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interne

La « FAQ édition » dégraissée

31.10.07      (édito du 1er octobre)      Remodelée, rationalisée, revitaminée, notre foire aux questions sur l’édition fait peau neuve et il était grand temps ! Avec un sommaire d’une soixantaine d’articles empilés en vrac, le mammouth avait atteint sa masse critique. Les internautes aveuglés par ce trou noir (si l’on puit dire) finissaient par m’assaillir de questions oiseuses ou redondantes, sans parler des spambots. Conçue comme un service après-vente de 150 questions sur l’édition, la FAQ retrouve aujourd’hui ses principes fondateurs : accessibilité, ergonomie et connectivité optimale avec les chapitres du livre. J’espère que vous apprécierez cette nouvelle formule enrichie au fluor :

FAQ Édition

droit

« Ficfamation » : Mathieu Lindon et P.O.L déboutés

24.10.07      Gratiné mais instructif, cet arrêt rendu lundi matin à Strasbourg par la Cour européenne des droits de l’homme. À l’origine de ce long feuilleton judiciaire, la publication du roman de Mathieu Lindon, Le Procès de Jean-Marie Le Pen (P.O.L, 1998). L’auteur et l’éditeur avaient été condamnés pour diffamation par le tribunal correctionnel de Paris (octobre 1999). Le jugement s’est trouvé essentiellement confirmé en appel (septembre 2000) et la cour de cassation (novembre 2001) a rejeté le pourvoi. Entre-temps, Serge July, ex-patron de Libé, a rejoint la charrette pour avoir reproduit les passages litigieux dans la rubrique « Rebonds » (article en forme de pétition cosigné par 197 écrivains, en novembre 1999). Les trois ont alors saisi, en ultime ressource, la Cour européenne des droits de l’homme. Leur requête s’est matérialisée en deux plaintes, dirigées contre la république française, pour violation du droit à la liberté d’expression. Quand il ne l’est plus à l’échelle nationale, ce droit est en effet garanti à l’échelle européenne par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. Malheureusement, tout est relatif...

En dépit de jurisprudences souvent favorables aux auteurs, la Grande Chambre n’a fait qu’entériner le jugement national en paraphrasant très largement l’analyse de la cour d’appel. Assumé comme un « livre de combat », le roman de Mathieu Lindon raconte le procès d’un militant du FN poursuivi pour un meurtre raciste qu’il revendique comme tel. Ce dispositif dramatique permet à l’auteur d’aborder sans faux-fuyant la question de l’incitation à la haine raciale et sa dialectique feutrée, à lectures graduées, telle que Le Pen et son parti l’ont orfévrée, dans nos campagnes et nos banlieues, avec la postérité que l’on sait. L’auteur aurait pu plonger sa fiction dans un décor et des références politiques imaginaires et paraboliques, mais il a choisi d’ancrer son histoire au milieu du fléau tel qu’il est puisqu’il disposait là d’un matériau factuel aussi crédible qu’abondant. À ce sujet, quatre juges « dissidents » aux décisions rendues par la cour rappellent le palmarès judiciaire de Le Pen :

Il est clair à nos yeux qu’une base factuelle suffisante peut aisément être trouvée dans les différentes condamnations dont M. J.-M. Le Pen a fait l’objet tout au long de sa carrière politique, notamment, pour « banalisation de crimes contre l’humanité et consentement à l’horrible » (cour d’appel de Versailles, 18 mars 1991 ; TGI de Nanterre, 26 décembre 1997) ; pour « apologie de crimes de guerre » (Cour de cassation, 14 janvier 1971) ; pour « antisémitisme et provocation à la haine raciale » (tribunal d’Aubervilliers, 11 mars 1986) ; pour « provocation à la haine ou à la violence raciale » (cour d’appel de Paris, 29 mars 1989 ; cour d’appel de Lyon, 23 mars 1991) ; pour « injures contre des personnes publiques et insultes » (cour d’appel de Paris, 3 juin 1993 ; tribunal de Strasbourg, 6 janvier 1997) ; pour « violences physiques » (TGI de Paris, 16 janvier 1969 ; Cour de cassation, 2 avril 1998). De même, M. Jean-Marie Le Pen a perdu différents procès notamment contre l’accusation de provocation au racisme, au nazisme et à l’antisémitisme (cour d’appel d’Amiens, 28 octobre 1985 ; cour d’appel de Lyon, 27 mars 1986 ; jugement du tribunal correctionnel du TGI de Toulon du 20 juin 1990 et arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence du 25 février 1991) ainsi que contre l’accusation de pratique de la torture (cour d’appel de Paris, 22 juin 1984). En outre, on peut raisonnablement soutenir que les discours et les prises de position de M. Jean-Marie Le Pen, incitant et provoquant à la haine et à la violence et condamnés comme tels, peuvent avoir encouragé, sinon inspiré, des actes de violence chez les militants.

(in « Opinion partiellement dissidente commune des juges Rozakis, Bratza, Tulkens et Šikuta », annexe à l’arrêt du 22/10/07, pp. 43-51, affaire LINDON, OTCHAKOVSKY-LAURENS ET JULY c. FRANCE)

Cependant il est jugé que Mathieu Lindon pousse le bouchon trop loin en assimilant nommément le patron du FN, par la bouche de ses protagonistes, à un Al Capone chef d’une bande de tueurs (p. 10 du roman, point de vue attribué à des manifestants antiracistes) et à un vampire qui se nourrit de l’aigreur de ses électeurs, mais parfois aussi de leur sang, comme du sang de ses ennemis (p. 136, propos mis dans la bouche de l’avocat). La Cour européenne des droits de l’homme, après 38 pages de didactique merveilleuse sur la diffamation (présomption de mauvaise foi, illégitimité du but poursuivi, proximité de l’auteur aux propos contenus dans le roman, base factuelle insuffisante pour déclencher l’exceptio veritatis, etc.), retient finalement deux misérables bouts de phrase comme constitutifs de diffamation, soit trois lignes dans un roman de 138 pages. Évidemment ce n’est pas un argument en soi — il suffit d’un mot pour diffamer quelqu’un — mais la décrue des éléments à charge tout au long de la procédure trahit les tâtonnements, sinon l’enlisement, de la démonstration : six passages visés lors de la citation initiale des parties civiles, quatre passages condamnés en correctionnel, trois retenus en appel, deux en Cour européenne. Si Lindon et Otchakovsky-Laurens pouvaient encore porter le pet successivement devant une cour internationale et un tribunal intersidéral, une amnistie sauverait sûrement ce pauvre roman, aux alentours de 2030.

