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31-10-06 (édito du 1er oct.) 150 questions sur l’édition, édité par L’Oie Plate sous forme palpable, est désormais diffusé au format e-book chez Numilog. J’exauce ici le vœu d’un intervenant de la FAQ édition qui réclamait à cor et à cri une mouture PDF de mon « antisèche ». J’espère ne pas avoir œuvré pour lui seul ! 150 questions sur l’édition (version ebook) n’est pas un vulgaire copier-coller du papier vers le pixel. J’ai cherché à exploiter tout le potentiel hypermédia de mon nouveau support : format écran, signets hiérarchisés, hyperliens, barre de navigation, infographies interactives... Vous voulez voir à quoi ça ressemble ? Petite vidéo artisanale en Flash (3,8 Mo).
/autret/150q-ebook/demo/ | voir aussi 150 questions sur l’édition (le livre)31-10-06 Le 22 octobre 2006, à 12:05:35 +0200, le jeune écrivain Christophe Spielberger — je dis « jeune » parce qu’il a mon âge — expédiait à ses abonnés électroniques un billet cathartique dont je vous tire quelques lignes :
Le dernier éditeur auquel je croyais encore vient de rendre son verdict. Cela résume bien ce que l’on a dit de mes manuscrits depuis toutes ces années. [...] Je devrais être au trente-sixième dessous, je devrais avoir besoin d’un clope (ça fait quatre mois que j’ai arrêté), je devrais hurler dans la rue : si je suis au bord de tout cela, en vérité il n’en sera rien.
Car vous savez quoi ? Quelque part, c’est un soulagement. J’avais depuis longtemps anticipé cet ultime refus, tant il était prévisible, dans l’air du temps, dans le consensus mou. [...] La plupart des éditeurs a toujours méprisé mon travail, et les fois où ils m’ont publié, ils n’ont pas compris quel traitement particulier il convenait d’en faire, quelle priorité il aurait été nécessaire de lui accorder. [...] Je ne ferai jamais l’unanimité en comité de lecture, et j’en suis fier.
Attention, scoop : dans le monde où nous vivons, tout n’est que basses manœuvres et petites négociations, copinage et autres concours de belle gueule. Je ne jouerais jamais à ces jeux-là, et quelque part, c’est bien entendu un miracle si quatre de mes livres ont jamais vu le jour. Alors quand même, merci pour eux. [...]
Qui d’entre vous n’a jamais signé pareil factum, au moins en substance, au moins en pensée ?
Je ne connais pas précisément Christophe. Ce n’est pas un « pote à moi » dont j’essaierais de plaider la cause ou d’embaumer la plaie. Par deux ou trois occasions, j’ai eu l’heur de le croiser sur les inforoutes. Une interview dans Ecrire&Editer après la publication au Seuil de son roman Touché ! De stimulantes discussions nocturnes au « salon » PlanetExpo.fr (il y a quelques années, avant que le serveur entre en aphasie). On sent chez cet auteur à la fois un paquet de tripes et une pente méticuleuse dans tout ce qu’il confectionne. Je me demande d’ailleurs comment il est possible que Spielberger n’ait pas fini par rencontrer un éditeur tel que Jacques du Pasquier (Hache), ou alors comment ils ont fait pour ne pas se rencontrer par cette rencontre...
Simplement bon voilà. La colère d’être certain qu’on a du talent, la solitude inhumaine de l’auteur — même confirmé par quatre publications non négligeables — aux portes des comités de lecture, la rage de tourner le dos au système, ça ouvre un précipice universel. Un obscur climax. Que font les auteurs de cette colère, de cette arrogance désespérée qui perce parfois sous le constat ? Comment la transforment-ils ?
Combien d’entre eux ont ruminé, fulminé, abandonné, avant de réussir ?
