y a-t-il à éditer des livres sur les marges qui ne s’adressent (éditorialement et en terme de diffusion) qu’au centre ? La pensée reste ainsi dans un « entre-soi », un petit milieu qui, en fait, reste peu curieux. Ce n’était évidemment pas l’objectif de Kargo, mais la réalité est là, à l’inverse de ce que nous souhaitions, ce qui nous amène ainsi à reconsidérer l’intérêt même d’éditer des livres.

Triste tropisme.

http://www.editionskargo.com/ | http://books.google.fr/googlebooks/kargo.html | voir aussi « La Martinière se rebiffe » | 150 questions sur l’édition

web

Assouline contre Wikipedia, saison 12

03.11.07      La croisade de Pierre Assouline contre Wikipedia a ses bons et ses mauvais jours. Hier c’était plutôt un mauvais jour, un jour où le spectacle tient lieu d’argument, où l’émotion submerge la démonstration. Mais on trouvera son compte — et c’est assez peu fréquent pour être signalé — dans les commentaires du billet, en l’occurrence dans un allégro signé Libellophile à 2h03 ce samedi 3 novembre. J’en extrais ce plaidoyer joliment transporté :

[...]

La liberté relative qui règne encore sur l’Internet est une peau de chagrin. Défendons-la. Et cessons de nous ranger du côté des censeurs et persécuteurs des écriveurs.

La loi pénale actuelle suffit largement à réprimer la cyber-criminalité. Tous ceux qui avaient jusqu’ici le monopole de l’écriture et du « discours légitimé » devraient s’accomoder désormais du changement de paradigme : les dominés peuvent enfin répondre sans grands risques aux dominants, fussent-ils des auteurs à la mode.

Wikipedia et l’Internet sont là pour durer. Ce ne sont pas des zones de « non droit ». Ce sont des esplanades de bon droit.

Qu’il serait bon, une fois, rien qu’une fois, de lire sous la plume de Pierre Assouline un « billet du lendemain » où il admettrait d’examiner cette articulation : nul ne conteste l’existence et la nocivité des poseurs de bombes sur Wikipedia, mais en quoi cela procure-t-il quelque argument contre l’édifice même ? Faut-il raser le réseau ferré métropolitain à cause des attentats qu’il peut encore subir ? Cela revient à disputer s’il fallait murer Berlin ou si les îlots sécuritaires californiens offrent une solution respirable à la violence urbaine. Wikipedia, comme l’Internet tout entier, n’est pas un objet posé à côté ou devant la société. Par là ce n’est pas un média, c’est-à-dire que ce n’est pas un oléoduc qui transporterait les signaux de quelques-uns vers le reste du monde. Les anciens ont du mal à casser ces oléoducs où le naphte leur tenait chaud. Wikipedia, et pratiquement tout ce qui s’agrège ou se désagrège sur le Net, c’est la projection d’une partie relativement connexe de la société dans un espace de signaux. Tant et si bien que cela fait corps avec la société. Ce n’est pas virtuel. Il s’y déroule des faits sociaux consistant en des actes de langage, beaucoup utiles, d’autres insignifiants, d’autres malveillants... La publicité de ces faits n’est ni plus ni moins exorbitante que la publicité d’une harangue, d’une altercation ou d’un tag au pied de la tour Eiffel ou sur l’esplanade de la Défense. Un peu moins volatile, et encore. On peut concéder à Pierre Assouline que les lois qui régissent la vie publique sont un peu plus difficiles à appliquer, techniquement, dans un milieu immatériel. C’est probablement ennuyeux pour les gardiens de l’ordre mais, dans la mesure où je ne me compte pas parmi ces derniers, je tiens ce point pour infiniment accessoire dans le débat portant sur la « légitimité » de Wikipedia. Il reste donc à savoir ce qu’on fait de cet espace social — comme si d’ailleurs on pouvait souverainement en faire quelque chose — lorsqu’il s’affronte à la prolifique entropie du vandalisme. Que fait-on ? Une palissade électrifiée, des fortifications ?

Monsieur Assouline se propose-t-il en personne de relever le pont-levis ?

http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/11/02/de-lirresponsabilite-de-wikipedia/#comment-102032
MàJ. — À lire aussi chez Diner’s Room, pour se remettre les pendules à l’heure : « Wikipedia en référé dans le journal de référence »

BlogNot! est une émission produite par Marc Autret depuis 2004, à consommer de préférence en cuves acclimatées aux spécifications XHTML et CSS.
Pour harceler la rédaction : marcautret(at)free(point)fr