Le pivot qui se dégage, dans toutes les juridictions, c’est qu’un roman est considéré comme porteur d’assertions assumées par l’auteur, même au plus profond de ses langages internes. Bien sûr que Lindon vise sans ambiguïté le FN et son taulier, bien sûr que son militantisme est palpable derrière le texte. On écrit avec des motivations. Mais l’analyse juridique aplatit toutes les dimensions de l’objet narratif. Elle ignore les niveaux symboliques, les niveaux de figuration, les niveaux locutoires (auteur vs narrateur vs personnage) ; elle se pique d’apprécier la « distance » que l’auteur prend ou ne prend pas vis-à-vis du propos comme si quiconque pouvait mesurer une variable aussi ténébreuse. Prenons l’exemple des manifestants antiracistes qui sont décrits comme assimilant Le Pen à un chef mafieux. Ratiocinons : la question est-elle de savoir si cette comparaison est fondée ? Alors de quel point de vue ? D’un point de vue absolu ou du point de vue de manifestants antiracistes ? Quand un personnage fictif se rend coupable de diffamation — disons de ficfamation — cette diffamation se transmet-elle au niveau extra-romanesque comme la main de M. C. Escher sortant du papier où elle se dessine ? Faut-il alors punir directement l’auteur ou lui demander d’ajouter à son roman, en annexe, un procès fictif condamnant sévèrement le personnage qui n’a pas mesuré ses propos ? Quant à l’image du vampire qui se nourrit de l’aigreur de ses électeurs et parfois de leur sang (image utilisée par le personnage de l’avocat), ce n’est même pas une ficfamation. C’est un ressenti, une figuration, dramatisé par un avocat fictif dans le contexte d’une plaidoierie fictive. Je cite encore les quatre juges dissidents, car leur conclusion est salutaire :

En outre, et plus fondamentalement, nous pensons qu’il est excessif et inexact de prétendre que le roman en cause constitue un appel à la violence ou à la haine. Il s’agit d’une critique d’un homme politique qui tient lui-même des propos de cette nature, ce dont témoignent les condamnations dont il a fait l’objet. En l’espèce, les mots « chef d’une bande de tueurs » (p. 10) et « vampire qui se nourrit de l’aigreur de ses électeurs mais parfois aussi de leur sang » (p. 136) ne peuvent être compris littéralement ; ils veulent transmettre le message que cet homme politique, par ses discours, encourage ses partisans à s’engager dans des actes d’une extrême violence, notamment contre les minorités, comme cela est établi par le cas Bouaram. En ce sens, ces expressions aussi sont des jugements de valeur qui ont une base factuelle établie.

(ibid., c’est moi qui souligne)

Ainsi, déracinées et démantibulées, les poupées russes du discours romanesque ne fournissent finalement à la cour que les indices d’un jugement de valeur, au mieux l’opinion de l’auteur, sur Jean-Marie Le Pen. Est-ce que ça valait dix ans de procédure et une fin en queue de poisson ?

http://www.livreshebdo.fr/actualites/DetailsActuRub.aspx?id=1028#1028 | voir aussi 150 questions sur l’édition

photographie

« Arborescence » au Parc de Sceaux

21.10.07      Des arbres vertigineux, des arbres en cendre, des arbres jaillissant du brouillard, des arbres à l’envers... Si vous aimez la photographie végétale ou simplement les sorties luxuriantes (à l’air libre), l’expo Arborescence qui se tient jusqu’à la mi-janvier au Parc de Sceaux (92) devrait vous accrocher la rétine. Quatre-vingt-quatre reproductions sont plantées là, allée des Clochetons, dans une sorte d’arboretum d’esthètes et de badauds, illustrant quelque 150 ans de photographie artistique ou documentaire. Cela va du chêne rouvre de William Henry Fox Talbot (Oak tree in winter, 1842) à la forêt d’épicéa capturée près de Tchernobyl par Guillaume Herbaut (Slavoutich, 2002) en passant par les palmiers de Maxime Du Camp pris en Égypte vers 1850 ou les visions renversantes de Rodney Graham (Main Street Tree, 2006)... Quelques créations flamboyantes, quelques angles inattendus ou chromos dépaysantes parmi des œuvres plus traditionnelles assurant la continuité du parcours. Pour le plaisir des yeux, les signatures de Pascal Maitre, Rémy Lidereau, Yann Arthus-Bertrand..., restent des valeurs sûres. Le tout est richement légendé par Yves Paccalet, écrivain et écolo-philosophe présidant la Croix verte internationale.

Arborescence, au Parc de Sceaux

Paradoxalement, son cadre somptueux rend l’exposition moins monumentale qu’on l’attendait. Si vous traversez le parc en un beau dimanche d’automne, la plantation artistique risque de vous paraître un peu submergée par la lumière ambiante, mais c’est quand même une meilleure option que de rester enracinés devant New York Unité Spéciale...

http://www.hauts-de-seine.net/(...) | voir aussi Ikonosphère

médias

La France, sa presse-caviar, ses bâillons-velours...

19.10.07      Dans le Classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières, la France tient le 31e rang, coincée entre la Grèce et Taïwan. Il paraît qu’on devrait s’en réjouir, car le ®Pays-de-la-liberté-d’expression remonte de six places par rapport au classement 2006. RSF souligne cependant que de nombreuses inquiétudes demeurent en raison de cas de censure persistants, de perquisitions dans des rédactions et d’un manque de garanties concernant la protection du secret des sources. Dans un pays où le journalisme d’investigation est pratiquement inexistant et où le peloton de tête de la profession fait son métier en charentaises sous un jet de dépêches aseptisées qui dictent la même actualité au même moment, la cotation de RSF ne laisse d’interpeller.