Et d’ailleurs réussir quoi ? Où en est-on aujourd’hui du sentiment de consécration par le support ou par les médias « verticaux » ? La saison est propice à observer ces granzéditeurs, ces jurés de prix littéraires, ces éditorialistes artificieux et ces vieilles peaux du Femina. On dirait Que la fête commence de Tavernier, vous ne trouvez pas ? Les puissants effluves de la décadence, les édentés de « Mort à Venise », l’harassant carnaval des vieux beaux et des jeunes imposteurs.
Et pourtant, n’oublions pas que l’immense majorité des éditeurs continue d’avancer loin des confettis. Par résignation, ou même par conviction ! Combien d’entre eux ont ruminé, fulminé, abandonné, avant de réussir ?
Le plus dur, en somme, c’est d’accepter de réussir autrement. Intellectuellement pas de problème, parce qu’on sait bien dans son for que les médias royalistes (la presse, la télé, tout ça) sont biologiquement morts — il va juste falloir attendre une quinzaine d’années pour que la société intègre le faire-part. Non, l’obstacle, c’est le fantasme persistant de la consécration à l’ancienne. On le trouvera encore longtemps chez les écrivains les plus lucides. C’est un truc qu’ils ont au fond de leurs entrailles, un dopant complètement assimilé qui fait partie de leur esthétique : ils veulent danser sous les confettis avec les édentés de « Mort à Venise ». Ah ! la vie d’artiste, je vous jure !
http://spielberger.free.fr/30.10.06 Je sais que ça va vous sembler irrecevable, mais je n’ai pas en magasin de solution intégrée pour créer des codes-barres vectoriels propres et sans bavure, adaptés à la PAO professionnelle. Bizarre qu’un truc aussi évident ne me soit jamais tombé sous la main — et pourtant les réclames commerciales ne manquent pas sur Internet. Il y a bien le superbe script InDesign proposé par Mariusz Sobolewski, mais ma hantise du télépaiement et une certaine paresse à consommer me privent pour l’instant de ce petit bijou. Alors doncques, comment fabriqué-je les codes-barres des livres dont je compose la couverture ?
Je crois tenir la méthode la plus acrobatique jamais imaginée pour parvenir à cette fin — mais si vous avez plus tordu je suis preneur ! En gros, l’objectif est de produire (à partir de l’immatriculation EAN) un code-barres vectoriel de qualité absolu, librement manipulable sous InDesign. Les gratuiciels que j’ai pu tester jusqu’alors se contentent de créer une image bitmap d’assez petites dimensions, inexploitable en pré-presse. Cependant, un code-barres étant un objet graphique composé exclusivement de rectangles mutuellement proportionnés, je me suis dit qu’il devait y avoir un moyen d’agrandir ces petites images sans générer de flou par anti-aliasing, puis d’opérer un traitement ad hoc.
Mon plan de bataille consiste en effet à utiliser la fonction « Convertir (une sélection) en tracé » de Photoshop (celle-ci réclame une résolution optimale de la sélection), puis à basculer le tracé dans Illustrator pour ensuite le récupérer dans InDesign (le copier-coller de Photoshop vers InDesign ne semble pas fonctionner pour les tracés, pour l’instant...). En résulte le protocole suivant :
1) Lancez par exemple le freeware AxelCodBar pour transformer l’EAN13 en code-barres bitmap. Copiez l’image dans le presse-papier.
2) Lancez Photoshop, créez un nouveau document bitmap (pas en niveaux de gris !) et collez l’image. Vous récupérez alors un truc minable d’une centaine de pixels au carré...
3) Redimensionnez l’image (Image › Taille de l’image...) à 500 % environ en conservant les proportions. Si vous aviez fait la même manip sur un document en niveaux de gris, le redimensionnement aurait généré un anti-aliasing indésirable (v. figure ci-dessous). Là est tout notre génie !

4) Supprimez les chiffres affichés sous le code-barres : vous les recomposerez proprement avec InDesign, ici messieurs-dames on ne s’intéresse qu’aux barres !
5) Passez à présent le document en niveaux de gris (Image › Mode › Niveaux de gris) afin de sélectionner la plage noire (Sélection › Plage de couleurs).
