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150 questions sur l’édition | Version e-book | Foire aux questions (sommaire)

Un compte d’auteur panaché parmi d’autres

Créées fin 2001 par Gaël Martin (gérance) et Alexandre Mare (direction éditoriale), les éditions Thélès se décrivent aujourd’hui comme une maison généraliste dont le catalogue réserve la dominante aux œuvres contemporaines. Historiquement, la SARL — déménagée rue Martel dans le 11e arrondissement, pensez à mettre à jour votre exemplaire d’Audace(1) — s’est assise dans le marché de l’art avec son Officiel des galeries et musées, un secteur de prédilection pour Alexandre Mare, juriste de formation et* affichant un solide cursus en muséographie et en histoire de l’art. Selon les dossiers qui nous sont parvenus à l’époque d’Ecrire&Editer, c’est vers 2002 que Thélès aurait ajouté à son arc l’activité d’édition à compte d’auteur (cf. 150 questions sur l’édition, articles #105 et suivants). Roger Gaillard observe que la société a fait alors une publicité abondante dans les journaux et magazines BCBG à l’éthique essentiellement financière, avec en ligne de mire les nouveaux auteurs non initiés aux arcanes de l’édition.

[précision du 20.06.07]      Alexandre Mare m’écrit : J’ai été à l’origine de la création des éditions Thélès avec Gaël Martin, nous avons commencé tous les deux il y a bien longtemps déjà avec des projets ambitieux et une farouche volonté de porter aux yeux du public des livres originaux qui trouvent leurs places dans des créneaux peu accessibles... mais je ne fais plus partie des Éditions Thélès (dans tous les sens du terme) depuis plus d’un an déjà. J’ai laissé l’entière responsabilité des choix editoriaux et des choix contractuels à Gaël Martin et je tiens clairement à m’en démarquer. Correction subsidiaire : le titulaire d’un diplôme de droit est Gaël Martin et non Alexandre Mare.

(1) « Annuaire à l’usage des auteurs cherchant un éditeur », Roger Gaillard, L’Oie plate, 2005.

Poinçonnée de « trois tomates » dans l’annuaire — donc sérieusement contre-indiquée ! — la maison propose un contrat s’autodéfinissant comme « mixte », variante du vocable « participatif » profusément utilisé par la concurrence et longuement décortiqué dans notre article « Les ficelles du compte d’auteur panaché ». Le régime contractuel de Thélès relève sans équivoque de celui du compte d’auteur dit « à participation » de type abusif, l’auteur prenant en charge des frais de maquette surévalués et ne récupérant sur la diffusion « concédée » (sic) au prestataire qu’un pourcentage dérisoire(2), pour du C/A.

(2) Au voisinage de 13 % sur le prix public HT dans un contrat récent.

Il semble que Thélès ait pris des dispositions, ces deux dernières années, pour mieux gérer le flux de manuscrits entrants. Sans parler de comité de lecture, on note que sous la direction d’Emmanuelle Lionnet le service fait appel à des stagiaires pour rédiger des notes de lecture. Cependant, nous avons pu confirmer dernièrement, par manuscrit sous-marin, que cette sélection est extrêmement rudimentaire puisqu’un contrat type est arrivé illico dans la boîte aux lettres du client potentiel.

Le catalogue de Thélès est riche et diversifié (il comptait près de 400 titres au printemps 2006 et Audace donne le chiffre de 80 nouveautés annuelles). Le prestataire publie donc à tour de bras mais la fabrication des ouvrages n’est généralement pas mise en cause dans les témoignages. Il n’en va pas de même de leur composition typographique. Le Calcre a enregistré plusieurs récriminations portant sur le nombre excessif de coquilles, sachant que la société facture les corrections, si le client le demande, en sus du « tarif maquette » de base, ce qui augmentera le budget de 2,50 € HT le mille de signes (tarif en vigueur fin 2006). À défaut, Thélès mettra en circulation un texte brut de coquilles(3), non sans avoir invité l’auteur à soigner ses carences ortho-typo-dactylographiques.

(3) Sur ce point, cf. #111 – L’éditeur à compte d’auteur doit-il assurer la correction orthographique ? Voir également dans cette FAQ : « Correction des fautes d’orthographe » (dans le cadre du compte d’éditeur).

Audace suspecte par ailleurs des cas de non-respect du tirage contractuel, assortis de fausses déclarations à la régie du dépôt légal...

« Concession exclusive de la diffusion »

Thélès s’autodiffuse et, comme on l’a vu, prend aux auteurs une commission supérieure à 80 % du PPHT pour un service de diffusion contractuellement minimaliste. Les rubriques de la convention portant sur la diffusion et la distribution (« gestion administrative et commerciale ») se bornent comme d’habitude à un listing de prestations par défaut (inscriptions légales et bibliographiques, service de presse chiffré mais non détaillé, etc.) accompagné de déclarations de bonnes intentions bien ordinaires : L’Éditeur organisera la diffusion des livres en librairie et éventuellement auprès de bibliothèques pendant la durée du contrat en effectuant une action régionale et locale auprès des libraires dans la région parisienne. Il n’est pas fait d’envois forcés aux libraires. Les libraires sont contactés par téléphone afin que le livre leur soit présenté. Et puis : Les librairies sont libres d’accepter ou non le livre en dépôt ou compte ferme... J’adore cette petite annotation pédagogique.

Vous allez me dire que certains éditeurs à C/E ne sont pas moins flous. La différence, c’est qu’ici le baril de flou est à plus de 80 % pour un « produit » dont vous conservez les droits d’exploitation, alors les enjeux ne sont pas vraiment sur le même plateau de la balance !

À titre indicatif, voici l’économie de la convention telle que définie dans le préambule d’un contrat Thélès proposé en novembre 2006 à l’auteur d’un récit de 128 pages :

      — L’Auteur prend à sa charge les frais d’établissement de la maquette définitive de l’ouvrage. Cette maquette est réalisée par l’Éditeur. [tarif hors options : 1800 €, ndlr]

      — L’Éditeur apposera sa marque d’éditeur sur l’ouvrage et le présentera dans son catalogue.

      — L’Éditeur prend à sa charge l’impression de l’ouvrage dans le nombre convenu entre les parties, ses réimpressions éventuelles, son référencement et sa distribution. [tirage prévu : 300 ex., ndlr]

      — L’Auteur conserve l’intégralité de ses droits d’auteur. Cependant, une exclusivité est consentie à l’Éditeur pour la diffusion de l’ouvrage d’une durée limitée de deux ans, à l’expiration de laquelle l’Auteur pourra librement céder ou exploiter ses droits de diffusion de l’ouvrage.

      — L’Auteur percevra une rémunération proportionnelle égale à 13 % du prix de vente hors taxes du livre (soit pour information environ 20 % des sommes réellement encaissées).

N’est-il pas déraisonnable d’accorder pendant deux ans l’exclusivité de la diffusion à un prestataire qui publie tant et sélectionne si peu, ne pouvant  procéder à un examen approfondi du texte lors de la réalisation  ? Si vous êtes assez prodigue pour financer la maquette brute de votre roman à plus de 14 € la page, vous auriez probablement les moyens de vous offrir aussi les services d’un comptable, d’une attachée de presse et d’une force de vente rien qu’à vous, non ?

Quant aux autres aspects du contrat, reportez-vous aux « Ficelles du compte d’auteur panaché » pour en revenir.

Sujets connexes :
      — « Un listing d’éditeurs à compte d’auteur ? » ;
      — « Les ficelles du compte d’auteur panaché ».

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