Comme l’ont montré Jean-Pierre Tailleur dans Bévues de presse : l’information aux yeux bandés (Le Félin, 2002), puis François Ruffin dans Les Petits Soldats du journalisme (Les Arènes, 2003), puis jour après jour l’observatoire Acrimed, le maljournalisme hexagonal ressort essentiellement d’une culture d’opinion, de consensus et de moindre effort. Qu’une presse aussi fainéante, occupée le plus clair de son temps à déjeuner avec le pouvoir et à servir les plats réchauffés des attachées de presse, puisse subir des censures visibles du même ordre que celles constatées au Ghana (29e) ou en Bosnie (33e), ça en dit long sur l’étroitesse des libertés laissées aux quelques francs-tireurs qui s’obstinent à sortir du sillon. Tiens, en parlant de bottes, Denis Robert annonce aujourd’hui qu’une des plaintes déposées contre lui par la BGL et le groupe Fortis — suite à la révélation d’un virement douteux de 100 millions de francs entre la BCCi et la BGL via Clearstream — ne va pas prospérer...

Le rapport de RSF ajoute un point noir au tableau : Internet occupe de plus en plus de place dans le décompte des atteintes à la liberté d’expression. Cette année, plusieurs pays ont reculé dans le classement en raison de violations graves et répétées à la libre circulation d’informations sur le Web. [...] Au moins 64 personnes sont emprisonnées dans le monde pour s’être exprimées sur la Toile. La France n’est probablement pas concernée par une censure aussi frontale. Elle serait d’ailleurs superflue : les hébergeurs policiers et l’intimidation judiciaire suffisent amplement à décrotter les billets licencieux.

http://www.rsf.org/article.php3?id_article=24011 | voir aussi 150 questions sur l’édition

micro

Acrobat en attente de rustine...

17.10.07      La réputation d’Adobe Acrobat et d’Adobe Reader ne s’est pas arrangée en 2007(1). La firme de San Jose a révélé début octobre qu’une grosse faille de sécurité affectait les versions 8.1 et antérieures du célébrissime logiciel-éditeur de documents PDF et de sa visionneuse gratuite... utilisée par des millions de personnes ! Selon Adobe, la vulnérabilité concerne les systèmes Windows XP lorsqu’ils sont assortis — encombrés, dirons-nous — d’Internet Explorer 7. Comme d’habitude, il s’agit d’une porte dérobée ouverte au hacking et à la prise de contrôle à distance de l’ordinateur. Le hic, c’est qu’Adobe ne propose dans l’immédiat qu’une solution manuelle, consistant à désactiver dans la base de registre une permission critique d’Acrobat (celle l’autorisant à invoquer des urls soumises au protocole mailto, en clair : l’envoi de courrier électronique). On l’aura compris, c’est un cache-misère (workaround) et non pas un correctif (fix). La presse high-tech s’inquiète du délai de livraison d’un véritable patch, promis aux alentours de la fin octobre, une éternité à l’aune de la sécuritique. D’ici là, les hackers motivés auront largement profité de l’appel d’air pour passer des virus à travers nos pare-feux mal configurés ou minimalistes (celui d’XP, par exemple...). D’une façon générale, outre qu’ils feraient bien d’oublier définitivement Internet Explorer, les utilisateurs des applications Adobe ne perdraient pas grand-chose à interdire l’accès distant à tous les logiciels non dédiés au Web, ce qui revient à renoncer, au moins provisoirement, à utiliser Acrobat et son Reader comme des rampes de lancement d’adresses Internet.

(1) On se souvient ici de la faille dite « bug XSS » (technique de « cross-site scripting ») qui a fait couler beaucoup d’encre en début d’année et accablait tout aussi dramatiquement Acrobat 7, permettant à un PDF malicieux d’injecter du code Javascript dans le navigateur. La solution était alors... Acrobat 8 ! Pour mémoire, cf. « Adobe flaw may be “worst” bug of 2007 » (CRN Australia).
http://www.adobe.com/support/security/advisories/apsa07-04.html | http://www.itnews.com.au/News/(...)

web

« PostSecret » franchit l’Atlantique

PostSecret débarque en France 15.10.07      La semaine dernière, on apprenait par Thomas Clément que PostSecret, le confessionnal du Net, non content de se décliner en beau-livre (A Lifetimes of Secrets) et de se prolonger d’une expo internationale, s’exportera dorénavant jusqu’en France (PostSecret.fr). Pas étonnant, puisque ce blog à la croisée du mail art et du voyeurisme a germiné dans un hôtel du Quartier latin en décembre 2003 — si l’on ose se fier aux révélations de l’auteur du projet... Quand on scrolle, avidement, parmi ces milliers de cartes postales impudiques, c’est bien la dimension poétique de la compilation, son parfum perecquien, qui nous saute à la gorge. La démarche artistique y a pris l’ascendant dès l’origine, nous préservant d’un vain chasse-neige dans la poudreuse(1).

(1) En langage moins crypté j’aurais écrit : « nous préservant du Web 2.0 », mais je ne voulais pas vous fâcher de si bonne heure.

Au fait, cette encyclopédie mondiale du déballage est-elle une mythologie ? Ces centaines de milliers de petits secrets anonymes, tantôt dérisoires, tantôt cathartiques, sont-ils vraiment vrais ou en partie bidonnés ? I think this question is more complicated than it might appear on the surface, répond le père Fourasse de “PostSecret”. Of course, no one could claim that all 170,000 secrets are “true” in the strictest sense or the word. But I think of each postcard as a work of art. And as art, secrets can have different layers of truth. Some can be both true and false, others can become true over time depending on our choices.

Et voilà comment l’œuvre collective a su rester inutile, donc totalement originale.