6) Ouvrez la palette Tracés et convertissez la sélection en tracé. Si vous avez redimensionné assez généreusement l’image à l’étape 3, les rectangles seront idoinement reconnus par le moteur de tracé :

7) Activez le tracé et faites-en une zolie copie (Édition › Copier) vers le presse-papelard.
8) Lancez Illustrator avec un nouveau document, puis collez le tracé (optez ici pour « Tracé transparent »).
9) En gardant le groupe de rectangles sélectionné, appliquez un noir 100 % au fond pour reconstituer le code-barres. Cette fois c’est un objet vectoriel !
10) Avant de le copier pour basculer vers InDesign, vérifiez dans Illustrator, rubrique Édition › Préférences > Gestion des fichiers et presse-papier, que les options « Enregistrer une copie sous PDF » et « AICB Conserver les tracés » sont cochées. Faites alors la copie.
11) Lancez InDesign, ouvrez votre document de travail, et collez le code-barres. Si l’option « Préférer le PDF au collage » est désactivée dans Édition › Préférences › Général, vous recueillez normalement un groupe de purs objets polygonaux estampillés InDesign (solution habituellement préférable). Sinon c’est une image vectorielle incorporée (moins malléable).
Il vous reste à ajuster l’objet aux dimensions voulues et à composer les chiffres de l’EAN dans votre police préférée. Aucun risque de perte de qualité (il n’y a aucune image sous-jacente !), et vous pouvez même assigner à vos barreaux une couleur « chartée » par votre client...
Onze étapes, qui dit mieux ?
voir aussi InDiScripts28.10.06 Allez, pour la route, un petit kikadikoi que m’inspire une brève du dernier bulletin du Snac. La citation dont vous cherchez l’auteur a paru dans l’édito du 15/07/06 du magazine Billboard, le baromètre mondial du marché musical :
Les sociétés d’auteurs ne jouissent pas des faveurs de l’opinion publique. Elles sont souvent présentées comme des monopoles archaïques et anonymes agissant à l’encontre des intérêts des consommateurs et des auteurs eux-mêmes. Tout cela est faux et trahit complètement la vérité. Les sociétés d’auteurs européennes sont des associations à but non lucratif créées par les auteurs, les compositeurs et les éditeurs qui sont leurs membres et pour gérer leurs droits. Comment ces sociétés d’auteurs pourraient-elles être appréciées des grands groupes de radiodiffusion et des utilisateurs de musique, dont le principal objectif est de réduire leurs “dépenses” et qui ne considèrent les droits d’auteurs que comme un coût ? Lors de l’Audition à Bruxelles, il est apparu très clairement que leur but est de “dévaluer” le droit d’auteur afin de satisfaire leurs actionnaires. En revanche, nul n’a compris ce que les consommateurs et les auteurs pourraient avoir à y gagner...
Ces propos à contre-courant du libéralisme ambiant — traduction complète sur le site de la Cisac — sont signés Robin Gibb, interprète et membre fondateur des Bee Gees. Avec quelques autres, il s’attaque à la dernière trouvaille de la Commission européenne pour faire baisser les licences de la musique en ligne : appliquer les règles de la concurrence aux sociétés de gestion collective ! Ce dossier sans précédent est suivi de près par la Cisac, Confédération internationale des sociétés d’auteurs et de compositeurs, auditionnée cet été par Bruxelles après la mise en cause judiciaire des « accords de représentation réciproque entre les sociétés d’auteurs ». Ces accords visent à encadrer l’utilisation du répertoire international par diffusion câblée, satellitaire ou Internet. L’affaire est complexe mais on voit bien le symptôme : les groupes de diffusion commencent à pressurer la Commission européenne pour ouvrir — de leur côté ! — la boîte de Pandore.
