


Ce qui fait de Casimir un monstre gentil, c’est bien sûr sa silhouette ventrue et potelée. Lorsque l’on a besoin de détourer finement un modèle aussi bien portant, la méthode optimale sous Photoshop est presque toujours le détourage par tracé.
Même si le contraste fond / forme permet d’envisager une sélection par baguette magique, voire un détourage par lasso magnétique, la qualité des arrondis sera toujours meilleure si vous produisez un tracé avec l’outil plume. Quant aux adeptes du détourage par masque ou du filtre extraire, ils constateront qu’un tracé rondement mené apporte, tous calculs faits, un gain de temps appréciable.
Pour faire notre démonstration, nous utilisons un cliché représentant une figurine de Casimir sur un fond clair mais non uniforme, avec des effets d’ombre. Avec l’outil plume, nous allons d’abord créer un tracé polygonal, sans tangente, afin de délimiter rapidement le modèle par quelques points d’ancrage. Dans une seconde étape, nous affinons le tracé en y créant des courbes de Bézier.
Certains graphistes préfèrent produire directement le tracé final en « tirant » les tangentes (courbes de Bézier) à mesure qu’ils placent les points de contrôle. Bien qu’un peu plus rapide, cette technique exige beaucoup plus d’habileté que celle exposée ici.Enfin, le tracé sera converti en sélection (ou en masque, selon vos habitudes) afin de détacher le modèle sur un calque autonome et de supprimer le fond.

La fig. 1 montre le début des opérations. Pour un emploi confortable de la plume, cocher le paramètre « Afficher le déplacement » dans la palette d’options de l’outil. Vous voyez ainsi les « cordes » se créer avant de valider chaque point d’ancrage par un clic. Veillez à ce que chaque clic soit franc et stable, sinon vous risquez de générer avant l’heure les tangentes de Bézier.
L’idée est de placer tous ces points aux extrémités de chaque courbe homogène constituant le contour (comme si vous traciez les cordes d’une forme convexe). Nous placerons plus tard les « points tangentiels » intermédiaires. Cette première étape est donc plutôt rapide et peut être exécutée sans zoomer bestialement. Les ajustements seront possibles lors de la seconde passe.
Faites ainsi le tour complet du modèle en n’oubliant pas de recliquer sur le point de départ pour valider le tracé Photoshop.

Une fois le squelette obtenu, gardez le tracé actif (ou réactivez-le en cliquant sur la vignette du Tracé de travail dans la palette « Tracés »), puis sélectionnez l’outil « Plume+ » (officiellement : Ajout de point d’ancrage) symbolisé par une plume surmontée d’un signe +. Cet instrument permet à la fois d’insérer des points (clic simple sur le tracé, en dehors d’un point existant), de régler la force et la direction des demi-tangentes (clic-et-glisser sur le point extrémité de la tangente), et même de déplacer les points anguleux précédemment disposés. Lorsque vous sélectionnez un point existant avec la Plume+, le pointeur se transforme en effet en simple outil de sélection directe. Cet instrument est donc un redoutable tout-en-un pour parachever notre tracé.
Cette fois-ci, il est indispensable de zoomer sur les zones complexes si vous souhaitez un travail de haute précision (usez du Ctrl + et du Ctrl –). À moins que la forme à détourer comporte des sections anguleuses à conserver telles quelles, vous aurez en principe à créer un point au milieu de chaque corde initialement tracée. Par défaut, le nouveau point (1 clic) est immédiatement muni d’une tangente parfaitement équilibrée (dont l’intensité dépend du segment subdivisé). Il suffit alors de déplacer ce point convenablement pour épouser les courbures quasi-circulaires. Lorsque la courbure est plus subtile, vous ajusterez la direction et l’intensité de la tangente en cliquant-glissant sa poignée (v. fig.3).