La découvrir : http://www.postsecret.com | La nourrir : http://www.postsecret.fr (chantier francophone)

PAO

InDesign CS3 5.01

10.10.07      La mise à jour la plus attendue de l’automne vient d’arriver ! « Adobe InDesign CS3 5.0.1 Update » est disponible au téléchargement (http://www.adobe.com/support/downloads/) et devrait éradiquer une cinquantaine de bugs, pas moins, parmi la joyeuse cohorte répertoriée en mai dernier. Si vous faites partie des malheureux qui plantent leur bécane sans préavis lors de la gestion d’index ou qui se débattent avec une foliotation délirante durant la création d’une table des matières alphabétique, ce correctif devrait vous réconcilier (un peu) avec InDesign.

La liste complète des problèmes résolus donne idée du raffiot dans lequel nous naviguons depuis le lancement en catastrophe de la CS3. Je pioche au hasard :

      — InDesign CS3 se ferme de façon inattendue et corrompt les documents dans lesquels des nuances utilisées dans des effets de transparence sont supprimées.

      — Les objets ne sont pas placés sur les bons calques en cas de duplication avec la commande Exécuter et répéter ;

      — InDesign CS3 se ferme de façon inattendue après une utilisation trop importante du retour arrière lorsque le panneau Informations est ouvert ;

      — L’exportation d’une page au format EPS échoue lorsqu’un groupe contenant un fichier Photoshop avec des effets de transparence présente une intersection avec la page, alors que le fichier Photoshop lui-même n’apparaît pas sur la page ;

      — InDesign CS3 se ferme de façon inattendue à l’ouverture d’un document contenant un fichier Photoshop EPS importé dans lequel figure un masque ;

      — InDesign CS3 se ferme de façon inattendue lorsqu’un utilisateur sélectionne le menu déroulant « Famille de polices » ou « Style de la police » dans le panneau Caractère ;

      — Les tirets cadratins placés à la fin d’une ligne de texte se transforment en tirets pour certaines tailles de blocs de texte ;

      — Les tirets sont comptabilisés comme caractères d’un mot lors de l’identification de sauts de lignes de césure, mais sont ignorés lorsqu’ils entrent en conflit avec les limites de césure ;

      — Corruption de document : InDesign CS3 se ferme de façon inattendue lors de la copie, du collage ou du déplacement d’objets à partir d’un gabarit dans le cas où un habillage de texte est appliqué à ce document ;

      [etc., etc.]

Pittoresque, non ?

http://www.adobe.com/support/downloads/ | voir aussi InDiScripts

typographie

Le « Fontometer » de John Boardley

10.10.07      I love Typography, blog érudit conçu par John D. Boardley, vient d’organiser un duel fratricide entre Helvetica (vivat !) et Arial (bouh !), deux fontes dizygotes, de type sans serif, connues jusque dans la galaxie du Centaure. Ce faisant, il a inventé un petit truc épatant, le Fontometer, qui offre de tester manuellement la superposition des glyphes pour chaque lettre de l’alphabet :

Le « Fontometer » de John Boardley

En noir : Arial ; en rouge : Helvetica.

Eh oui, il suffisait d’y penser... La version actuelle de ce gadget irrésistible fonctionne de préférence sous FireFox, précise l’auteur. Mais Opera assure sans sourciller le glisser-déposer basique des images, aussi mes lecteurs savamment équipés pourront eux aussi faire mumuse :
http://ilovetypography.com/drag.html (prière d’activer Javascript).

http://ilovetypography.com/2007/10/06/arial-versus-helvetica/ | voir aussi Typo & tapuscrit

vie littéraire

L’Agence littéraire de Versailles effraie la chronique

09.10.07      Le web littéraire est en émoi après la fermeture temporaire, le 5 octobre, du blog La Lettrine animé par Anne Sophie Demonchy. Dans un billet imprudemment formulé, quoique nourri sur le fond d’informations vérifiables, l’auteur analysait les conditions proposées par l’Agence littéraire (Versailles) et émettait à son sujet les plus nettes réserves. Un des responsables de l’entreprise, Emmanuel de Magnac, semble avoir contacté à la fois la blogueuse et l’hébergeur (OverBlog) afin d’obtenir la suppression de l’article. En fait de quoi, OverBlog a coupé le site pendant une partie de la journée, le temps que le texte soit toiletté et anonymisé. On se croirait dans Brazil ! Si le papier d’Anne Sophie Demonchy comportait, mettons, un ou deux termes diffamatoire(s), il eût été bien plus judicieux de la part de l’agence — et de l’hébergeur ! — de discuter avec l’auteur ce point technique et/ou de demander un droit de réponse. L’état misérable où se trouve aujourd’hui la liberté de critique sur le Net francophone laisse pantois et le terrorisme judiciaire des industriels de la communication imprègne si profondément le réseau que notre rapport au langage est devenu lui-même un peu névrotique.

Quoi qu’il en soit, au lieu de saisir l’occasion pour éclairer les auteurs incrédules, l’agence se fait une contre-publicité bruyante. Nombre de messages enfouis dans la mémoire du Net en 2007 reflètent les interrogations formulées par Anne Sophie Demonchy et plusieurs témoignages d’auteurs reçus cette année recoupent les points qu’elle aborde. Essayons d’y voir plus clair. L’entreprise est enregistrée au 1er février 2006 sous la raison sociale Alessandrini*Andres dans la base Sirene. Tout ce que je sais d’Andres Alessandrini, c’est d’une part qu’il a proposé en 2007, à l’enseigne de l’Agence littéraire, des contrats de mission où l’on retrouve les conditions mentionnées dans l’article, d’autre part qu’il a placé un auteur chez Publibook, prestataire d’édition à compte d’auteur. Emmanuel de Magnac, intervevant de toute évidence dans la relation-clients, serait diplômé d’une école de commerce et issu du milieu de la grande distribution. Les traces laissées par cette agence dans le milieu de l’édition sont ténues.

Or, on est en droit de se demander quelles sont les références d’une entreprise d’agenting au discours commercial aussi raccrocheur, car, comme le souligne justement Anne-Sophie Demonchy, la réputation d’un agent, comme celle d’un éditeur, se fait grâce à son catalogue. Les auteurs qui se sont ouverts de leur démarche confirment que l’entreprise ne répond pas à cette question, laissant subsister un point d’interrogation abyssal.