Il serait bien dans l’air du temps que les plaignants obtiennent gain de cause (i.e. mettre en compétition « commerciale » les sociétés de gestion collective pour réduire le coût des concessions). Les groupes multimédias ont cadenassé leurs intérêts avec DADVSI, l’étape suivante est de fissurer progressivement ceux des auteurs... La plus grosse escroquerie dialectique des années 00 aura alors parfaitement prospéré, sous le couvert de défendre la propriété intellectuelle.
http://www.cisac.org | voir aussi http://www.snac.fr
24.10.06 Le bootlegger Divide & Create — déjà salué dans BlogNot ! — vient de poster un méta-mix rassemblant quelques-uns de ses mash-ups préférés. « The Crush mix » (22’37, 192 Kbps, 32 Mo) enquille dans un seul mouvement les principales influences de ce DJ suédois, qui fait feu de tout bois en puisant surtout dans les fagots pop rock & new wave des années 80 (Depeche Mode, U2, Van Halen, Eurythmics, Springsteen, ZZ Top, Bush, New Order, Yazoo, etc.), revus et corrigés à travers Placebo, Cold Cut ou Basement Jaxx. Parmi les mariages décoiffants : Franz Ferdinand « Jacqueline » vs Eurythmics « Sweet Dreams » (un standard), Eagles « Hotel California » vs Genesis « I can’t dance » (il faut l’entendre pour le croire !), U2 « With or without you » vs Willie Nelson « Always on my mind » avec les percées scratchy de « Pump up the volume » (MARRS). Le meilleur de D&K en vingt minutes, qui illustre ici à merveille son génial apophtegme : diviser pour créer.
21.10.06 Titre bidon pour signaler aux malvoyants un blog d’humeur saumâtre et de grande tenue, plébiscité un peu partout mais ce n’est pas une raison pour bouder l’excellence. On se pâmait il y a encore un an devant trois ou quatre merveilles post-situ de la blogosphère, aujourd’hui les blogs qui déchirent se comptent par hordes, le style des uns ayant catalysé celui des autres selon une dynamique abyssale, tant et si bien que les choix binaires qui avaient cours au moment de la ruée vers l’or (être pro ou anti-Le Meur, être geek-fun ou politic-warrior, etc.) se sont effacés devant le souverain arbitrage du style et du contenu d’un espace d’écriture. C’est ainsi que les grands graphomanes ont surgi. Et conquis leurs épithètes : l’époustouflant Mikael Hirsch, l’intarissable Pierre Assouline, l’insubmersible Laurent Gloaguen, le fourmillant Frédéric Ploton... La liste n’est pas près de s’éteindre mais j’y ajoute dare-dare Monsieur LeChieur, qui apporte à l’édifice une voûte, un balcon, pas tant sur l’art de maugréer que sur celui de découper, souvent en quelques mots, les travers de notre médialand et ses micro-réalités pittoresques. Et le fait est — puisqu’il faut un alibi pour signaler nos sympathies — que Monsieur LeChieur, jusqu’alors pigiste dans un journal à emballer les poissons qui [lui] fournissait 50 % de [s]es (maigres) revenus
, vient de libérer son employeur. C’est funeste de s’éloigner ainsi du terreau car sous la plume du blogueur, la chronique du journalisme ordinaire nous régalait : cf. « Je relis Libé », « Lisez crétin ! », « Jouons un peu avec nos amis les journalistes », « Histoire d’Henri Pierné », etc. S’il est vrai que nous n’apprécions vraiment un blog qu’à l’aune de notre addiction, je dirai que celui-ci fait mouche avant la piqûre. Vérifiez par vous-mêmes :
20.10.06 De même qu’on trouve des « assureurs militants » (ou se décrivant tels), voici venue l’agence littéraire militante, un pari culotté lancé par François Vignes(1) à la fin du mois de septembre. Culotté à double titre. D’abord parce qu’en dehors des agents littéraires installés tels que Samuelson ou Susanna Lea, les professionnels de l’agenting se heurtent depuis longtemps au mur de la « culture » éditoriale française, figée dans une posture patriarcale et résistant à toute interface (modèle anglo-saxon) entre l’auteur et l’éditeur(2). C’est ainsi que plusieurs initiatives esquissées ces dix dernières années (LesAuteurs.com de Régis Clinquart, Premières impressions de Pascal Jourdana...) se sont aussitôt fracassées contre le marbre germanopratin. Ensuite — et ça ne va pas simplifier la vie de son fondateur ! — l’agence Des Droits à la Hauteur prône la défense des auteurs avec le franc-parler du libéralisme, ce qui va probablement déclencher quelques poussées d’urticaire dans le camp des éditeurs.