Le placement des points tangentiels n’est fastidieux que si la forme est très compliquée — ou si le tracé initial manque de points d’ancrage ! Il est important de bien garder en tête la forme générale et de préserver la continuité de la courbe entre deux cordes. Pour cela, il est quelquefois nécessaire d’interpoler légèrement la courbure, c’est-à-dire de rendre la forme « un peu plus parfaite » qu’elle ne l’était au départ.
La fig. 4 illustre une situation dans laquelle un contour « inexact » mais plus régulier offre un compromis entre le contour extérieur et le contour intérieur du modèle, qui apparaît ici avec un peu de profondeur et donc des variations de luminosité (ombrage) susceptibles de créer des effets indésirables sur la forme détourée. Il sera toujours temps, par la suite, de restituer un peu d’ombre sur les franges de l’objet (au moyen de l’outil densité+, par exemple).

Voilà terminé le détourage proprement dit. Il vous reste à convertir le tracé en sélection et à extraire la forme.
La méthode la plus simple consiste, depuis la palette « Tracés », à activer votre tracé de travail puis à cliquer sur le bouton de sélection. Vous pouvez aussi « glisser » la vignette du tracé sur ledit bouton.

Une fois la conversion effectuée, il suffit de créer un calque par couper (ctrl maj J) pour extraire la forme sur un calque séparé. Le calque initial peut alors être masqué ou remplacé par un fond uni.
Pour convertir le tracé en masque vectoriel (plutôt qu’en sélection), il aurait suffit de créer un tel masque sur le calque courant (2 clics sur le bouton de masque de la palette « Calques ») alors que le tracé était actif.Délectons-nous de notre travail :

Je laisse le soin aux blognoteurs de tester d’autres possibilités induites par le tracé Photoshop. Ainsi, n’importe quel outil de retouche (doigt, densité, éponge, goutte d’eau...) peut être appliqué au contour en sélectionnant l’outil avant d’appuyer sur le bouton « Contour du tracé avec la forme ». De même, il est possible de lisser plus ou moins intensément la sélection ou le remplissage du fond à partir de la palette « Tracés ». Pour ce faire, examinez le menu optionnel accessible par la petite flèche noire située dans l’angle supérieur droit de la palette.
Principale limite de notre technique de détourage : elle est inadaptée aux contours « bruités » ou chaotiques (chevelure, objets filandreux, fluides...) qui se prêtent mieux par nature à un détourage par masque(1). Rien n’interdit cependant de traiter les zones curvilignes par tracé et de se concentrer ensuite sur les zones bruitées avec une méthode plus adéquate.
(1) Une fois le masque créé, on accomplit le travail avec une forme dont la dureté, l’opacité, le flux, etc., sont réglés en fonction de la « texture » à détourer. L’intérêt du masque, c’est sa souplesse de retraitement (flou gaussien pour adoucir le détourage, accentuation, démasquage ponctuel...).L’avantage remarquable du détourage « par tracé », outre qu’il produit un rendu de qualité exceptionnel, c’est que le tracé réalisé se récupère facilement dans un logiciel de « dessin vectoriel » si vous souhaitiez par exemple le décliner en illustration. Dans ce cas, la photo initiale n’aura servi que de patron.
J’avoue que je ne connais pas la procédure — si elle existe — permettant un « glisser-déposer » direct du tracé Photoshop vers Illustrator. Cependant, il est bon de rappeler qu’une fois actif, le tracé peut tout simplement être copié depuis Photoshop (Ctrl C) puis collé dans Illustrator (Ctrl V).
Considérant que l’ergonomie d’Illustrator est paradoxalement assez médiocre en matière de traitement vectoriel (la plume et les outils de sélection ne fonctionnent pas de la même façon que Photoshop), il est quelquefois avantageux de décalquer un modèle avec la plume de Photoshop avant de recueillir le tracé dans Illustrator (plutôt que de procéder au décalque sous Illustrator).Pour conclure, la fig. 7 vous offre une vision « illustratorisée » de notre tracé de Casimir après copier-coller. Le style « Peinture à pulvériser » a simplement été appliqué au dessin. Enjoy !