Comme indiqué sur le site-vitrine et confirmé par une proposition de contrat émise au printemps 2007, la commission demandée est bien de 10 %, ce qui est tout à fait raisonnable dans ce type de prestation. Le hic, c’est qu’on ne peut pas en dire autant du forfait non récupérable de 900 € TTC, couvrant le travail éditorial et marketing avant l’envoi du 1er manuscrit. Cette disposition est pour le moins inusuelle dans le cadre d’une mission d’agent littéraire qui est censé se rémunérer au pourcentage sur les droits d’auteur. L’agence précise cependant que la somme forfaitaire en question n’est demandée que dans certains cas. Lesquels ? En quoi l’effort éditorial et marketing en amont ne trouve-t-il pas sa rétribution dans la commission prélevée sur les droits d’auteurs futurs ? Et surtout, sur quelle base un auteur engagerait-il un investissement aussi lourd quand il n’a, d’une part, aucune garantie de résultat, d’autre part aucune référence solide sur cette agence ? Ne paie-t-il pas déjà, comme l’indique l’article 4 du contrat, tous les frais d’envoi et de photocopie des manuscrits et des documents de présentation utilisés par l’agent ?

Extrait du contrat de l’Agence littéraire

Un dernier point attirera votre attention. Le protocole que j’ai pu examiner confie à l’agent une exclusivité totale, sur le monde entier, pour l’ensemble des formes et supports d’exploitation habituellement visés dans un contrat d’édition ou annexe (droits audiovisuels par exemple), y compris lorsque le contrat a été conclu sans intervention de l’agent : Agissant à titre exclusif (cf. 1), cette commission [de 10%] me sera également due, conclut l’article 3, sur tous les contrats signés par vous pendant la durée du présent accord qui n’auront pas été négociés par mon intermédiaire, que vous vous engagez à me communiquer et pour lesquels les règles de recouvrement et de paiement ci-dessus (cf. 2) s’appliqueront, sauf commun accord.

Comme c’est une clause juridiquement aliénante, il est tout naturel que l’on recommande aux auteurs la plus grande prudence tant que l’Agence littéraire n’aura pas fait ses preuves. Avec la casserole qu’elle vient de s’attraper dans la blogosphère, elle n’en prend pas le chemin.

Pour compléter votre information sur « l’affaire » :
      — Article relooké de « La Lettrine » (et un nouveau rebondissement ubuesque) ;
      — « Les blogs toujours sous la menace » (La Feuille) ;
      — « Couperet sur la curieuse » (F. Bon) ;
      — « Anne-Sophie Demonchy et une agence littéraire » (JPE) ;
      — « Agence littéraire : prière de se taire » (Wrath) ;
      — « Une agence littéraire fait suspendre un blog » (M. Pautrel) ;
      — « L’agence littéraire qui voulait censurer un blogue » (I. Delse).

Sujets connexes dans BlogNot ! :
      — « Une agence des droits à la hauteur ? » ;
      — « OverBlog se la joue “éditeur” »

Voir aussi 150 questions sur l’édition

édition

Guy Birenbaum chez Ramsay

08.10.07      Propulsé directeur de collection chez Ramsay, Guy Birenbaum a donc retrouvé du taf dans l’édition. On craint qu’il se heurte à la déconfiture généralisée du groupe Vilo et à la politique très full-contact de ses actionnaires, mais essayons d’y croire. Je suis juste content d’avoir un bon job avec des gens normaux [sic] et je mesure ma chance d’avoir retrouvé un boulot en 5 mois, déclarait-il dernièrement sur le DEL — zinc d’opinion qu’il a animé de février 2006 à septembre 2007 avec le succès que l’on sait et qu’il a abandonné pour Le Post (multiblogs d’actu, filiale du Monde interactif).

La relation de Guy Birenbaum avec le milieu éditorial a toujours été fracassante : directeur pendant cinq ans de la collection « Impacts » (docus, enquêtes et témoignages-chocs) chez Denoël, il cofonde en juillet 2004 les éditions Privé avec Pierre-Louis Rozynès (fraîchement débarqué de Livres hebdo) et Emmanuel Pierrat (« l’avocat » de l’édition). Ligne éditoriale : développer le livre d’investigation politique, qui n’est pas vraiment un fleuron français, sur le segment grand public. Mais dès le démarrage, il s’engueule avec P.-L. Rozynès, tandis que Pierrat doit quitter le radeau pour des raisons déontologiques. Privé se monte quand même avec l’aide financière et la logistique marketing de Michel Lafon (l’éditeur des stars) et publiera une quinzaine de titres annuels. Le jeune éditeur va passer ensuite le plus clair de son temps, malgré quelques succès de librairie, à éponger le coût judiciaire de son industrie... Dénouement logique : Michel Lafon reprend « l’affaire » (en mai 2007).

La proximité Lafon / Ramsay explique sans doute le rebond de Birenbaum dans cette maison fondée par Jean-Pierre Ramsay au milieu des années 70. Si elle jouit d’une bonne image dans le secteur du beau-livre et du septième art, une malheureuse réputation de « faillitiste » la poursuit depuis une vingtaine d’années ! L’histoire administrative de la maison et de son voisinage suffira à vous édifier : en 1982 (année de publication de La Bicyclette bleue, best-seller de Régine Deforges), Gaumont prend le contrôle de Ramsay tandis que l’éditeur-fondateur se retire sur la pointe de pieds. Fin 1988, Gaumont cède la boutique à R. Deforges, laquelle va endurer la célèbre et haletante saga judiciaire initiée contre sa Bicylette par Margaret Mitchell — hurlant au plagiat d’Autant en emporte le vent (1).

(1) Après un premier jugement du TGI de Paris (1989), puis un jugement contradictoire en appel (1990), puis une autre décision contradictoire en cassation (1992), la cour d’appel de Versailles conclura en 1993 : « ressemblances non constitutives de contrefaçon ».