(1) Un autre François Vignes est connu au Cherche-midi pour ses Compagnons du Verre à soif, mais c’est un homonyme. (2) Cf. « L’agent gaulois, mythe ou réalité ? », in Ecrire&Editer 39, août 2002, p. 25 à 36, et notamment l’interview de Paul Otchakovski-Laurens : « Je suis fortement opposé aux agents qui veulent interférer dans les rapports entre les auteurs et les éditeurs en France [...] parce qu’on connaît la faiblesse des marges de l’édition française... »Dans le registre du poil-à-gratter, un seul exemple suffira : L’agence “Des Droits à la Hauteur” invite et incite désormais TOUS les auteurs français (et étrangers), que vous soyez sous contrat avec notre agence ou non, à refuser de céder les droits [de traduction], à rester propriétaire de ces droits, et à concéder un pourcentage à votre maison d’édition, sur les droits perçus par la vente ou le paiement des droits d’auteur. Nous vous invitons, donc, sur ce point, à renverser les conditions, les perspectives.
(billet publié le 12/10 sur le blog de l’agence)
On comprend que François Vignes souhaite bousculer ici l’atavisme du contrat d’édition, encore que la cession des droits étrangers ne soit pas forcément la clause la plus aliénante des contrats types, car le problème se pose également pour les autres droits annexes ou dérivés (sans parler du scandaleux contrat séparé mais quasi automatique visant la cession des droits audiovisuels). La spoliation fondamentale reste quand même la durée de cession primaire, sa contrepartie misérable et les multiples défaillances de reddition des comptes.
Pour l’heure, m’explique François Vignes, les éditeurs français sont comme des seigneurs qui gèrent les affaires de leur domaine en toute tranquillité. L’agence, le travail des agents, vont venir perturber cette “mer de la tranquillité”.
Mais l’agitateur des Droits à la Hauteur sait qu’il aura du fil à retordre. Sa politique de passage en force semble s’appuyer sur deux axes. Le premier coule de source : ne pas se laisser hypnotiser par Saint-Germain-des-Prés et ses quelques gloires
, scruter le vaste monde des auteurs français
au-delà du roman, fourgonner du côté des savants, des philosophes, des juristes, des bédéastes... Second axe, amorcer la pompe avec des auteurs confirmés, ceux avec lesquels les éditeurs ne peuvent se permettre de se fâcher
. Pour François Vignes, certains de ces auteurs ont intérêt à utiliser les services d’une agence, que ce soit pour se délester de problèmes de gestion, mais aussi et surtout pour récupérer des fonds qui ne leur ont pas été versés
.
Alors, exit le défrichage de manuscrits ? Nous ne privilégions [ni n’excluons] aucune démarche en particulier parmi le panel des services d’une agence littéraire. Il s’agit autant d’aider des auteurs confirmés à optimiser leurs revenus de droits d’auteur (notamment sur les droits étrangers) que de placer des manuscrits et des auteurs...
Reste que l’angle le plus explicite pour le moment est la volonté d’en découdre — y compris sur le terrain judiciaire — avec les éditeurs mauvais payeurs : débloquer des litiges, recouvrer des droits non perçus, assainir le traitement des droits étrangers, engager les procédures nécessaires. Au chapitre toujours très opaque du contrôle de la reddition des comptes, François Vignes m’annonce une solution technique et novatrice pour que le système économique de l’édition française devienne honnête pour les auteurs
, mais je n’ai pas réussi à en savoir plus...