C’est dans ce contexte que survient le premier dépôt de bilan de Ramsay / Deforges en 1992, suivi d’une mise en liquidation en fin d’année. Franck Spengler (fils de Régine Deforges et donc patron de Ramsay) ne tarde pas à larguer les amarres pour créer sa boîte, cependant que Michel Lafon, toujours lui, récupère le bébé. En août 1998, Ramsay est mis en redressement judiciaire (les mémoires de Danielle Mitterrand ont fait un bide) ; en octobre c’est au tour du groupe Michel Lafon. Le mois suivant, le groupe Vilo — éditeur-diffuseur-distributeur-prédateur, flirtant lui-même avec la faillite depuis sa première cessation de paiement en 1993 — reprend Ramsay. Vous me suivez encore ? À l’automne 2003, quelques mois après le rachat de Vilo par Marc Eisenberg (Alma Consulting), Vilo Distribution (dirigé alors par Patrick Arfi) dépose son bilan, puis est placé en redressement simplifié, entraînant dans sa chute le dépôt de bilan de ses filiales d’édition. C’est le fameux clash de janvier 2004 : noyade d’une kyrielle d’éditeurs du secteur beau-livre (50 maisons « indépendantes » étaient distribuées par le groupe), dont Ramsay. Redressement judiciaire, plan de cession et nouvelle reprise de Vilo par les industriels qui passent par là : Dominique Stagliano, pdg du groupe d’imprimerie Horizon (associé à Cesco), Michel Scotto, créateur de la marque de chaussures San Marina. Ils se partageront le soufflé, d’abord à 50/50, au sein de la société Nouvelle Édition Vilo (2).

(2) Est associé à cette reprise l’homme d’affaires parisien Patrick Gétreide.

En 2007, la situation n’est pas brillante : après des péripéties que je vous épargne pour ne pas abuser du comique de répétition, le groupe Vilo est à 90 % entre les pieds de Michel Scotto. Au printemps, Antoine de Gaudemar (transfuge de Libération) est bombardé directeur éditorial mais parachuté quelques mois plus tard à cause de résultats financiers moins satisfaisants que prévus (Le Monde, 21/09/07). Peu avant son départ, la directrice générale du groupe Sylvie Bezançon — responsable d’un rude dégraissage chez Ramsay — avait également plié ses bagages tandis que Dominique Stagliano (pdg) était éjecté définitivement à l’issue d’un conseil d’administration (Livres hebdo du 19/09/07). Ce grand lessivage d’automne fait suite à l’ouverture, par le Parquet de Paris, d’une enquête préliminaire sur le financement du groupe Vilo. Selon Capital (12/07/07), le service anti-blanchiment de Bercy (Tracfin) venait de découvrir qu’une société libanaise a transféré à Vilo, depuis des comptes au Luxembourg, une somme de plusieurs millions d’euros pour une augmentation de capital qui n’a pas encore eu lieu. On apprend par ailleurs qu’André Versaille, créateur des éditions Complexe (filiale du groupe), ne se contente pas de claquer la porte : il traîne Vilo devant les tribunaux et obtient dans un premier temps la saisie conservatoire de ses locaux à Bruxelles.

Enfin bref, le scénario de 2004 semble se reproduire à l’identique : les éditeurs écœurés quittent Vilo et les auteurs mettent leur mouchoir par-dessus. C’est ainsi que le destin de Ramsay est pris dans le double engrenage de ses propres faillites et des soubresauts de son vaisseau amiral, piloté par des champions olympiques de la liquidation / reprise. Ce que la presse financière ne nous dit pas, c’est le nombre de bouquins et d’auteurs sacrifiés, depuis tant d’années, par ce jeu de dominos. Quand on sait que 75 % des liquidations judiciaires se terminent en fond de cale sans un euro à répartir, on se dit qu’elle doit être liturgique, la liste des ex-auteurs Ramsay devenus créanciers à vie.

Souhaitons bon courage à Guy Birenbaum parmi ces gens normaux !

http://www.lepost.fr/perso/birenbaum/ | voir aussi 150 questions sur l’édition

typographie

Le trait d’union est-il sémantiquement sécable ?

04.10.07      Si nous adorons la Liste Typo, c’est assurément pour ses querelles d’enculeurs de mouches. Fin septembre, on a été servis :

Dans la phrase « au Proche et Moyen-Orient », mettriez-vous un trait d’union à « Proche- » ?

Pour Didier Pemerle, la solution adoptée par la majorité des préparateurs de copie est : « au Proche- et au Moyen-Orient », ce qui provoque aussitôt quelques récriminations. Les uns protestent que la liaison étant déjà matérialisée par la conjonction et, le trait d’union devient « redondant »(1). Jean-Michel Paris estime pour sa part que l’abréviation du terme Proche-Orient est d’emblée abusive et ajoute :  Tenter d’éviter l’ambiguïté par le signe d’une hypothétique union avec le néant ne [me] plaît pas ; dans le présent cas cela m’apparaît par surcroît rébarbatif. Si une telle aberration devait subsister, ne devrait-on pas, alors, écrire “aux Proche et Moyen-Orient” ?

(1) Si vous voulez mon avis, cet argument n’est pas pertinent car la liaison opérée par le trait d’union et celle opérée par le et ne sont pas du tout de même nature, comme on va tenter de l’expliquer plus bas...

Mais l’intervention de J.-M. Paris détourne la question car il ne s’agit pas de savoir si l’abréviation de Proche-Orient par l’ellipse de Orient est « abusive », mais de proposer une solution typographique acceptable une fois que cette ellipse, au demeurant très courante, est commise par l’auteur(2).

(2) Parallèlement, la proposition d’écriture aux Proche et Moyen-Orient (avec aux pluriel) appelle une observation : la conjonction et n’est pas nécessairement additive au sens numérique du terme. En l’occurrence, le Moyen-Orient (Middle East) est une région plus vaste qui « inclut » le Proche-Orient (Near East), tant et si bien que l’intention de l’auteur pourrait être d’embrasser la zone par extension : « au Proche(-) et [même jusqu’au] Moyen-Orient ». Dans ce cas, le pluriel aux n’a rien d’impératif.