J’avoue qu’il est difficile de cerner aujourd’hui les atouts de cette nouvelle agence, notamment sa puissance de frappe dans les négociations contractuelles. François Vignes s’en tient à l’intention évidente d’augmenter les droits d’auteur proportionnels (il observe aujourd’hui une moyenne de 10 %, mais l’enquête Audace a montré que la réalité est désormais statistiquement au-dessous, plutôt autour de 8 %...). Par ailleurs, il faut faire accepter aux éditeurs des contrats “souples”, c’est-à-dire avec de véritables augmentations de ce pourcentage en fonction de la progression des ventes.
Il est vrai que la pratique des pourcentages par paliers n’est pas assez systématique — alors que son principe ne fait pas réellement débat chez les éditeurs honnêtes.
Quant au fonctionnement concret de l’agence des Droits à la Hauteur, François Vignes n’a pas souhaité me communiquer de contrat type, ce qui me rend instinctivement sourcilleux... Je sais seulement qu’il s’agit d’un contrat d’exclusivité incluant à titre principal la gestion partielle ou totale des droits patrimoniaux et basé sur une commission située entre 10 et 30 % des DA. La borne supérieure (qui peut choquer) s’applique en fait sur une part de droits d’auteurs calculée en fonction des augmentations obtenues par l’agence, et non sur la part directe
. Sauf démarches juridiques importantes, il n’y a pas de paiement direct
(forfaitaire) à verser. Le principe est que, pour son travail et ses résultats, l’agence doit être justement rémunérée, comme nous le prônons pour les auteurs eux-mêmes [...], mais la part de l’agence doit rester modeste.
Il n’y a plus qu’à espérer que le dispositif soit solide et durable.
http://lagencedesdroitsalahauteur.hautetfort.com/ | voir aussi 150 questions sur l’édition16.10.06 C’est une sorte d’autodafé audiovisuel que nous dépeignent les documentaristes de RealisateursAlsace.info — relayés par Acrimed — dans un commentaire effaré de la nouvelle politique éditoriale annoncée par Francis Guthleben en matière de docus. Le responsable de France 3 Alsace, épaulé par des marketeux gonflés à bloc, a décidé de transformer sa grille de programmes en plaquette promotionnelle. « Montrer l’Alsace qui avance, l’Alsace qui réussit, l’Alsace qui s’engage », tel sera le postulat formel des documentaires next generation diffusés sur l’antenne. Les réalisateurs outrés citent quelques-unes des injonctions induites à titre corollaire par notre Patrick Le Lay alsacien : « Il n’y aura plus de film sur l’Histoire », « Les films devront se terminer par un “Happy End” » ; « Les films seront construits sur une écriture moderne et rapide »... Sic !
L’alibi de cette positive attitude repose naturellement sur un sondage qui, à l’échelle de 500 têtes de cons même pas avérées, a sanctifié les Desiderata Du Public : il veut des documentaires “courts” qui “ne lui prennent pas la tête”, qui “se terminent bien”, et qui soient faits dans “une approche déproblématisée” !
Amis documentaristes, si vous filmiez jusqu’alors dans un style Depardon totalement démodé, il est grand temps de faire un stage de remise à niveau chez Hollywood Chouine-Gomme.
13.10.06 Peu suivi mais stimulant talk-show — cet après-midi au Salon des auteurs — consacré aux enjeux et conséquences de la loi DADVSI pour le peuple créatif et culturel. S’affrontaient autour de la table cinq gladiateurs minutieusement sélectionnés : l’intraitable et infaillible Emmanuel de Rengervé (juriste, délégué général du Syndicat national des auteurs et compositeurs*), le jeune et pragmatique Jean-Baptiste Soufron (Cersa-CNRS, responsable juridique de l’association Les Audionautes), le graphiste Bruno Charzat (administrateur de la Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe), le directeur de la Bibliothèque départementale du Val d’Oise Dominique Lahary (représentant l’Association des bibliothécaires français) et Arnault Garcia, infographiste représentant la trop méconnue Alliance française des designers (qui fait un remarquable boulot de décryptage dans la sphère socioprofessionnelle des métiers graphiques, soit dit en passant).
C’est le directeur de la Sofia, Christian Roblin — lui-même impliqué de près dans le dossier —, qui modérait ce débat périlleux, immodérable en soi, où le législatif s’empoigne avec le culturel, l’artistique avec l’économique, le professionnel avec le social.
Quelques rondes et demi-pointes de la chorégraphie juridique ont ressurgi telles qu’on les connaissait : défendre le droit des auteurs ce n’est pas forcément défendre les majors ; la licence globale (que certains pleurent encore) n’était pas une solution conforme à la doctrine de la rémunération proportionnelle (la « juste » rétribution de chaque auteur) mais c’était peut-être la seule solution technique réaliste, etc. À côté des leitmotives (consensus sur la nécessité de respecter la propriété intellectuelle, dissensus quant à ses frontières), un motif général se dessine et me sidère : la loi DADVSI, comme si elle était à jamais condamnée à se laisser dépasser par son propre sujet, nous attire irrésistiblement vers une politique de l’auteur (son statut, son métier, son ancrage dans la société de l’information...), ce alors même que l’auteur est incontestablement la masse manquante, la matière noire, de la directive européenne (v. notre diatribe de juillet dernier).
* À l’occasion de ses 60 ans, le Snac organise (le 27 novembre 2006) un colloque intitulé « L’auteur du 21e siècle ». La solennité du titre est à la hauteur des intervenants, de Bernard Miyet à Paul Otchakovsky-Laurens, de Jack Ralite à Pierre Sirinelli..., ça promet de porter loin. http://www.salondesauteurs.fr | voir aussi 150 questions sur l’édition11.10.06 Typo-designer depuis une quinzaine d’années, créateur au début de ce siècle de la belle et inflexible famille Mundo Sans (Monotype), et de choses plus rigolotes chez Adobe, Carl Crossgrove est sur le point de livrer une nouvelle œuvre, Beorcana, hommage maîtrisé aux pionniers du « serifless ». Le serifless est cette épure, ce compromis savant entre l’abstinence et la volupté, entre le sans et l’avec empattement. L’historique de Beorcana en rend compte : Proportions, contrast, calligraphic artifacts, rigidity or the lack of a proper Italic have led me to pursue a serifless type for book typographers and designers. The recurrent preconception that serifs are necessary for readability has only challenged me to find the solution.
Et quelle solution ! Quelques spécimens pour vos mirettes sur cette page, le reste dans la boutique de Fonts.com à partir de début novembre...
08.10.06 Le photographe Martin Waugh propose sur LiquidSculpture.com un portfolio sensationnel. Grâce à son équipement high-tech (haute résolution, flash ultra-rapide), il capture sur le vif de sublimes éclaboussures aux reflets irisés et presque irréels, et en fait de véritables œuvres d’art après un petit détour par Photoshop. I don’t alter the shapes or composition. What you see is what nature provided.
Bluffant !
08.10.06 Formé en 2001 par Igor de Kok and Philip van de Gehuchte, Mascotte a remis au goût du jour une sorte de disco-rock électronique à la croisée de vieilles légendes synthétiques comme Sylvester ou Patrick Cowley (« Do Ya Wanna Funk ») et de Felix da Housecat, le prince de l’electronica des années 90’s et 00’s. De Londres à Amsterdam en passant par Bruxelles, Mascotte a sévi à la fois comme disco-band et DJ’s — le syndrome Soulwax ? —, ce qui induit une assez large variété d’approches et d’ambiances musicales pour nous réconcilier avec la musique électronique.