D. Pemerle répond à ses détracteurs que le trait d’union ne peut être matérialisé que par le trait d’union. Or, poursuit-il, il ne s’agit pas du Proche Orient opposé au Lointain Orient, mais de la région dit Proche-Orient, avec la div[ision] qui signale, par convention, que c’est une région très géographique. Je ne souscris pas à la dernière partie de cet argument qui restreint inutilement la portée du trait d’union au signal géographique, mais voyons d’abord comment Armelle Domenach s’en empare : La capitale à Proche ne suffirait-elle pas pour indiquer qu’il s’agit d’une région “très géographique” associée à Moyen-Orient qui suit ? Serge Bourdin rebondit : [Le Proche-Orient et le Moyen-Orient] sont deux “entités géographiques” : écririez-vous “les Amériques du Nord et du Sud” ?

Personnellement, j’écrirais très volontiers les Amériques du Nord et du Sud si je souhaitais désigner les deux masses continentales(3), mais il me semble que la factorisation du mot Orient ne constitue décidément pas le nœud de ce débat, qui tourne en fait autour du malaise créé par le trait d’union derrière Proche-.

(3) Le pluriel Amériques est largement attesté par l’usage (Observatoire des Amériques, Zone de livre-échange des Amériques...), on le trouve notamment en titre de rubrique dans Courrier international, dans l’encyclopédie Universalis, etc.

Et peut-être même, comme le pressent finalement Didier Pemerle, qu’il n’est pas nécessaire d’invoquer la toponymie pour lever le malaise. Il y a quelque chose dans cette histoire qui réside dans le trait d’union lui-même, un signe dont on a tendance à négliger l’énergie sémantique :

Je ne comprends pas cette obligation de ne pas conserver la div[ision]. Pour moi, c’est un signe à part entière et je ne vois pas pourquoi il faudrait le faire disparaître comme un petit truc inutile quand il ne se trouve pas au contact d’une autre chaîne de caractères. « Proche-Orient » et « Moyen-Orient » sont deux mots, deux unités, pas deux adjectifs, et qui ont un substantif en commun. La div[ision] est, ici, l’endroit où, en quelque sorte, le mot est précassé [...] Donc, de manière tout à fait normale, sans sortir d’aucune règle, sans rien transgresser, on peut opérer la « mise en facteur » [...] Et, au fond, qu’il s’agisse d’une région, qu’il y ait des capitales, ne change rien — en effet. Donc, « le Proche- et le Moyen-Orient ».

Et là, quand on tire le fil, on ne tarde pas à s’apercevoir que la réflexion de D. Pemerle est truffée de ramifications.

Le trait d’union est connu pour marquer le figement lexical des mots composés (chef-d’œuvre, court-bouillon, avant-hier, va-et-vient). La dynamique naturelle de la langue est de concaténer les syntagmes (survêtement) et le trait d’union intervient comme une sorte de joint de culasse (sous-vêtement) lorsqu’un raccord invisible poserait problème (°sousvêtement). Sans être un expert de ces questions, j’imagine qu’il est pratiquement impossible d’expliquer pourquoi certaines locutions (suites de mots figées lexicalement) basculent dans l’univers des composés (c’est-à-dire, tête-de-Maure) alors que d’autres restent en staccato (tout à fait, chemin de fer). On prétend que cela dépend du degré de figement de l’entité lexicale, ce qui revient à mesurer la capacité ou l’incapacité du locuteur à analyser ses constituants sémantiques. Ainsi, la soudure des mots tend à se rigidifier (concaténation ou trait d’union) lorsque le sens de l’expression devient indécomposable : un cordon-bleu n’est pas un cordon bleu alors qu’un chemin de fer serait encore — jusqu’à un certain point ! — analysable comme un chemin (de fer).

Reste que cette théorie est prise en défaut plus souvent qu’à son tour. Le résidu descriptif d’un mot comme arc-en-ciel semble au moins aussi net, sinon plus, que celui de chemin de fer. En fait, un paquet d’autres facteurs morphologiques ou grammaticaux infléchissent la loi intuitée par les lexicologues. C’est ainsi que les locutions nominales se sédimentent plus facilement (un tête-à-tête), histoire de fixer un bloc substantif tout opérationnel (déterminable, qualifiable, référentiel), tandis que sur le même exemple, mais en emploi adverbial, l’usage tolère encore la forme détachée : discuter en tête à tête. La consolidation du nominal est à ce point instinctive qu’elle conduit à des abus d’écriture tels que °compte-rendu, cependant que personne ne songerait à écrire °rendre-compte pour rendre compte, qui est pourtant la locution verbale sous-jacente. Incidemment, on observera que la présence ou l’absence du trait d’union n’est pas neutre sur le terrain sémantique et peut même devenir décisive : il partira après demain n’énonce pas la même chose que il partira après-demain.

Le cas des noms propres composés est peut-être plus facile d’approche : il y a comme une nécessité de priver leurs composants d’autonomie sémantique. Cela tient au fait que le nom propre est une appellation conventionnelle qui désigne son objet plutôt par référence que par signification. La plupart du temps, d’ailleurs, la voie « signifiante » ne peut pas être empruntée : des mots comme Félix, Napoléon ou Colorado — même si l’onomastique est capable d’en déterrer les étymons — ne font que convoquer un référent, exclusif de signifié. Mais la toponymie est plus capricieuse, compte tenu des nombreuses alluvions sémantiques qu’elle charrie : l’Amérique du Sud renvoie bel et bien au sud de l’entité Amérique et la Côte d’Azur désigne bel et bien une région côtière qui cultive quelque rapport métaphorique avec l’azur. C’est justement lorsque l’usage choisit d’inhiber ce canal sémantique (soit pour désambiguïser la lecture, soit parce que l’hypothèse descriptive n’est plus « tenable ») que les traits d’union arrivent à la rescousse.