Pour vous en faire une idée claire, jetez vos ouïes sur « We Feel Love Mix september 2006 » (58 Mo, 62 mn, 128 kbps), un megamix aux allures de manifeste, dépassionné mais formicant.
http://www.mascottemusic.be/ | voir aussi DJ SonoTown07.10.06 Gérard Levoyer a soixante ans pile aujourd’hui et à son actif une foutue ribambelle de scénarios, sketches, pièces radiophoniques, pièces de théâtre et nouvelles, sans parler de son cursus de comédien et de metteur en scène. C’est donc le patient rêvé pour Stéphane Laurent qui, le cuisinant autour d’un « petit noir », l’amène à disséquer la redoutable vocalise de l’écriture alimentaire, exercice sous-estimé par les écrivains bobos et pourtant au cœur de notre métaphysique : jusqu’à quel point cédons-nous à la conscience artisanale du geste créatif ? Jusqu’à quel point pouvons-nous nous résoudre à traiter l’écriture comme un faire et sa destination comme un accessoire ?
En la matière, G. Levoyer a franchi des seuils édifiants :
Dans le genre alimentaire j’ai aussi écrit du texte pour des présentateurs télé, à savoir Debanne et Montiel dans “Vidéo Gag”, car il faut savoir que ce qu’ils disent ce sont des auteurs qui l’ont écrit et s’ils font de l’humour c’est l’humour d’un autre. C’était épuisant d’écrire ce genre de trucs, nous étions une équipe de cinq auteurs à nous réunir, à délirer, inventer des trucs, peaufiner des jeux de mots et le jour de l’enregistrement, dans la panique et l’excitation, comme les textes n’étaient pas appris, il ne restait plus rien, que des bribes, des approximations, un cadavre d’humour. C’est alors qu’on se met à penser très fort au chèque qui va venir effacer la déception.
06.10.06 Juré craché, ce n’est pas par sadisme que je vous ai laissés trépigner pendant deux semaines ! La sortie e-book de 150 questions sur l’édition, annoncée à grands ras sur BlogNot ! et déjà relayée par quelques confrères — dont Thomas Clément qui a fait rugir le scoop dès le 18 septembre : chapeau bas ! — était programmée pour fin septembre. Mais, à l’instar des éditeurs parisiens, les diffuseurs et distributeurs vivent le mois de septembre dans l’effervescence d’un crash-test permanent. Trop de parutions simultanées, planning ingérable... C’est la première fois que je vis de l’intérieur les affres de la fameuse surproduction automnale.
Trêve de bavardage, 150 questions... est officiellement téléchargeable à compter d’aujourd’hui pour le prix de deux paquets de clopes. C’est l’heure des bonnes résolutions, non ?
http://www.numilog.com/fiche_livre.asp?id_livre=35327 | voir aussi Présentation et démo Flash02.10.06 Le magazine californien Before & After — How to design cool stuff
— vient de consacrer un article pétillant à la conception de logos typographiques, c’est-à-dire basés sur une utilisation créative du lettrage. Ce n’est certainement pas, en 28 pages, un compendium de la communication graphique, mais vous pourrez choper dans ce mini-manuel un éventail de techniques, sinon révolutionnaires, du moins assez stimulantes pour vous ouvrir des pistes. On y trouve, illustrées et brièvement expliquées, les principales opérations (fusion, effacement, troncature, inversion fond/forme, entrelacement...) que tenterait un concepteur de logo en proie à la page blanche.
Intitulé « How to design a logo of letters », l’article est librement téléchargeable au format PDF.
http://www.bamagazine.com/7ecHEsLand.asp | voir aussi Liens Graphisme01.10.06 La francisation du site Lulu.com est en marche depuis quelques mois, suivie à la loupe par les auteurs autoédités francophones qui cherchent désormais à percer tous les secrets des « kits marketing » proposés par le prestataire. Une autre façon d’aborder la façade française de Lulu serait de rencontrer in vivo Michaël Frappier, directeur de Lulu.com France. Toujours à votre service, mon petit doigt vient de m’aviser que ce dernier devrait participer au Salon des auteurs les 13 et 14 octobre. À surligner sur votre agenda, car voilà une occasion inespérée d’éprouver les rouages de cette machine livresque dont tout le monde vous rabat les oreilles. Lulu ex machina ?
http://www.salondesauteurs.fr | http://www.lulu.com/fr