Voilà sans doute une des explications de la règle typographique qui veut qu’on écrive l’église Notre-Dame de Lourdes (à Lourdes) et l’église Notre-Dame-de-Lourdes (à Paris) : les traits d’union supplémentaires de la seconde expression repoussent clairement le décodage syntagmatique qui, en l’espèce, serait invalide. Quant au trait d’union commun entre Notre et Dame, il s’impose à tous points de vue puisqu’il existe dans la dénomination originelle (Notre-Dame = la Vierge Marie), dénomination elle-même construite sur un figement notre + dame qui n’a pas connu le même destin morphologique que ma + dame. Remarquez que la fonction de nom propre joue un rôle majeur dans cette affaire. La langue n’a pas eu grand-peine à concaténer ma•dame, mon•sieur, etc., mais les majuscules solennelles de Notre Dame, évidemment focalisées sur le second terme, rendent la fusion °Notredame inenvisageable. Dans une telle situation, le trait d’union officie à la fois comme joint et comme agent conservateur de la majuscule à laquelle on n’a pu renoncer — Notre-Dame(4) — sachant que notre lexique est par ailleurs allergique à la casse « chameau » : °NotreDame.

(4) Purement empirique — j’en conviens volontiers — ma thèse laisse dans l’obscurité de nombreux mystères. Par exemple, l’absence de trait d’union dans la locution Notre Père employée substantivement (dire un Notre Père)...

Pour en revenir à la Méditerranée, c’est donc le bien-fondé de la description Côte d’Azur qui, peu ou prou, expliquerait l’absence de figement par trait d’union. La Côte d’Azur est une côte (peut encore se voir comme telle), alors que la Côte-d’Ivoire est un « pays d’Afrique occidentale baigné par le golfe de Guinée » (Petit Robert des noms propres). La dimension côtière et ivoirine (sémantique) est supplantée par la dénomination pure. On trouve sur la même page du dictionnaire une dichotomie encore plus frappante :

Côte d’Or (n. f.) — Rebord oriental des plateaux bourguignons...

Côte-d’Or (n. f.) — Département du Centre-Est de la France...

Le trait d’union n’est donc pas seulement la marque ostensible d’un figement lexical. Il marque également la distance institutionnelle que prend l’expression composée vis-à-vis de ses constituants. Il « cadenasse » l’expression de façon à en imposer une lecture globale et asémantique (c’est particulièrement perceptible dans le cas des noms propres). On pourrait dire dans ce contexte, en exagérant un chouia, que le trait d’union est sémantiquement insécable. Et c’est précisément ce qui crée un dilemme lorsque l’auteur prend la liberté de factoriser un constituant dans des formules telles que « Proche(-) et Moyen-Orient ». La dimension descriptive (proche / moyen) a été effacée (abolie ?) par le trait d’union afin de consacrer deux appellations rigides : Proche-Orient et Moyen-Orient.

Le dilemme que pose la factorisation présente des graduations intéressantes. Aucune difficulté n’affleure quand la structure est purement descriptive (sans trait d’union, donc) : les Pyrénées orientales et occidentales. Ici, le détachement des adjectifs s’opère très naturellement, sous réserve de ne pas violer les lois de conservation de la locution d’origine : « ?J’adore les Pyrénées, surtout les orientales et les occidentales ». Puis, l’apparition du trait d’union dans une structure adjectif-nom n’introduira quelquefois qu’une infime nuance métaphorique ou métonymique (comparez court-circuit et court métrage, haut-fond et haut fourneau), de telle sorte que la contribution de l’adjectif reste facilement analysable malgré la sédimentation. On le voit dans d’innombrables appellations géographiques forgées sur le modèle de Haute-Normandie / Basse-Normandie. Ici, la factorisation ne choquera que les lecteurs les plus sévères :  ?la Haute et la Basse-Normandie. Ressentez-vous la nécessité d’écrire Haute- avec un trait d’union ? Moi pas. Une petite voix me dit que la part descriptive (haute vs basse) est restée suffisamment vivace pour que la décomposition soit possible sans artifice particulier, en dépit de l’usage réglementaire du trait d’union dans la forme complète.

Ce qui choque dans  ?Proche et Moyen-Orient, c’est peut-être que le proche et le moyen ne sont pas aussi lisibles que le haut et le bas. Le Proche-Orient est réellement figé dans sa forme parce qu’on ne peut plus véritablement l’interpréter comme un Orient proche : la désignation supplante à tel point la signification que le sédiment s’est complètement cristallisé. Ainsi, l’auteur qui recourt à l’ellipse du mot Orient n’en factorise pas le sens (comme dans Haute et Basse-Normandie), il en factorise seulement la forme graphique ou acoustique(5).

(5) Un peu comme dans l’énigme : « Remplacez les points de suspension : Il y a deux VER... sur la table, un ver de terre et un verre de vin. »

Alors, la tentation est beaucoup plus forte de conserver le trait d’union, indice de pétrification, quitte à le laisser « dans le vide » :  ?le Proche- et Moyen-Orient. Une fois encore, le signe tend à limiter toute tentative d’interprétation de l’adjectif proche et commande au lecteur d’attendre le terme manquant pour reconstituer, rétrospectivement, l’unité lexicale. Notez que les noms communs fournissent des exemples similaires, et que l’on abordera sans doute avec le même degré d’incertitude :

      — des avions long(-) et moyen-courriers ;

      — mes grands(-) et arrière-grands-parents ;

      — le théâtre d’avant(-) et d’arrière-garde(s).

C’était bien la peine d’aller jusqu’au Levant pour se crêper ainsi le trait d’union.

http://listes.irisa.fr/sympa/info/typographie | voir aussi Typo & Tapuscrit

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Mexican Institute of Sound

MIS : Pinata 02.10.07      Une douce euphorie pasticheuse se dégage de l’album Pinata signé (singé ?) par Mexican Institute of Sound (MIS), pseudo groupe underground de Mexico City. L’entité, unipersonnelle, est dirigée par Camilo Lara, un adepte de cumbia (la folk dance latino) et d’electro-cha-cha-cha. Aurgasm est évidemment tombé sur cet ovni et nous livrait en septembre deux morceaux cadeaux : « El Microfono » et « A Girl Like You ». Rigolards, inventifs et pleins de ces petits bricolages maîtrisés qu’on ne trouve plus dans les studios plaqués velours. Et c’est seulement maintenant que je vous le dis ? Bé ouais...

http://www.myspace.com/mexicaninstituteofsound | http://aurgasm.us/2007/09/mexican-institute-of-sound/

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